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Washington confirme la signature d’un accord de coopération nucléaire avec Ryad

L'administration Trump ne donne que peu de détails sur cet accord, qui ouvre la voie à la construction d'une installation d'enrichissement d'uranium susceptible d'être convertie à terme pour la fabrication de bombes nucléaires

Chris Wright, secrétaire américain à l’Énergie (à gauche), et le prince Abdulaziz ben Salmane, ministre saoudien de l’Énergie, se serrant la main après avoir échangé des documents lors d’une cérémonie de signature, au Palais royal de Ryad, en Arabie saoudite, le 13 mai 2025. (Crédit : Alex Brandon/AP)
Chris Wright, secrétaire américain à l’Énergie (à gauche), et le prince Abdulaziz ben Salmane, ministre saoudien de l’Énergie, se serrant la main après avoir échangé des documents lors d’une cérémonie de signature, au Palais royal de Ryad, en Arabie saoudite, le 13 mai 2025. (Crédit : Alex Brandon/AP)

Les États-Unis et l’Arabie saoudite ont conclu mercredi un nouvel accord qui pourrait permettre au Royaume d’acquérir une capacité d’enrichissement d’uranium pour son programme nucléaire civil.

Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, et le ministre saoudien de l’Énergie, Abdulaziz ben Salmane, ont officiellement signé l’accord de coopération nucléaire, connu sous le nom de la « Section 123 », ainsi qu’un « accord bilatéral de garanties », selon les termes de l’administration Trump.

L’administration américaine n’a divulgué que peu de détails sur cet accord, mais son cadre ouvre la voie à la construction d’une installation d’enrichissement d’uranium en Arabie saoudite, à l’issue d’une étude conjointe américano-saoudienne, selon une source proche du dossier qui n’était pas autorisée à s’exprimer publiquement et qui a souhaité garder l’anonymat.

« Ces accords reflètent l’engagement commun de nos deux nations à renforcer les relations commerciales entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, à assurer la prospérité chez nous et la sécurité de nos alliés à l’étranger », a déclaré Wright dans un communiqué.

« Soyez assurés que ces accords respectent les normes les plus strictes en matière de sûreté nucléaire et de non-prolifération, tout en s’appuyant sur les meilleures technologies et les meilleurs scientifiques du monde dans le domaine nucléaire, développées ici même aux États-Unis. »

Auparavant, le secrétaire d’État, Marco Rubio, avait tenté de parer aux critiques naissantes concernant cette décision, alors que des journalistes l’interrogeaient sur le risque que l’aide apportée aux Saoudiens pour réaliser leur souhait de longue date d’enrichir leur propre uranium entraîne de nouvelles vagues de prolifération nucléaire et de concurrence dans une région instable.

Le président américain Donald Trump recevant le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane, à la Maison Blanche, à Washington, le 18 novembre 2025. (Crédit : Mark Schiefelbein/AP Photo)

« Les États-Unis ne concluront aucun accord avec aucun pays au monde qui entraînerait un risque de prolifération », a déclaré Rubio, qui se trouvait aux Philippines mercredi.

Selon une deuxième source proche du dossier, l’accord n’inclut pas le protocole additionnel de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui permettrait de renforcer la surveillance, les inspections et la vérification.

L’accord, qui devrait durer 30 ans, impliquerait des entreprises américaines dans le développement du programme. Le ministère de l’Énergie a indiqué dans un communiqué qu’il serait soumis au Congrès pour examen. Des législateurs américains des deux partis ainsi que des responsables israéliens ont exprimé leur profonde inquiétude face à un tel projet, craignant que l’Arabie saoudite ne finisse par l’utiliser pour développer des armes nucléaires. Il semble toutefois peu probable que le Congrès, à majorité républicaine, bloque la mise en œuvre de cet accord.

Le ministère de l’Énergie de ce pays riche en pétrole a déclaré que cet accord renforçait « les efforts visant à diversifier les sources d’énergie, à faire progresser les technologies de pointe et à élargir les possibilités de coopération et d’investissement, de manière à servir les intérêts mutuels des deux pays amis ».

Cette annonce intervient alors que les États-Unis et Israël mènent une guerre contre le régime iranien, notamment pour anéantir la capacité de Téhéran à développer une arme nucléaire. L’Iran affirme que son programme d’enrichissement nucléaire est à des fins pacifiques.

En amont de cette annonce, Alexander Bollfrass, expert nucléaire à l’Institut international d’études stratégiques de Londres, avait qualifié cet accord de « nouvelle approche révolutionnaire » en matière de politique de non-prolifération nucléaire.

« L’aspect révolutionnaire de cet accord réside dans le fait que les États-Unis ne demandent pas à l’Arabie saoudite de se conformer aux garanties les plus strictes possibles, à savoir les garanties internationalement contrôlées qui constituent la norme et sont disponibles aujourd’hui, mais qu’ils sont au contraire disposés, du moins en théorie, à transférer une technologie hautement sensible sans le même niveau de contrôle que l’on pourrait attendre », avait déclaré Bollfrass.

« On a laissé passer un levier de pression très important »

Au cours de son premier mandat, le président Donald Trump et l’ancien président Joe Biden avaient tenté de conclure un accord nucléaire avec le Royaume pour partager la technologie américaine. L’administration Biden avait subordonné une telle initiative à la normalisation des relations avec Israël. La seconde administration Trump semblerait ne pas avoir formulé une telle exigence.

Mardi, à la Maison Blanche, Trump a évoqué de manière générale l’adhésion d’autres pays aux Accords d’Abraham, accords de normalisation régionaux qu’il avait négociés à la fin de son premier mandat, en 2020, sans toutefois mentionner l’Arabie saoudite.

Ces accords ont créé un cadre régional dans lequel Israël a normalisé ses relations avec certains pays musulmans, notamment les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc. Trump et Biden avaient tous deux cherché à faire adhérer l’Arabie saoudite à ce pacte.

Les tensions qui ont secoué toute la région à la suite du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 et de la guerre de Gaza qui s’en est suivie ont toutefois rendu la normalisation des relations entre l’Arabie saoudite et Israël encore plus difficile à atteindre.

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (à droite) lors d’une rencontre avec le sénateur américain Lindsey Graham, à Jeddah, en Arabie saoudite, le 13 avril 2023. (Crédit : SPA/AFP)

Les exigences saoudiennes en matière de normalisation se sont durcies depuis le 7-Octobre et incluent désormais la création d’un État palestinien, ou, à tout le moins, des progrès vers cet objectif. Le gouvernement Netanyahu s’y oppose catégoriquement depuis le pogrom. L’opinion publique israélienne s’y oppose également de plus en plus.

Le sénateur Lindsey Graham, de Caroline du Sud, décédé la semaine dernière, était un fervent défenseur d’un accord israélo-saoudien. Il avait exhorté Trump à ne pas faire de concessions nucléaires à l’Arabie saoudite tant que le Royaume ne se rapprocherait pas d’Israël.

Graham avait continué à œuvrer en faveur de la normalisation au cours des mois précédant son décès. En juin, il avait déclaré à CBS News : « Nous allons essayer de convaincre l’Arabie saoudite de rejoindre les Accords d’Abraham afin de mettre fin au conflit israélo-arabe d’ici 2026. »

Dan Shapiro, qui a occupé le poste de conseiller principal chargé de l’intégration régionale au Moyen-Orient au sein du département d’État sous l’administration Biden, a déclaré mercredi qu’un accord nucléaire américano-saoudien rendrait cette normalisation plus difficile.

À l’origine, le projet prévoyait qu’un accord sur l’énergie nucléaire civile, assorti de garanties suffisantes contre la prolifération, fasse partie d’un ensemble de mesures incluant la normalisation des relations avec Israël, a-t-il expliqué.

« Il semble que l’administration Trump ait cédé sur ce point sans obtenir de normalisation », a déclaré Shapiro à la Jewish Telegraphic Agency.

Selon lui, l’accord de Trump « semble avoir abandonné un levier très important pour faire avancer un autre objectif régional majeur des États-Unis ».

« Cela devait constituer une incitation majeure pour l’Arabie saoudite si elle devait normaliser ses relations avec Israël, et aujourd’hui, cette incitation a été accordée sans cette condition. »

En conséquence, a-t-il déclaré : « L’ensemble du dispositif d’incitation devrait être repensé. ».

L’enrichissement pourrait ouvrir la voie à la militarisation

Les experts en non-prolifération avertissent que toute mise en service de centrifugeuses en Arabie saoudite pourrait ouvrir la voie à un éventuel programme d’armement pour le royaume, une option que son leader de facto, le prince héritier Mohammed ben Salmane, a laissé entendre qu’il pourrait envisager si Téhéran venait à se doter de la bombe atomique.

Wright s’était rendu en Arabie saoudite l’an dernier, peu avant la visite de Trump, et avait discuté avec son homologue saoudien du développement du secteur nucléaire civil du royaume. Le ministère américain de l’Énergie n’a pas répondu aux multiples demandes de commentaires.

L’Arabie saoudite et le Pakistan, puissance nucléaire, ont déjà signé un pacte de défense mutuelle, après qu’Israël a lancé une attaque contre des responsables du Hamas au Qatar. Le ministre pakistanais de la Défense avait alors déclaré que le programme nucléaire de son pays « serait mis à la disposition » de l’Arabie saoudite en cas de besoin, ce qui avait été perçu comme un avertissement à l’adresse d’Israël, qui disposerait, selon des informations étrangères, de son propre arsenal nucléaire.

Certains législateurs hésitent à accorder aux Saoudiens la capacité d’enrichissement

L’enrichissement ne mène pas automatiquement à l’arme nucléaire ; un pays doit également maîtriser d’autres étapes, comme l’utilisation d’explosifs puissants et synchronisés. Mais il ouvre la voie à la militarisation, ce qui alimente les inquiétudes de l’Occident quant au programme iranien.

En 2009, les Émirats arabes unis, voisins de l’Arabie saoudite, avaient signé la section 123 avec les États-Unis pour construire leur centrale nucléaire de Barakah avec l’aide de la Corée du Sud. Mais les Émirats arabes unis l’avaient fait sans chercher à se doter de capacités d’enrichissement, ce que les experts en non-prolifération considèrent comme la « norme d’excellence » pour les pays souhaitant se doter de l’énergie nucléaire.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio s’exprimant lors d’une conférence de presse en marge de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) à Pasay, dans la métropole de Manille, aux Philippines, le 22 juillet 2026. (Crédit: Brendan Smialowski/Pool Photo via AP)

En 2018, Marco Rubio, alors sénateur républicain de Floride, avait soutenu une proposition bipartisane visant à exiger l’approbation du Congrès pour tout accord « section 123 » conclu avec l’Arabie saoudite. Ce projet de loi a été réintroduit par un groupe de législateurs démocrates en mars, mais n’a pas été adopté.

En règle générale, les sections 123, qui autorisent les entreprises américaines à vendre de la technologie nucléaire à l’étranger, entrent en vigueur à moins que le Congrès n’adopte, à la majorité qualifiée nécessaire pour surmonter un veto, des résolutions conjointes de désapprobation.

Rosemary Kelanic, directrice pour le Moyen-Orient chez Defense Priorities, un groupe de réflexion basé à Washington, a déclaré que la capacité d’enrichissement d’uranium pourrait donner à l’Arabie saoudite « un puissant moyen de pression pour obtenir de futures concessions de la part de Washington, notamment de nouvelles garanties de sécurité, en menaçant de militariser son programme à moins que les États-Unis ne promettent une protection militaire renforcée ».

Les entreprises américaines pourraient être les grandes gagnantes de cet accord attendu

Le député démocrate de Californie, Brad Sherman, estime que cet accord profiterait au géant nucléaire américain Westinghouse, qui construit les grands réacteurs à eau légère recherchés par l’Arabie saoudite.

Le mois dernier, l’administration Trump a annoncé qu’elle accordait 17,5 milliards de dollars de prêts pour accélérer le développement de dix nouveaux grands réacteurs nucléaires conçus par Westinghouse, afin de répondre à la demande d’électricité en forte hausse générée par les immenses centres de données. Ces nouveaux réacteurs pourraient utiliser la même conception, l’AP1000 de Westinghouse, dans le cadre de l’accord prévu avec l’Arabie saoudite.

Sherman a déclaré que l’armée américaine « bombarde l’Iran parce que ce pays insiste pour enrichir et retraiter des matières nucléaires ».

Or, il semble désormais que les responsables américains « concluent un accord avec l’Arabie saoudite, leur donnant le feu vert pour le retraitement et l’enrichissement. La seule différence que je vois ici, c’est que Westinghouse est en passe de gagner énormément d’argent grâce à cet accord, alors que les Iraniens n’enrichissaient pas les entreprises américaines », a déclaré Sherman lors d’une audition de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants mercredi.

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