Vaccins: La politique du secret entraîne une incertitude sur l’approvisionnement
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Vaccins: La politique du secret entraîne une incertitude sur l’approvisionnement

Cette politique retarde la vaccination des enfants et entrave la préparation du monde médical à cette campagne, affirme Nadav Davidovitch

Un employé du centre de vaccination de la  Meuhedet à Kfar Habad, dans le centre d'Israël, le 16 février 2021. (Crédit :  Flash90)
Un employé du centre de vaccination de la Meuhedet à Kfar Habad, dans le centre d'Israël, le 16 février 2021. (Crédit : Flash90)

Le secret entretenu par le gouvernement autour des accords conclus avec Pfizer est à l’origine de l’incertitude qui entoure l’approvisionnement continu en vaccins, a déclaré un éminent médecin et conseiller politique intervenant sur la question de la pandémie, jeudi. Le professeur Nadav Davidovitch a dit au Times of Israël qu’il s’inquiétait aussi de ce que la politique gouvernementale du silence à ce sujet n’entrave les préparations à la future vaccination des enfants.

Pfizer a annoncé lundi avoir terminé toutes ses livraisons en Israël prévues dans le cadre d’un accord initial et le Times of Israël a appris que la firme se préparait à un nouvel accord, qui n’est pas encore signé, qui porte sur un approvisionnement supplémentaire.

Pfizer a été la première compagnie à terminer ses essais cliniques sur les adolescents, et obtenir un nombre plus élevé de doses est déterminant dans le plan israélien qui prévoit de vacciner les jeunes de 12 à 15 ans, a déclaré jeudi Chezy Levy, directeur-général du ministère de la Santé.

Mais les querelles politiques entre ministres ont entraîné un retard dans l’allocation des budgets nécessaires et dans la signature d’un nouvel accord. « Malheureusement, les accords ne sont pas conclus en l’absence d’un budget approuvé pour acquérir ces nouveaux vaccins », a dit Levy, qui a rappelé qu’il fallait que l’État juif se procure davantage de doses pour les adolescents mais aussi pour les piqûres de rappel des adultes.

Un étudiant israélien reçoit une injection de vaccin COVID-19, dans un centre de vaccination de Tel Aviv, le 23 janvier 2021. (Crédit : Avshalom Sassoni / Flash90)

Davidovitch, éminent épidémiologiste et membre de la commission mise en place par le responsable de la lutte contre le coronavirus en Israël, a dit être « inquiet » face à la situation et affirmé qu’il ne serait pas aussi difficile d’obtenir les approbations nécessaires si le gouvernement se montrait plus transparent au sujet des négociations sur le vaccin. Cette politique du secret complique l’adhésion pleine et entière des politiciens aux accords qui peuvent être conclus, a-t-il continué.

« Concernant le contrat, le prix et le nombre de doses [actuellement en pourparlers], c’est presque top-secret et je ne suis même pas sûr que Sharon Alroy-Preis, la cheffe de santé publique, en connaisse tous les détails », a déploré Davidovitch, président du syndicat des médecins de santé. « Le directeur-général du ministère de la Santé Chezy Levy, le ministre de la Santé et le Premier ministre sont probablement les seuls à être au courant. »

Alors que des pressions étaient exercées en faveur de la révélation des détails des données qui ont été partagées avec Pfizer, Israël avait publié une version expurgée de son accord initial avec la firme, au mois de janvier. Le ministère des Finances avait fait savoir avoir versé environ 2,6 milliards de dollars pour ces premières livraisons – qui auraient consisté en dix millions de doses. Mais de nombreuses spécificités de l’accord restent encore indéterminées et aucune information n’a filtré au sujet des discussions portant sur un nouvel accord.

Le professeur Nadav Davidovitch. (Autorisation : Université Ben Gourion du Néguev)

Davidovitch a affirmé que le manque de transparence rendait, pour les politiciens et pour les responsables, plus difficile l’octroi des approbations nécessaires pour signer de nouveaux accords. « Les retards, aujourd’hui, résultent principalement de la situation politique et du fait qu’il n’y a pas réellement eu de discussions ouvertes sur les stratégies et les données », a-t-il dit.

Le pays a besoin de lancer « une discussion urgente » entre politiciens – bien au-delà du petit groupe de responsables actuellement au courant des informations – pour débattre de l’approvisionnement en vaccins et pour programmer la phase à venir de la campagne.

Mais la culture politique privilégiée est celle du secret, ce qui empêche aussi de préparer de manière efficace la vaccination des enfants par la communauté médicale, a-t-il poursuivi, notant le manque de tables rondes organisées avec les médecins. « Il faut impliquer les pédiatres et toute la communauté médicale, mais une discussion officielle n’est pas d’actualité pour le moment », a-t-il regretté.

Le ministère de la Santé reste peu loquace. Suite à une demande de commentaires de la part du Times of Israël sur ses accords avec Pfizer – et notamment concernant une affirmation citée par certains médias qu’Israël n’aurait pas payé certaines doses, une information qui n’a pas été confirmée – le ministère a répondu « qu’en raison de la confidentialité des informations, le ministère de la Santé ne peut pas donner de détails sur ce dossier ».

Le ministre de la Défense Benny Gantz à la Knesset, le 1er décembre 2020. (Crédit : Alex Kolomoisky/Pool/Flash90)

Au cours des dernières semaines, l’acquisition d’un plus grand nombre de vaccins est devenu un enjeu politique. À la fin du mois dernier, le ministre de la Défense, Benny Gantz, avait annulé une rencontre du cabinet, ce qui avait retardé l’approbation de l’achat de vaccins supplémentaires par les ministres.

Gantz, à la tête du parti Kakhol lavan, avait indiqué avoir annulé la réunion en raison du refus opposé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu de permettre la nomination d’un ministre de la Justice. Il n’y a plus de ministre de la Justice au sein de l’État juif depuis la semaine dernière, ce qui, entre autres, gêne les capacités de la Knesset à adopter des lois.

Au cours de cette réunion du cabinet annulée, les ministres devaient voter une enveloppe de dépenses de sept milliards de shekels pour des vaccins contre le coronavirus.

Le ministère de la Santé avait exprimé sa préoccupation sur ce report de l’approbation d’un accord avec Pfizer, disant que l’entreprise, elle aussi, avait fait part de sa contrariété.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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