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Le grand rabbin David Lau se rend à la shiva de Chaim Walder

Pour certains, accuser l'auteur haredi pour enfants revient à faire du "lashon hara", tandis que d'autres déplorent "une nouvelle gifle" pour les victimes

Le grand rabbin ashkénaze d'Israël David Lau visite le lycée Neve Shmuel à Efrat, le 17 octobre 2021. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)
Le grand rabbin ashkénaze d'Israël David Lau visite le lycée Neve Shmuel à Efrat, le 17 octobre 2021. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

Le grand rabbin ashkénaze d’Israël a appelé jeudi les victimes d’abus sexuels à porter plainte auprès des « autorités compétentes », affirmant qu’ « il y a une obligation de porter plainte auprès des autorités en charge de ces problèmes, et de ne pas le cacher », a rapporté le site d’information Arutz Sheva, alors qu’une victime présumée de Chaim Walder, le célèbre auteur ultra-orthodoxe israélien de livres pour enfants qui a récemment été accusé par des dizaines de jeunes femmes d’abus sexuels, vient d’être enterrée après avoir été retrouvée morte à Jérusalem.

Walder a été retrouvé mort dans un cimetière de Petah Tikva lundi, après s’être vraisemblablement suicidé.

Ces commentaires du rabbin David Lau, prononcés mercredi, surviennent après que ce dernier a été critiqué pour avoir rendu visite à la famille de Walder lors de la shiva [semaine de deuil].

« Ces actes doivent être complètement déracinés et éradiqués. Dans tous les cas, lorsqu’il y a un soupçon d’acte indécent ou de harcèlement, il y a obligation de porter plainte auprès des autorités en charge de ces questions, et de ne pas le cacher », a encore déclaré Lau dans un communiqué publié par son bureau.

La réaction aux accusations contre Walder a été scrutée de près pour déceler des signes d’un éventuel changement dans l’approche de la communauté ultra-orthodoxe devant les révélations d’abus sexuels de la part de rabbins respectés et de membres de la communauté. Alors que la communauté ultra-orthodoxe a longtemps eu tendance à balayer de telles allégations sous le tapis, cette tendance a semblé s’inverser dans les jours qui ont suivi la diffusion des accusations à l’encontre de Walder, qui ont été publiées pour la première fois dans le cadre d’une enquête du quotidien Haaretz.

Chaim Walder in 2011 (Crédit : CC BY-SA Yoninah/Wikimedia Commons)

Après qu’une librairie juive de New York, Eichler’s, a annoncé qu’elle ne vendrait plus les livres de Walder, qui étaient un élément éducatif de base dans de nombreux foyers orthodoxes, l’éditeur de Walder, Feldheim Publishers, a lui tweeté qu’il retirerait les livres de Walder des étagères tant que les allégations à son encontre étaient en cours. Yated Neeman et Radio Kol Hai, deux agences de presse israéliennes, ont suspendu Walder de ses fonctions à la suite des allégations. Plusieurs dirigeants rabbiniques éminents ont exhorté les parents à retirer ses livres de leurs maisons.

Dimanche, un tribunal privé rabbinique ultra-orthodoxe qui traite des cas d’abus sexuels dans la communauté a déclaré avoir entendu 22 témoignages de personnes – y compris de jeunes garçons et filles – alléguant des abus exécutés au fil des ans par Walder lorsqu’ils venaient le consulter en tant que thérapeute pour un traitement, élargissant considérablement les allégations déjà portées à son encontre.

Mais après que la police a découvert Walder mort lundi matin, une partie de ces réactions a semblé se rediriger contre ses accusateurs, certains les accusant de faire du « lashon hara », qui, en hébreu, signifie « dire du mal des autres » ou « s’adonner à des potins ».

Dans une conversation avec des éducateurs orthodoxes, le rabbin Gershon Edelstein, l’un des principaux dirigeants de la communauté ultra-orthodoxe non hassidique en Israël, a laissé entendre que ceux qui accusaient Walder étaient coupables de meurtre. « Il est clair que la grande pression qu’il subissait l’a amené à perdre la raison et à se suicider. C’est ce qu’on appelle un meurtre », a-t-il déclaré, selon un article paru dans le site d’information américain Vos Iz Neias.

Le Rabbi Gershon Edelstein, directeur de la yeshiva Ponovitz, chez lui après avoir allumé les bougies le quatrième soir de Hanoukkah, à Bnei Brak, le 5 décembre 2018. (Crédit : Aharon Krohn/Flash90)

« Même si le melamed [enseignant] estime qu’il a un point de vue sur la question, il est essentiel de transmettre aux enfants uniquement le point de vue de la Torah et de crier à quel point il est dangereux d’embarrasser publiquement les autres. Il faut leur dire que des gens malfaisants l’ont calomnié et ont rendu publique la calomnie partout jusqu’à ce qu’il soit gêné de montrer son visage à l’extérieur et devienne mentalement dérangé au point qu’il se suicide, » a ajouté Edelstein.

En partageant la nouvelle de la mort de Walder, un site Web haredi a refusé de mentionner les allégations portées contre lui et a terminé l’article par la phrase de coutume : « Que sa mémoire soit une bénédiction. »

Les critiques ont déclaré que la visite publique de Lau à la famille de Walder s’était ajoutée au blanchiment des crimes présumés de Walder.

Natan Slifkin, auteur et directeur du Musée biblique d’histoire naturelle de Beit Shemesh qui tient également le blog « Rationalist Judaism », a abordé la question dans un texte. « En honorant la famille d’une visite sans faire aucune déclaration à propos de Walder, cela soutient le récit du ‘tsadik persécuté’ « , a écrit Slifkin, en utilisant le mot hébreu pour « juste ». « De plus, en ne faisant aucune déclaration de soutien aux victimes, c’est une nouvelle gifle pour elles », a-t-il souligné.

Une jeune femme qui aurait été la victime sexuelle de Walder a été retrouvée morte jeudi à Jérusalem, après s’être apparemment donné la mort.

Les amis de la jeune femme disent qu’elle était désemparée ces derniers jours, alors que beaucoup lui rendaient hommage après sa mort.

Une amie a écrit sur les réseaux sociaux qu’ « elle a mis fin à sa vie parce que son âme blessée ne pouvait pas supporter les célébrations qui étaient organisées pour lui. »

La jeune femme a été enterrée il y a peu.

« Je me demande si des rabbins respectés assisteront à ses funérailles », s’était demandé sur Twitter Tomer Persico, directeur de Kolot.

A LIRE : Les médias haredim minimisent les accusations d’agression sexuelle contre Walder

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