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Washington critique l’expulsion d’une famille palestinienne de Sheikh Jarrah

L'envoyée de Biden se joint aux autres membres du Conseil de sécurité de l'ONU pour décrire cette décision comme susceptible de saper les efforts de paix ; Erdan a défendu Israël

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Les forces israéliennes devant les ruines d'une maison palestinienne démolie dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem, le 19 janvier 2022. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)
Les forces israéliennes devant les ruines d'une maison palestinienne démolie dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem, le 19 janvier 2022. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

L’envoyée des États-Unis auprès des Nations unies a exprimé son inquiétude quant à l’expulsion d’une famille palestinienne dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est mercredi, mais l’envoyé d’Israël a défendu cette mesure comme étant une action municipale contre les contrevenants à la loi.

Les propos de l’ambassadrice américaine Linda Thomas-Greenfield lors d’une session du Conseil de sécurité ont constitué les premiers commentaires de l’administration du président américain Joe Biden sur l’expulsion de la famille Salihiya d’une maison dans le quartier sensible de Jérusalem quelques heures auparavant.

« Pour progresser [vers la paix], tant Israël que l’Autorité palestinienne (AP) doivent s’abstenir de prendre des mesures unilatérales qui exacerbent les tensions et sapent les efforts visant à faire progresser une solution négociée à deux États », a déclaré Thomas-Greenfield lors d’une réunion mensuelle du Conseil de sécurité sur le conflit israélo-palestinien. « Cela inclut les annexions de territoires, les activités de colonisation, les démolitions et les expulsions – comme ce que nous avons vu à Sheikh Jarrah -, l’incitation à la violence et l’octroi de compensations aux individus emprisonnés pour des actes de terrorisme. »

L’envoyé spécial des Nations unies pour le Moyen-Orient, Tor Wennesland, et presque tous les autres États membres présents au forum ont condamné l’expulsion de la famille, certains avec force.

Linda Thomas-Greenfield, ambassadrice américaine aux Nations unies, lors d’une prise de parole à Ankara, en Turquie, le 4 juin 2021. (Crédit : AP Photo/Burhan Ozbilici)

« J’appelle les autorités israéliennes à mettre fin au déplacement et à l’expulsion des Palestiniens, conformément à ses obligations en vertu du droit international, et à approuver des plans supplémentaires qui permettraient aux communautés palestiniennes de construire légalement et de répondre à leurs besoins de développement », a déclaré Wennesland.

Avant l’aube, mercredi, la police israélienne a expulsé la famille Salihiya et démoli sa maison et a arrêté 18 Palestiniens et militants israéliens.

La mairie de Jérusalem a déclaré qu’elle prévoyait de construire sur le terrain une école spécialisée pour les résidents palestiniens du quartier, ainsi que six jardins d’enfants et d’autres équipements publics.

Il s’agissait de la première expulsion à Sheikh Jarrah depuis 2017. Les batailles d’expulsion dans le quartier en mai ont été un facteur important dans les tensions qui ont déclenché une brève guerre entre Israël et les terroristes du Hamas, qui ont menacé de recourir à la violence si les Palestiniens étaient expulsés de leurs maisons.

Des bulldozers municipaux démolissent une structure sur un terrain anciennement occupé par la famille Salihiya à Sheikh Jarrah, Jérusalem-Est, le 19 janvier 2022. (Autorisation)

L’ambassadeur israélien à l’ONU Gilad Erdan a défendu l’expulsion, affirmant que la famille Salihiya « a volé des terres publiques pour son usage privé. »

« Il s’agit d’une question municipale qui est passée par toutes les voies respectées du système juridique israélien indépendant, et pourtant, les Palestiniens utilisent cette question – et la réaction pavlovienne anti-israélienne de l’ONU – pour leurs propres gains politiques », a déploré Erdan.

Les Salihiya contestent le fait que le terrain soit destiné à un usage public, affirmant qu’ils y vivent depuis les années 1950 sur une parcelle achetée à des propriétaires arabes privés.

De plus, les opposants à l’expulsion soulignent l’existence d’un grand terrain ouvert à 1,5 km de la maison, qui aurait pu être utilisé pour construire l’école spécialisée et les jardins d’enfants que la ville cherche à mettre en place. Au lieu de cela, la municipalité de Jérusalem a cédé le terrain à une yeshiva ultra-orthodoxe, qui prévoit de construire un campus dans le quartier à prédominance palestinienne.

Malgré les critiques, Thomas-Greenfield a également déploré que le conseil ait « pointé du doigt Israël », tout en réaffirmant le soutien de l’administration Biden à une solution à deux États.

Le ministre palestinien des Affaires étrangères Riyad al-Maliki s’exprime lors d’une conférence de presse organisée par la Geneva Association of United Nations Correspondents (ACANU) le 26 février 2020 au Bureau des Nations unies à Genève. (Crédit : Fabrice COFFRINI / AFP)

Le ministre des Affaires étrangères de l’AP, Riyad al-Maliki, a prévenu que la situation sur le terrain continuerait à se détériorer tant que la communauté internationale ne prendrait pas de mesures contre Israël, un discours qui revient souvent.

« Le déni par Israël des droits des Palestiniens et son mépris de la communauté internationale se poursuivent depuis si longtemps parce qu’il peut compter sur le fait qu’il y aura des critiques et des condamnations, mais qu’il n’y aura pas de conséquences », a-t-il déclaré.

Il a averti que l’absence d’actions concrètes pour sauver la solution à deux États laisserait la réalité d’un État unique, avec des droits égaux pour les Juifs et les Arabes entre la mer Méditerranée et le Jourdain, comme seule option viable pour les Palestiniens.

« L’heure est à l’action. C’est le temps de la paix, pas de l’apartheid », a déclaré Maliki, dans une référence apparente au titre du livre publié en 2006 par l’ancien président américain Jimmy Carter sur le conflit.

Erdan a reproché à l’AP de ne pas condamner les attaques terroristes palestiniennes contre les Israéliens, tout en critiquant les États membres de l’ONU pour leur « hypocrisie » qui consiste à critiquer Israël tout en gardant le silence sur la violence palestinienne.

L’envoyé israélien a apporté avec lui une grosse pierre, qu’il a brandie pendant son discours comme un exemple des pierres lancées sur les véhicules israéliens circulant en Cisjordanie et à Jérusalem-Est ces derniers mois.

Gilad Erdan tient une pierre pendant une session du Conseil de sécurité de l’ONU sur le conflit israélo-palestinien, le 19 janvier 2022. (Capture d’écran/ONU)

« Les attaques terroristes avec des pierres – pas des petites pierres – mais des pierres comme celle-ci qui sont lancées sur les Israéliens dans leurs voitures et dans les bus. Elles sont lancées sur des hommes et des femmes israéliens, sur des bébés et des enfants israéliens. Chaque jour », a-t-il déclaré. « Rien qu’en 2021, les Israéliens ont subi 1 775 attaques aux pierres de la part de terroristes palestiniens, mais le monde ne dit rien. »

Thomas-Greenfield a également profité de la tribune pour revenir sur la prise d’otages dans une synagogue de Colleyville, au Texas, le week-end dernier.

« Les événements déchirants de Colleyville, au Texas, le week-end dernier… nous rappellent que nous devons tous travailler ensemble pour nous opposer à l’antisémitisme et à l’extrémisme », a-t-elle déclaré. « Les États-Unis continueront à défendre la justice pour les victimes de l’antisémitisme, ainsi que pour les survivants de la Shoah et leurs descendants. »

La réunion était la première sur le Moyen-Orient depuis que le Conseil de sécurité a fait entrer cinq nouveaux pays dans l’organe pour remplacer cinq pays dont le mandat était terminé.

Israël et ses alliés ont salué la nouvelle composition du Conseil, qui ne comprend plus que des pays ayant des liens avec Jérusalem, dont les Émirats arabes unis.

« Pour la première fois depuis de nombreuses années, tous les membres de ce Conseil ont des relations diplomatiques avec l’État d’Israël », a déclaré Thomas-Greenfield. « Cela témoigne des changements importants en cours au Moyen-Orient, et indique les contributions d’Israël sur la scène mondiale. Profitons de cette occasion pour aller au-delà de nos points de discussion habituels et identifier les moyens de soutenir les parties dans leur quête d’une paix durable et viable pour tous leurs peuples. »

Aaron Boxerman a contribué à cet article.

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