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USA: la YU demande à la Cour suprême de bloquer la reconnaissance d’un groupe LGBTQ

L'université Modern Orthodox phare de New York a demandé à la plus haute juridiction américaine d'intervenir, en invoquant les droits du 1er amendement

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Une affiche annonçant un événement LGBTQ à l'université Yeshiva, le 15 décembre 2020. (Crédit : Avec l'aimable autorisation des étudiants organisateurs de l'Université Yeshiva)
Une affiche annonçant un événement LGBTQ à l'université Yeshiva, le 15 décembre 2020. (Crédit : Avec l'aimable autorisation des étudiants organisateurs de l'Université Yeshiva)

NEW YORK – La Yeshiva University (YU) de New York a demandé lundi à la Cour suprême des États-Unis de bloquer la décision d’un tribunal inférieur qui avait exigé que l’université reconnaisse une organisation LGBTQ active sur le campus.

L’établissement, fleuron de la mouvance Modern Orthodox, a invoqué ses droits en vertu du premier amendement, qui protège le libre exercice de la religion.

L’université a déclaré dans un communiqué qu’elle demandait l’intervention de la plus haute juridiction du pays « pour mener ses affaires internes conformément à ses croyances religieuses ».

Cette demande intervient dans le cadre d’une longue bataille juridique entre l’université et l’organisation YU Pride Alliance, qui porte sur la question de savoir si l’université est une institution religieuse ou laïque.

En 2020, sept militants étudiants LGBTQ ont déposé une plainte auprès de la Commission des droits de l’homme de la ville de New York, accusant l’université de discrimination, puis ont poursuivi l’université l’année dernière.

En juin, la Cour suprême du comté de New York avait statué dans l’affaire YU Pride Alliance v. Yeshiva University que l’école devait reconnaître l’organisation. La juge Lynn Kotler avait déclaré que la YU est agréée en tant qu’organisation non religieuse, et elle est par conséquent soumise à la loi sur les droits de l’homme de la ville de New York.

Dans des documents de nature juridique, la YU a admis être régie par ses principes religieux alors même qu’elle a reçu un agrément en tant qu’organisation laïque.

La requête présentée lundi à la Cour suprême était un recours d’urgence contre cette décision, en attendant d’autres appels. La semaine dernière, la Cour suprême de l’État de New York a rejeté un autre appel de la YU.

« En tant qu’université juive profondément religieuse, la YU ne peut pas se conformer à cet ordre car cela violerait ses croyances religieuses sur la manière de former ses étudiants de premier cycle aux valeurs de la Torah », indique la demande adressée à la Cour suprême.

« YU et son président sont maintenant sommés de violer leurs croyances religieuses ou de faire face à un outrage », selon la requête . Elle indique également que la reconnaissance de l’organisation causerait un préjudice « irréparable » à la réputation de l’université.

« Cette décision constitue une intrusion sans précédent dans les croyances religieuses de la YU et dans l’enseignement religieux de ses étudiants sur la foi juive. Il s’agit également d’une violation claire et indiscutable des droits du Premier Amendement ».

La requête stipule que le processus d’inscription de l’université pour l’année scolaire 2022-2023 est ouvert et se poursuit jusqu’au 12 septembre. La reconnaissance accorderait à la YU Pride Alliance un financement et divers avantages.

Dans un communiqué publié lundi, l’université a déclaré que la décision du tribunal de première instance « obligerait la YU à approuver une organisation et des activités qui sont incompatibles avec les valeurs de la Torah et l’environnement religieux que l’école cherche à maintenir ».

L’homosexualité est interdite par la quasi totalité des interprétations orthodoxes de la loi juive, bien que l’attitude globale envers les personnes s’identifiant comme queer se soit quelque peu normalisée dans les milieux orthodoxes modernes, ces dernières années.

Le président de la YU, Ari Berman, a déclaré « qu'[ils] se soucient profondément de tous [leurs] étudiants et qu'[ils] leurs souhaitent à tous la bienvenue, y compris [leurs] étudiants LGBTQ ».

« Nous demandons seulement au gouvernement de nous laisser la liberté d’appliquer la Torah en accord avec nos valeurs », a déclaré Berman dans un communiqué.

L’université fait valoir qu’elle est une institution religieuse qui exige que tous les étudiants de premier cycle « s’engagent dans d’intenses études religieuses » et qu’ils respectent la loi juive sur le campus.

La demande a été déposée par le Becket Fund for Religious Liberty, une organisation à but non lucratif qui s’oppose à l’ingérence du gouvernement dans la pratique religieuse. Elle a été déposée auprès de la juge Sonia Sotomayor – une libérale – qui décidera de la suite à donner à cette affaire. La Cour a une majorité conservatrice qui a déjà statué en faveur des conservateurs religieux.

Jewish Queer Youth, une organisation à but non lucratif représentant les intérêts des Juifs orthodoxes homosexuels, a déclaré dans un communiqué que l’université « faisait preuve du même type d’homophobie qu’elle prétend ne pas exister sur le campus ».

« Au lieu d’écouter réellement ce qu’ils demandent, à savoir un espace sûr où ils peuvent nouer des amitiés et former une communauté, la YU confond délibérément le besoin d’estime de soi des jeunes queers avec une demande inexistante de comportement sexuel », a déclaré le groupe.

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