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Violences dans le football : Le passif extrémiste des hooligans lyonnais

L'Olympique lyonnais n'est pas le seul concerné mais pâtit depuis longtemps des liaisons dangereuses entre certains de ses supporters et l'extrême droite

Des CRS face à des supporters lors de la mi-temps du match de 16e de finale de Coupe de France entre le Paris FC et l'Olympique Lyonnais au stade Charlety à Paris, le 17 décembre 2021. Le match a été interrompu en raison d'incidents dans les tribunes. (Crédit : BERTRAND GUAY / AFP)
Des CRS face à des supporters lors de la mi-temps du match de 16e de finale de Coupe de France entre le Paris FC et l'Olympique Lyonnais au stade Charlety à Paris, le 17 décembre 2021. Le match a été interrompu en raison d'incidents dans les tribunes. (Crédit : BERTRAND GUAY / AFP)

Les violences en tribune qui ont provoqué l’arrêt du match Paris FC-Lyon en Coupe de France vendredi s’ajoutent à une longue liste de faits imputés, depuis des années, à une frange de supporters lyonnais radicaux.

Après avoir interdit à ses fans, jusqu’à nouvel ordre, de se déplacer pour les rencontres jouées à l’extérieur, le club a décidé d’exclure pour 18 mois de son propre stade ceux identifiés au stade Charléty à Paris, en portant plainte contre eux.

« Plus que jamais, nous devons éradiquer ces phénomènes de hooliganisme et bannir tous ceux qui sont ennemis, par leurs actes, du football, mais aussi des clubs dont ils se revendiquent », avertissait samedi l’Olympique lyonnais.

Le club n’est pas le seul concerné mais pâtit depuis longtemps des liaisons dangereuses entre certains de ses supporters et l’extrême droite.

Virage nord, virage sud

Le groupe de fans le plus ancien est celui des Bad Gones, créé en 1987 au stade Gerland et revendiquant aujourd’hui quelque 6 000 membres dans le « Kop virage nord » au Groupama Stadium. En face, dans le virage sud, le groupe Lyon 1950, créé en 2009, en compte 2 500 à 3 000.

Plusieurs associations de supporters aux rangs moins fournis et moins bruyants s’ajoutent à ces deux groupes d’ultras officiellement associés aux activités du club via deux officiers de liaison.

D’autres groupes d’ultras ont existé dans l’histoire de l’OL, à l’instar de « Cosa Nostra Lyon » dans le virage sud, dissous par le ministère de l’Intérieur en 2010 – avec cinq groupes du PSG et un de Nice à l’époque – après une série d’actes de vandalisme et de violences.

Proximité avec l’extrême droite

« Les problèmes de radicalité politique au sein de franges des ultras et des hooligans lyonnais remontent à la seconde moitié des années 1980, (…) ce sont les premiers à avoir exhibé des croix gammées dans un stade français », rappelle l’historien Sébastien Louis, auteur du livre Les Ultras, les autres protagonistes du football.

Des photos prises au tournant des années 1990 montrent un drapeau nazi et des skinheads au stade de Gerland, tandis que croix celtiques et devise SS apparaissent à l’époque sur des écharpes et banderoles des Bad Gones.

Le groupe s’est depuis institutionnalisé, a nettoyé son image et affiche aujourd’hui son apolitisme. C’est cependant un des siens – ensuite exclu – qui sera filmé en train de faire un salut nazi après une victoire de l’OL à Manchester City en septembre 2018.

Du virage nord, le phénomène s’est déplacé vers le virage sud, « avec un retour en force ces 15 dernières années, les Identitaires dans le Vieux-Lyon ayant toujours eu des liens avec les hooligans », selon Sébastien Louis.

Cette porosité s’observe notamment au sein de « Mezza Lyon », un petit groupe non reconnu par l’OL. Parmi six des siens jugés en 2012 pour des tags racistes et nazis sur un local de supporters de Saint-Etienne, figurait ainsi un membre de Rebeyne, branche lyonnaise de Génération Identitaire.

En septembre 2019, avant un match contre Marseille – l’autre grand rival –, un tract des Bad Gones dénonce « la vérole sudiste » d’une « ville où règne le sida ». Pointés du doigts, les ultras déplorent alors un « acharnement médiatique sans précédent » en plaidant pour « le second degré ».

Des supporters brandissent un fumingène lors des huitièmes de finale de la Coupe de France de football entre le Paris FC et l’Olympique Lyonnais au stade Charlety à Paris, le 17 décembre 2021. Le match a été interrompu en raison d’incidents dans les tribunes. (Crédit : Bertrand GUAY / AFP)

« Comportements racistes »

En 2018, l’UEFA sanctionne l’OL par une suspension de match après des « comportements racistes » avec présence de symboles nazis, lors d’une rencontre avec le CSKA Moscou.

Le club, lui, fait valoir que ces « anomalies » se limitent à des personnes isolées n’appartenant à aucun groupe patenté.

Ce qu’un membre des « Bad Gones », interrogé sous couvert d’anonymat par l’AFP, décrit pour la soirée à Charléty : « Les types qui se sont foutus sur la gueule, ce sont des ‘indépendants’ qui se revendiquent souvent comme hooligans ou appartiennent à des groupuscules d’extrême droite comme la Mezza Lyon. »

L’historien Sébastien Louis relève que « sur les forums, des photos circulaient déjà il y a un mois et demi, venant de certaines franges de supporters radicaux du PSG » prêts à en découdre. Trois ultras parisiens ont été interpellés mardi à la suite des incidents.

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