Vol cargo Téhéran-Beyrouth: un moyen pour l’Iran d’armer facilement le Hezbollah
Rechercher

Vol cargo Téhéran-Beyrouth: un moyen pour l’Iran d’armer facilement le Hezbollah

Israéliens et occidentaux soupçonnent des compagnies aériennes "civiles", qui autrefois reliaient la Syrie, de livrer au Liban du matériel militaire pour être utilisé contre Israël

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Illustration : un avion cargo Qeshm Fars Air (Crédit : Wikimedia commons)
Illustration : un avion cargo Qeshm Fars Air (Crédit : Wikimedia commons)

Un avion-cargo iranien transportant des armes de pointe pour le groupe terroriste du Hezbollah aurait été repéré en train de voler directement de Téhéran à Beyrouth jeudi matin, quelques heures avant qu’Israël ne mène des frappes aériennes contre des cibles pro-iraniennes en Syrie.

Les responsables israéliens et américains de la sécurité affirment depuis longtemps que l’Iran fournit au Hezbollah libanais des armes avancées en les expédiant par le biais de compagnies aériennes apparemment civiles, dont celle qui s’est rendue jeudi dernier au Liban : Fars Air Qeshm.

Cependant, ces avions cargo déchargent généralement leur matériel en Syrie ou y font escale avant de se rendre à Beyrouth, plutôt que de se rendre directement au Liban, où le Hezbollah est basé.

Selon les données de vol accessibles au public, le vol QFZ-9964 de Fars Air Qeshm a quitté Téhéran peu après 8 heures du matin, survolé l’Iraq, coupé vers le nord-ouest en Syrie, puis atterri à l’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth environ deux heures plus tard.

Plus tard, le Boeing 747 s’est rendu à Doha au Qatar avant de retourner à Téhéran.

Le vol QFZ-9964 de la compagnie iranienne Fars Air Qeshm a effectué un vol direct de Téhéran à Beyrouth le 29 novembre 2018. (Capture d’écran : FlightRadar24)

Jeudi soir, l’armée israélienne a indiqué que l’avion transportait des armes à destination de Beyrouth.

Sans mentionner spécifiquement le vol, le porte-parole de l’armée en langue arabe, le lieutenant-colonel Avichay Adraee, a twitté que le Liban devrait cesser d’autoriser les avions iraniens à introduire du matériel de guerre dans le pays, avec une photo satellite en noir et blanc de l’aéroport international Rafik Hariri.

Le représentant spécial des États-Unis pour l’Iran, Brian Hook, a déclaré jeudi que Washington a « la preuve que l’Iran aide le Hezbollah à construire des installations de production de missiles » au Liban, sans plus de détails.

Il a accusé l’Iran d’exporter effrontément des missiles vers l’Afghanistan et le Yémen, en violation des interdictions sur les armes imposées par l’ONU, dont au moins un avec une inscription en persan.

« Les marquages en farsi sont une façon pour l’Iran de dire qu’il n’a pas peur d’être pris en flagrant délit de violation des restrictions imposées par l’ONU en matière d’armements », a-t-il dit.

Brian Hook, représentant spécial américain pour l’Iran, devant des missiles à courte-portée iraniens (Qiam) à la base conjointe Anacostia-Bolling de Washington, le 29 novembre 2018 (Crédit : AP Photo/Carolyn Kaster)

M. Hook a appelé à une pression mondiale accrue sur l’Iran et a déclaré aux journalistes lors d’une réunion d’information que les armes iraniennes interceptées présentaient des « preuves irréfutables » que l’activité déstabilisatrice de l’Iran dans la région « est un problème qui ne s’améliore pas, il s’empire ».

Lorsqu’on lui a demandé de fournir des données à l’appui des affirmations de l’administration selon lesquelles l’Iran soutient de plus en plus les activités déstabilisatrices dans la région, M. Hook a déclaré que l’Iran avait dépensé plus de 16 milliards de dollars depuis 2013 pour soutenir les milices en Syrie, en Irak et au Yémen, sans toutefois préciser si ces dépenses ont augmenté ces dernières années.

« L’Iran doit cesser de tester et de faire proliférer des missiles, cesser de lancer et de mettre au point des missiles à capacité nucléaire et cesser de soutenir les milices au Liban, en Syrie, en Irak, au Bahreïn et au Yémen », a-t-il déclaré.

Frappes aériennes signalées sur des sites pro-iraniens en Syrie

Le vol Téhéran-Beyrouth a eu lieu quelques heures avant qu’Israël ne lance une série de frappes aériennes contre des sites iraniens et pro-iraniens en Syrie, jeudi soir.

Selon les médias et les déclarations de l’armée syrienne, des missiles ont été tirés sur des cibles à Damas et dans ses environs, dans le sud de la Syrie près de la frontière israélienne et le long de la route Damas-Beyrouth qui mène au Liban.

Il n’était pas immédiatement clair si les deux incidents étaient liés l’un à l’autre.

Fars Air Qeshm a déjà été identifié comme l’une des nombreuses compagnies aériennes qui auraient transporté des systèmes d’armes pour l’armée iranienne. Certaines d’entre elles ont fait l’objet de sanctions américaines, alors que Fars Air Qeshm ne l’a pas été.

Le mois dernier, la compagnie aérienne aurait transféré au Hezbollah des composants GPS avancés qui permettraient au groupe terroriste de transformer des roquettes non guidées en missiles guidés de précision, augmentant ainsi la menace pour Israël.

Un avion de Fars Air Qeshm aurait également été bombardé lors d’une frappe israélienne en septembre, dont le but était de détruire les machines utilisées dans la production de missiles de précision, qui étaient en route vers le Hezbollah, a appris le Times of Israel à l’époque.

Les débris d’un avion iranien présumé, qui a été touché lors d’une frappe aérienne israélienne, Damas, le 18 septembre 2018. (ImageSat International ISI/Ynet)

Pendant le raid aérien israélien, un avion espion russe a été abattu par erreur par les défenses aériennes syriennes, ce dont Moscou impute la faute à Israël.

Les responsables israéliens ont exprimé à maintes reprises leur préoccupation au sujet de l’acquisition par le Hezbollah de missiles guidés de précision.

La milice terroriste soutenue par l’Iran, avec laquelle Israël a mené une guerre punitive en 2006, dispose d’un arsenal de plus de 100 000 roquettes et missiles – un stock plus important que certaines armées européennes, avec la capacité de frapper partout en Israël.

Capture d’écran d’une vidéo diffusée le 22 juillet 2017 et fournie par la presse militaire centrale syrienne contrôlée par le gouvernement, montre des combattants du Hezbollah tirant un missile sur des positions de militants liés à Al-Qaida dans une zone située à la frontière entre le Liban et la Syrie. (Presse militaire centrale syrienne, via AP)

« La différence, c’est la précision. Les missiles sont beaucoup plus précis, et il y a maintenant une tendance [pour l’Iran] à offrir une capacité de frappe de précision à ses mandataires ou clients », a déclaré le brigadier-général Ram Yavne, chef de la division stratégique de l’armée, au début du mois.

« Ils en sont loin, très loin, mais imaginez qu’ils puissent lancer non pas une roquette qui – quand vous regardez les probabilités – seules quelques-unes d’entre elles toucheraient une zone urbaine ou un site stratégique, mais un missile très précis qui pourrait toucher, beaucoup plus directement, un site stratégique en Israël », dit-il.

En septembre, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a brandit des photos de ce qu’il a dit être des installations de missiles du Hezbollah à Beyrouth, y compris près de l’aéroport. Le Liban a démenti cette affirmation, emmenant les médias et les diplomates visiter certains des sites quelques jours plus tard.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’adresse à l’Assemblée générale des Nations Unies à New York le 27 septembre 2018 et brandit une carte indiquant les sites de missiles présumés du Hezbollah à Beyrouth. (AFP / TIMOTHY A. CLARY)

Ces dernières années, Israël a reconnu avoir mené des centaines de frappes aériennes en Syrie, qui visaient à la fois à empêcher l’Iran d’établir une présence militaire permanente en Syrie et à bloquer le transfert d’armes avancées au Hezbollah, au Liban.

L’armée de l’air israélienne s’est largement abstenue de mener des raids à l’intérieur même du Liban, bien qu’elle ait indiqué qu’elle était prête à le faire.

Plus tôt cette année, le chef de l’AAI, Amikam Norkin, a montré aux généraux en visite une photo d’un chasseur furtif israélien F-35 volant près de l’aéroport de Beyrouth, dans ce qui a été considéré comme un message direct au Hezbollah.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...