Une start-up développe des flottes de drone pour aider à ramasser les fruits
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Une start-up développe des flottes de drone pour aider à ramasser les fruits

Tevel a conçu un aéronef sans pilote capable de cueillir des fruits rapidement et avec soin - pour contrer une pénurie de main d’œuvre

Tevel Aerobotics Technologies a développé un drone pour aider les agriculteurs à cueillir les fruits (Autorisation)
Tevel Aerobotics Technologies a développé un drone pour aider les agriculteurs à cueillir les fruits (Autorisation)

Des avocats, des mangues et des pommes jonchent chaque matin les étals du marché coloré Mahane Yehuda à Jérusalem, ainsi que ceux de nombreux autres, couverts ou en plein air, dans tout Israël. Mais que se passerait-il donc si les cueilleurs de fruits décidaient d’abandonner l’agriculture, et que les fruits étaient laissés là, sur l’arbre ?

Ce triste scénario menace de devenir une réalité en raison d’une pénurie croissante de main-d’œuvre dans les exploitations agricoles. De moins en moins de personnes travaillent dans l’agriculture dans le monde, et seulement environ 1 % des Israéliens sont employés dans le secteur, selon la Banque mondiale.

Aujourd’hui, la firme Tevel Aerobotics Technologies, basée à Gedera, dit avoir conçu un drone capable de réaliser rapidement et de manière efficace le travail de la cueillette de fruits habituellement effectué par les ouvriers agricoles – prenant la suite des êtres humains dans les vergers et dans les serres.

« Il y a une pénurie massive de cueilleurs de fruits », commente le fondateur et directeur-général de Tevel, Yaniv Maor, lors d’un entretien téléphonique accordé au Times of Israel. « C’est un phénomène qui peut être constaté partout dans le monde ».

Aux Etats-Unis, en Chine, au Japon, en Europe et ailleurs, ajoute Maor, il y a un gouffre de plus en plus important qui se creuse entre la consommation de fruits – qui augmente – et la main-d’œuvre agricole, qui ne cesse de diminuer. Alors que les agriculteurs continuent à investir dans les terres, l’irrigation et les employés à payer, une grande partie des fruits reste pourtant sur l’arbre parce qu’il n’y a pas suffisamment de personnes susceptibles de les cueillir quand ils arrivent à maturité.

Maor affirme avoir la solution à apporter à ce problème en réduisant les coûts pour les cultivateurs et en améliorant le rendement de leurs récoltes.

La machine développée par Tevel intègre la vision par intelligence artificielle, des algorithmes de manœuvre et de perception ainsi que des composantes mécaniques, des capteurs et un processeur puissant, note Maor.

Elle utilise une griffe qui se termine par une pince ronde, pour cueillir rapidement les fruits des arbres, l’un après l’autre, et les placer dans un panier posé sur le sol.

Maor souligne que le fruit est cueilli doucement, « sans entraîner de dégâts ou de marques ». D’autres techniques mécanisées de cueillette ne sont généralement pas adaptées à certaines récoltes qui dépendent largement de la main-d’œuvre humaine comme les fraises – qui peuvent être facilement écrasées par une main robotisée.

A l’aide d’un moteur électrique, le drone – mesurant 40 ou 80 centimètres de diamètre selon le modèle – est totalement autonome et ne nécessite qu’un opérateur pour l’inspection, ajoute-t-il.

Le prototype de Tevel est capable de reconnaître des types de fruits selon leur taille, leur couleur et leur degré de maturité, ce qui le rend sensible au fruit qu’il est en train de cueillir. Il peut détecter jusqu’à présent les oranges et une grande variété de pommes et il pourra ramasser de nombreux autres fruits à l’avenir, notamment des mangues et des avocats, précise Maor.

Des modèles à pince variés ont été développés pour chaque type de fruit et pour d’autres tâches spécifiques – comme la taille et l’effeuillage dans les vergers et dans les serres. La pince utilisée pour les pommes ressemble à une main humaine.

Le drone aidera aussi les agriculteurs à optimiser leurs modèles d’agriculture et redynamisera les rendements en permettant de cultiver des arbres fruitiers plus grands dont les fruits seront récoltés par la machine, poursuit Maor.

Tevel espère commercialiser ses premiers drones d’ici 2020. Maor explique que la firme a déjà ciblé des clients potentiels en Israël, aux Etats-Unis, et en Chine et qu’elle vise les grandes exploitations fruitières, ainsi que les cultivateurs, les fournisseurs de matériel agricole et les prestataires dans le secteur des récoltes.

La firme veut devenir une compagnie de service, établissant des entreprises conjointes avec les cultivateurs qui deviendraient ses partenaires locaux – en aidant ces derniers à ramasser leurs fruits sans devoir compter sur une main-d’œuvre temporaire embauchée pendant la saison des récoltes, ce qui permettrait de réduire les coûts de manière significative.

Illustration de la manière dont un drone de Tevel Aerobotics Technologies peut aider à cueillir les fruits (Capture d’écran)

« Cela fait des milliers d’années qu’on cueille les fruits exactement de la même manière », s’exclame Maor. « Notre objectif est de transformer la récolte des fruits en passant de la cueillette manuelle traditionnelle à un processus technologique avancé ».

Il ajoute que le coût technologique sera concurrentiel et que le marché immédiat de l’entreprise – pour la cueillette des pommes et des oranges aux Etats-Unis et en Europe – se profile à hauteur de 5 milliards de dollars. Le marché mondial correspondant s’élève à environ 500 milliards de dollars par an, poursuit-il.

Interrogé sur ses concurrents, Maor note qu’ils proposent généralement des robots au sol qui sont trop imposants pour de petits vergers et qui sont beaucoup plus chers que la solution volante israélienne.

Tevel Aerobotics Technologies a été fondé en août 2016 et emploie une quinzaine de personnes. La firme vient de terminer sa seconde série d’investissements, levant environ 10 millions de dollars grâce au soutien d’investisseurs commanditaires, des experts très connus de l’industrie », et de la plateforme de financement participatif en fonds propres OurCrowd, dit Maor.

La compagnie utilisera les nouveaux investissements pour produire en masse le drone, améliorer ses performances et mettre en place ses opérations, ajoute-t-il.

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