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"Nous croyons tous les victimes"

Affaire Chaim Walder : le militantisme haredi s’organise

150 volontaires ont participé à une campagne dans les villes haredi pour contrer le silence des dirigeants orthodoxes face aux accusations d'abus sexuels contre l'auteur

Des tracts 'Nous croyons les victimes' placés dans les boîtes aux lettres d'un immeuble de résidents haredi le 31 décembre 2021. (Autorisation)
Des tracts 'Nous croyons les victimes' placés dans les boîtes aux lettres d'un immeuble de résidents haredi le 31 décembre 2021. (Autorisation)

Trois-cent-vingt-mille tracts sur lesquels on pouvait lire « Nous croyons tous les victimes » ont été distribués vendredi dans les quartiers juifs orthodoxes d’Israël, un acte de rébellion pour contrer le manque de réaction des dirigeants orthodoxes face aux accusations d’abus sexuels lancées contre l’écrivain orthodoxe de livres pour enfants, Chaim Walder.

Les tracts représentent une jeune fille avec une main sur sa bouche. Cette photo s’accompagne d’une légende en hébreu : « Nous croyons tous les victimes ». Autour du poignet de la main plaquée sur la bouche de la jeune fille, on peut voir un bracelet portant l’inscription : « le lashon hara ne me parle pas », le terme en hébreu pour parler de la médisance.

Le verso des prospectus explique l’importance de parler des abus sexuels et de croire les victimes présumées. Les tracts ont été placardés sur les tableaux d’affichage des villes, collés dans les boîtes aux lettres et distribués dans les synagogues.

Shoshanna Keats Jaskoll – l’une des 150 bénévoles qui ont aidé à distribuer les dépliants depuis Safed, au nord du pays et jusqu’à Dimona, dans le sud – a déclaré au Times of Israël que la campagne est une réponse aux affirmations de nombreux dirigeants orthodoxes selon lesquelles les récits des victimes présumées de Chaim Walder qui se sont manifestées ces derniers mois relèvent de la médisance et ont poussé l’auteur à se donner la mort la semaine dernière.

Chaim Walder (Crédit : Wikipedia / דוד25)

Pour Shoshanna Keats Jaskoll, c’est cette réaction des médias ultra-orthodoxes et des dirigeants rabbiniques qui a conduit au suicide, jeudi, de Shifra Horowitz, une victime présumée de Chaim Walder.

Les militants orthodoxes à l’origine de la campagne ont préféré rester anonymes. Shoshanna Keats Jaskoll, juive moderne orthodoxe, a déclaré qu’ils « ont décidé que si les dirigeants ne font rien [pour les victimes], nous agirons ».

Shoshanna Keats Jaskoll, cofondatrice de Chochmat Nashim, une organisation qui défend les droits des femmes orthodoxes, a déclaré que la réaction des membres de sa communauté à la vue des tracts a été extrêmement positive.

« Des mères sont venues vers les bénévoles pour les remercier et leur demander d’autres tracts afin de les distribuer à leurs familles », a-t-elle déclaré, tout en admettant que certains spectateurs n’étaient pas aussi favorables et se demandaient pourquoi une telle campagne était nécessaire.

Des tracts « Nous croyons les victimes » placés sur les panneaux d’affichage d’un quartier haredi le 31 décembre 2021. (Autorisation)

Les organisateurs de la campagne ont lancé une campagne de financement participatif afin de produire d’autres tracts.

En rapportant la mort de Chaim Walder, les médias ultra-orthodoxes ont largement omis les allégations d’agression sexuelle dont il faisait l’objet et n’ont pas mentionné le fait qu’il se soit suicidé.

Le site d’information Behadrei Haredim l’a décrit comme un « écrivain et un éducateur bien connu » et a mis en avant les colonies de vacances qu’il a créées. La nécrologie ne mentionnait pas les allégations d’abus ni son suicide.

Des tracts  » Nous croyons les victimes  » placés sur des panneaux d’affichage d’un quartier haredi le 31 décembre 2021. (Autorisation)

Le Grand rabbin israélien, David Lau, a rendu visite à la famille de Chaim Walder pour leur présenter ses condoléances. En réponse au tollé qui a suivi, il a publié une déclaration exprimant son soutien aux victimes de Walder.

« Malheureusement, certains ont interprété le fait que j’aie présenté mes condoléances à des personnes en deuil – des veuves et des orphelins que je connais personnellement, et il n’est pas nécessaire d’exagérer ce qu’ils traversent – comme si je ne m’identifiais pas aux victimes », a déclaré David Lau dans une lettre publiée dimanche.

« Je suis de tout cœur avec les victimes qui traversent des jours très difficiles, et nous devons tous nous tenir à leurs côtés en permanence, et en ce moment en particulier. Je crois complètement tous ceux qui ont été affectés », a-t-il ajouté.

Certains rabbins orthodoxes ont toutefois adopté une position plus radicale à l’encontre de Chaim Walder. Le grand rabbin de Safed, Shmuel Eliyahu, a demandé à ce que tous les livres de Chaim Walder soient retirés des écoles et a convoqué l’auteur devant un tribunal rabbinique quelques jours avant que ce dernier ne mette fin à ses jours.

Des tracts  » Nous croyons les victimes  » placés sur des panneaux d’affichage d’un quartier haredi le 31 décembre 2021. (Autorisation)

Mais Shmuel Eliyahu a été confronté à la réaction du rabbin nationaliste haredi Zvi Tau, qui a pris la défense de Chaim Walder, affirmant que les accusations portées contre l’éditeur sont sans fondement. Dans des enregistrements divulgués vendredi, on pouvait entendre Zvi Tau affirmer que Shmuel Eliyahu alimentait les flammes d’un média de gauche désireux de promouvoir la laïcité.

Lorsque les allégations ont été révélées en novembre, un certain nombre d’entités ultra-orthodoxes ont rompu leurs liens avec Chaim Walder, habitant de Bnei Brak. Chaim Walder a été démis de ses fonctions à la station de radio ultra-orthodoxe Radio Kol Chai et le magazine pour enfants Otiyot a déclaré qu’il cesserait de publier ses histoires.

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