Vivre jusqu’à 120 ans ? Ce professeur travaille sur un médicament qui pourrait vous le permettre
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“Si vous êtes en bonne santé à 100 ans, la vie est belle”

Vivre jusqu’à 120 ans ? Ce professeur travaille sur un médicament qui pourrait vous le permettre

Dans ce qui pourrait être une révolution médicale, le Dr. Nil Barzilai et ses collègues travaillent avec la FDA pour certifier un médicament qui cible le vieillissement, et non une maladie particulière

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Nir Barzilai espère commencer son premier essai clinique dans un an (Crédit : courtoisie)
Nir Barzilai espère commencer son premier essai clinique dans un an (Crédit : courtoisie)

En Israël, un souhait populaire pour les anniversaires est « jusqu’à 120 ans », ce qui signifie que vous devriez vivre jusqu’à cet âge. Ce souhait est basé sur le verset biblique dans lequel Dieu dit : « Mon esprit ne restera pas toujours dans l’homme, car il est encore chair. Ses jours seront de 120 ans » (Genèse 6:3). C’est aussi l’âge, selon la tradition juive, atteint par des figures vertueuses comme Moïse, Hillel et le rabbin Akiva, et auquel le reste d’entre nous ne peut qu’aspirer.

L’expérience a effectivement montré que 120 ans est la limite supérieure de la vie humaine. Seulement une personne dans l’histoire récente a vécu plus longtemps.

La Française Jeanne Calment est morte en 1997 à l’âge de 122 ans. Et qui voudrait vivre jusqu’à 120 ans de toute façon si l’on est trop malade et décrépit pour apprécier la vie ? C’est pourquoi une variation du souhait hébraïque dit « tu devrais vivre jusqu’à 100 ans comme si tu en avais 20 », ce qui signifie que vous pourriez apprécier 100 années de vigueur juvénile et de bonne santé.

Jusqu’à présent, le débat avait été académique pour la plupart d’entre nous, puisque l’espérance de vie dans les pays développés est d’environ 80 ans.

Mais Nir Barzilai, médecin, directeur de l’institut pour la recherche sur le vieillissement au collège de médecine Albert Einstein de New York, croit que dans les prochaines décennies, il sera possible pour beaucoup d’entre nous de vivre entre 110 et 120 ans en prenant des médicaments qui ciblent le vieillissement.

Non seulement rien que ça, mais au lieu de passer les cinq dernières années de notre vie à nous traîner du cabinet médical du médecin à l’hôpital, nous vivrions relativement sans maladie jusqu’à la fin, puis mourront rapidement de n’importe quoi qui se passera et qui nous tuera.

« L’idée que nous pouvons reporter le vieillissement est une idée nouvelle et la compréhension que le vieillissement fait partie de chaque maladie n’est pas vraiment reconnue », a-t-il déclaré.

Barzilai est conscient du fait que beaucoup de gens pensent que cela semble trop beau pour être vrai.

Ce n’est pas comme si retarder l’horloge n’était pas déjà une industrie multi-milliardaire et une obsession ancestrale. Mais gardons en tête que les scientifiques ont réussi à ralentir le vieillissement chez des animaux comme le ver ou la souris. Aussi, gardons en tête que la science et la médecine ont déjà fait de grandes avancées pour rallonger nos espérances de vie. En 1900, la durée de vie moyenne aux Etats-Unis était de 50 ans.

Le 29 novembre, Barzilai et ses collègues ont joué un rôle dans une tranche du programme « Breakthrough » de la chaîne National Geographic, une série en six épisodes sur les travaux de pointe dans les domaines de la robotique, des neurosciences, de la production énergétique et de la médecine.

L’épisode, intitulé « L’âge du vieillissement », était réalisé par le vétéran d’Hollywood Ron Howard. Il suit Barzilai et plusieurs autres chercheurs du vieillissement pendant qu’ils essaient de convaincre l’administration de la nourriture et des médicaments (FDA) des Etats-Unis de les autoriser à tester un médicament qui ne cible aucune maladie spécifique mais plutôt ce qu’ils appellent les « co-morbidités du vieillissement ».

Selon la FDA, le vieillissement n’est pas une maladie. Le grand défi de Barzilai est donc de faire approuver par la FDA un essai qui cible plusieurs maladies en même temps, toutes étant associées au vieillissement : des maladies comme le cancer, les maladies cardio-vasculaires, les AVC et la maladie d’Alzheimer.

« Si nous pouvons empêcher ou retarder ces maladies du vieillissement, a déclaré Barzilai au Times of Israel, la FDA acceptera qu’il y a un point final. »

C’est pourquoi il fait attention à ne pas utiliser le mot « anti-vieillissement », même si c’est cela qu’il veut vraiment dire. La FDA n’aime pas cette phrase, sans mentionner qu’elle a été associée à ceux que Barzilai appelle des « charlatans » au cours des années.

« Quand j’écris mes demandes de financement et décris mes objectifs, mon objectif est d’empêcher les maladies. Nous ne parlons pas d’immortalité. Nous parlons de ce qu’il se passe dans les 5 à 10 dernières années de la vie, où les gens accumulent tellement de maladies qui rendent leur vie difficile. Ils ont de multiples maladies et de multiples traitements et tous les traitements interagissent les uns avec les autres. Pourquoi ne pas essayer d’accroître la durée de vie en bonne santé ? L’accroissement de la longévité, si cela arrive, n’est qu’un effet secondaire. »

Pourquoi ne vivons-nous pas 120 ans ?

Dans le documentaire, S. Jay Olshansky, un collègue de Narzilai, chercheur du vieillissement à l’université de Chicago, explique que la majorité de l’accroissement de l’espérance de vie que nous avons gagné au 20e siècle provient du traitement de maladies infectieuses comme la pneumonie, la grippe et la tuberculose.

Les maladies qui tuent la plupart des gens aujourd’hui – maladies cardiaques, cancers, AVC et Alzhemer – demandent une approche différente, qui est de s’attaquer au processus sous-jacent de vieillissement. Mais l’argent commencera seulement à affluer pour cette approche quand la FDA l’acceptera comme une catégorie de traitement.

« Les compagnies pharmaceutiques ne viendront pas parce que les assurances médicales ne paieront pas pour quelque chose qui n’a pas d’indication », explique Barzilai.

Une fois que la FDA acceptera que ces médicaments qui peuvent cibler les processus sous-jacents des maladies liées à l’âge, les compagnies pharmaceutiques, les compagnies de biotechnologies et les capitaux-risqueurs commenceront à investir dans le développement de nouveaux médicaments, dit-il.

Les super-vieillisseurs ashkénazes

Barzlai est né à Haïfa en 1955 et a reçu son diplôme de médecine du Technion en 1985. Après son diplôme, on lui a proposé une bourse de recherche à l’université de Yale, où il a rencontré sa femme Laura. Bien qu’ils avaient l’intention de retourner en Israël, « la vie a suivi son chemin ». Le couple a deux grands enfants, dont l’un est citoyen d’Israël et l’autre « un soutien d’Israël ».

Au début des années 1990, Barzilai a reçu une offre d’emploi du collège de médecine Albert Einstein de l’université Yeshiva. Là-bas, il a découvert un ensemble de juifs ashkénazes extrêmement âgés vivant dans le quartier. Il a étudié plus de 500 « super-vieillisseurs » juifs ashkénazes entre 95 et 112 ans pour essayer de percer leur secret.

Barzilai a demandé à des centenaires leurs habitudes et a trouvé qu’aucun n’avait pris de précautions de santé particulières.

« 50 % d’entre eux sont obèses, explique Barzilai dans le documentaire, 50 % ne font pas d’exercice, 60 % des hommes et 30 % des femmes fument. Donc malgré tout cela, ils ont une protection qui leur permet d’atteindre facilement l’âge de 100 ans. »

En fait, il y a plusieurs mutations génétiques qui les protègent de maladies chroniques fatales. Bien que les scientifiques ne peuvent pas modifier les gènes de quelqu’un, ils peuvent concevoir des médicaments qui interfèrent avec les mêmes voies que celles qui sont bloquées chez les centenaires.

Combien de temps pouvons-nous vivre ?

Barzilai dit qu’il ne voit pas les humains vivre plus de 120 ans, au moins pas sur les bases de la science actuelle.

« En tant qu’espèce, notre espérance de vie maximale est probablement entre 110 et 120 ans, et la question est que faisons-nous de cette opportunité ? »

La raison, dit-il, est la seconde loi de la thermodynamique.

« Tout sur Terre se désintègre. Même si nous avons pensé à un moyen de surmonter cela par la médecine régénératrice, comme les cellules souches au-dessus de votre corps, au moment où vous régénérez les neurones dans votre cerveau, ces neurones ne stockent pas vos souvenirs, donc fondamentalement vous devenez une autre personne. Si vous devez devenir une autre personne, nous faisons déjà cela en ayant des enfants, et notre ADN est dans nos enfants. »

Quand il observe les centenaires qu’il étudie, Barzilai dit qu’ils meurent souvent comme nous, d’infections, de maladies cardiaques et d’AVC, juste plus rapidement.

« Ils seront en bonne santé pour une longue période et ensuite ils meurent simplement. Il n’y a pas de longue période de peine et de souffrance. Donc ce que nous voulons faire est de profiter au maximum du corps que nous avons en retardant le vieillissement. »

Des medicaments pour retarder le vieillissement

Il n’y a pas de pénurie de médicaments qui pourraient être capable de faire cela. L’institut national du vieillissement a identifié au moins cinq composants qui ralentissent le vieillissement chez la souris. Ceux-ci incluent l’aspirine, l’acarbose, le 17-alpha-estradiol et la rapamycine.

Le médicament que Barzilai et ses collègues ont mis au point pour leur essai clinique est la metformine, largement prescrite aux patients diabétiques. Une étude britannique a observé l’année dernière un groupe de 78 000 patients avec un diabète de type 2 âgés d’une soixantaine d’années et qui prenaient ce médicament vivait plus longtemps que le groupe de personnes en bonne santé du même âge.

Même si la metformine n’est pas un des composés les plus impressionnants identifiés par l’institut national du vieillissement, elle a été choisi parce qu’elle est relativement sure et a peu d’effets secondaires.

Barzilai dit que la FDA est enthousiaste sur l’essai et que lui et ses collègues travaillent de manière rapprochée avec l’organisation.

Dans le documentaire, il le formule plus bibliquement : « Je pense que nous allons vers la Terre promise – l’étude va arriver. Le fait que la FDA soit partie prenante est une réussite. »

L’étude est actuellement dans sa phase de planification. Elle commencera dans environ un an et durera cinq à six ans.

A présent, Barzilai et ses collègues écrivent des demandes de financement au gouvernement pour couvrir le coût de 64 millions de dollars de l’étude et espèrent aussi recevoir des financements de donneurs privés. Ce sera une étude en double aveugle sur environ 3 000 personnes âgées, dont la moitié recevra de la metformine et l’autre moitié un placebo.

L’effet du médicament sera évalué en vérifiant s’il peut retarder le développement d’un ensemble de conditions liées au vieillissement : maladies cardiovasculaires, cancers, déclin cognitif et mortalité. Si tout va bien, d’ici environ dix ans, le champ sera ouvert à une deuxième génération de médicaments plus spécifiques et plus puissants.

Barzilai, qui est sur le point d’avoir 60 ans, dit qu’ « il est très optimiste mais qu’il doit s’accrocher encore dix ans de plus. »

Quand on lui demande si la deuxième génération de médicaments sera si chère que seulement les riches seront capables de prolonger leur espérance de vie, Barzilai prédit qu’ « ils seront chers pendant les cinq premières années et ensuite seront génériqués, et il y aura de nouveaux médicaments qui seront encore mieux. »

Bientôt, prédit Barzilai, nous pourrions tous devenir centenaire.

« Si vous êtes en bonne santé à 100 ans, la vie est belle », dit-il, décrivant les centenaires qu’il a étudié. « Ils travaillent, ils voyagent, ils font des choses. »

Prolonger la jeunesse ?

Même si beaucoup de personnes ont leurs préférences, ne voudraient-ils pas cesser de vieillir à un moment dans leur vingtaine ou leur trentaine, plutôt que de rester âgé pour une période de temps prolongée ?

« La traduction de cette question, dit Barzilai, est quand dois-je commencer la metformine ou n’importe quel autre médicament qui suivra ? Mon étude porte sur les âges entre 65 et 79 ans parce que nous voulons montrer que c’est pertinent chez les personnes âgées et nous voulons avoir beaucoup d’évènements [médicaux]. Je ne peux pas commencer une étude pour l’âge de 30 ans et voir comment vous êtes à 80 ans parce que cela prendrait trop de temps. »

Cependant, une étude britannique recherche les effets de la metformine sur les personnes de plus de 40 ans avec un risque élevé pour des maladies cardiovasculaires.

« Si l’âge moyen dans l’étude est de 50 ans et qu’ils ont des résultats positifs, cela m’indiquera que les gens peuvent bénéficier de prendre de la metformine à un jeune âge. »

Alors pourquoi chacun n’irait-il pas voir son médecin pour demander une prescription de metformine ?

« Il n’y a aucune indication que vous en tireriez un bénéfice. Les études doivent être faites. »
Barzilai a été interrogé pour savoir ce qu’il ferait de son temps supplémentaire s’il vivait jusqu’à 120 ans.

« Laissez-moi répondre de la même manière qu’un de mes centenaires m’a répondu quand je lui ai demandé. ‘Tant que ma liste de projets est plus longue que ma liste de succès passés, je suis toujours jeune et je peux toujours faire des choses’. »

Barzilai ajoute que sa chanson préférée est « Ani VeAta » d’Arik Einstein (« Toi et moi changerons le monde. »)

« Elle ne dit pas ‘je changerai le monde’, elle parle d’une collaboration. Vous avez besoin d’autres personnes pour vous aider à changer le monde. Des gens peuvent l’avoir dit avant, Arik Einstein le chante, mais cela ne compte pas. Nous commencerons du début. »

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