USA : un « rêveur » juif soulagé après la préservation du DACA par la Cour suprême
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USA : un « rêveur » juif soulagé après la préservation du DACA par la Cour suprême

Elias Rosenfeld fait partie des 700 000 immigrés arrivés enfants aux États-Unis, dont l'avenir semble désormais plus serein après que l'instance a empêché Trump de les expulser

Elias Rosenfeld avec le sénateur américain Tim Kaine devant la Cour suprême, le 12 novembre 2019, le jour de la présentation des arguments dans l'affaire des arrivées DACA. (Autorisation : Elias Rosenfeld/ via JTA)
Elias Rosenfeld avec le sénateur américain Tim Kaine devant la Cour suprême, le 12 novembre 2019, le jour de la présentation des arguments dans l'affaire des arrivées DACA. (Autorisation : Elias Rosenfeld/ via JTA)

BOSTON (JTA) – Le téléphone d’Elias Rosenfeld a sonné jeudi matin après que la Cour suprême des États-Unis a empêché le président Donald Trump de procéder à son expulsion et à celle de centaines de milliers d’autres jeunes immigrants comme lui.

C’était le rabbin Jonah Pesner, directeur du Centre d’action religieuse du mouvement réformateur, avec lequel Elias Rosenfeld avait travaillé en étroite collaboration pour défendre le programme d’action différée pour les arrivées d’enfants, connu sous le nom de DACA, qui accordait un statut de protection temporaire aux jeunes sans papiers arrivés aux États-Unis alors qu’ils étaient enfants.

« Ça fait du bien » de recevoir ce soutien, commente Elias Rosenfeld. « Il est important que les dirigeants juifs s’impliquent dans cette question ».

Cet étudiant juif de l’université Brandeis a immigré aux États-Unis depuis le Venezuela avec sa famille lorsqu’il avait 6 ans. Adolescent, après le décès de sa mère d’un cancer, il a appris que son statut juridique était terminé et qu’il était désormais sans papiers.

Il a bénéficié d’un décret signé par le président de l’époque, Barack Obama, qui a créé le DACA en 2012. Ce décret accorde aux bénéficiaires du DACA, appelés « Dreamers » [Rêveurs], une protection temporaire qui leur a permis d’obtenir un permis de conduire, de demander des prêts universitaires et de travailler en toute légalité.

Le bâtiment de la Cour suprême américaine (Crédit : Duncan Lock,/Dflock/Wikimédia)

M. Trump a annulé cette ordonnance en septembre 2017 dans le cadre de son programme d’opposition à l’immigration.

Depuis lors, Elias Rosenfeld est devenu un militant convaincu, travaillant avec des dirigeants politiques élus, des groupes de défense des droits des immigrants et des groupes de défense des Juifs pour faire pression en faveur d’une protection permanente pour les bénéficiaires du DACA et d’autres personnes sans papiers.

Ainsi, le vote à 5 voix contre 4 de la cour pour rétablir le statut de protection temporaire de plus de 700 000 Rêveurs – grâce au vote décisif du juge en chef John Roberts – a permis à Elias Rosenfeld de souffler un ouf de soulagement.

Mais il a aussi vite compris que son combat devait se poursuivre. En statuant que l’action du ministère de la Sécurité intérieure était « arbitraire et capricieuse » au regard de la loi, le tribunal a empêché l’administration Trump de procéder à l’expulsion des Rêveurs. Mais il a laissé la porte ouverte à une fin ultérieure du programme, ce que les analystes prédisent que Trump essaiera de faire s’il est réélu en novembre.

« Pour beaucoup d’entre nous, c’est un grand soulagement », indique le jeune militant. « Mais alors que nous célébrons aujourd’hui, nous savons que nous avons beaucoup de travail à faire demain ».

Illustration : des étudiants bénéficiaires du DACA célèbrent la décision de la Cour suprême devant le tribunal, à Washington,DC, le 18 juin 2020. (Crédit : AP Photo/Manuel Balce Ceneta)

La victoire était inattendue, reconnaît-il. Il se souvient qu’en novembre dernier, il était parmi ceux qui étaient à la Cour suprême lorsque les arguments ont été présentés dans l’affaire.

« C’était un jour plein d’émotion pour moi. Nous ne savions pas ce qui allait se passer », a-t-il , couronnant une campagne politique de deux ans et un travail d’organisation sur le terrain.

À l’approche de la date prévue pour le jugement, Elias Rosenfeld et d’autres militants ont commencé chaque lundi et jeudi matin – les jours où la cour rend ses décisions – à vérifier si la décision avait été rendue.

« Il y avait beaucoup d’anxiété », admet-il.

Depuis que Trump a mis fin au programme, il y a près de trois ans, Elias Rosenfeld se consacre à la défense des droits des immigrants, en travaillant sur les campagnes politiques pour les élections de mi-mandat au Congrès, en faisant pression sur le Congrès et en participant activement aux efforts législatifs des États pour faire adopter des lois permettant aux sans-papiers d’obtenir un permis de conduire, comme c’est le cas actuellement au Parlement du Massachusetts.

Il se réjouit du soutien apporté aux « Dreamers » par une grande majorité d’Américains de tous bords politiques. Un sondage publié cette semaine a révélé que même 69 % des Américains ayant voté pour Trump en 2016 souhaitent la poursuite du DACA.

Cette photo, prise le 5 octobre 2017, montre des manifestants lors d’une marche en soutien à l’Action différée pour l’arrivée des enfants (DACA), également connu sous le nom de Loi Rêve, à proximité de le Tour Trump à New York. (AFP/Jewel Samad)

Elias Rosenfeld espère que ce large soutien, au-delà des divisions politiques, se traduira par une action du Congrès. Il a souligné que les bénéficiaires du DACA font partie de la société américaine, qu’ils sont propriétaires, professionnels bien formés et nombreux sont ceux qui sont en première ligne de la pandémie de Covid-19, des experts médicaux aux travailleurs essentiels d’autres entreprises.

Une des priorités consiste maintenant à chercher une protection réglementaire pour des milliers d’autres jeunes qui n’ont pas encore 16 ans, l’âge requis pour faire une demande de DACA au moment où l’administration Trump a mis fin au programme.

Pour la première fois depuis quelques années, Elias. Rosenfeld et d’autres « rêveurs » qu’il connaît peuvent penser au-delà de deux ou trois mois à la fois et peuvent planifier leur vie au-delà de l’université.

« Dans l’ensemble, nous nous sentons un peu plus en sécurité », confie-t-il. Et alors que E. Rosenfeld suppose que Trump fera campagne lors de la prochaine élection présidentielle en demandant l’annulation du programme, il se dit soulagé que « cela se fera sans le coût humain de l’expulsion des bénéficiaires du DACA ».

Le jeune homme dit qu’il prévoit de célébrer la décision de la cour, peut-être en voyant des amis conformément aux directives destinées à freiner l’épidémie de Covid-19. Mais il a adopté un ton prudent, en notant que le soulagement est temporaire et que la décision renforce la nécessité d’une campagne de défense supplémentaire.

« Nous célébrons aujourd’hui et reconnaissons la victoire durement acquise », indique le jeune Vénézuélien, « mais en sachant que demain, il s’agira d’un tremplin vers une plus grande victoire ».

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