Yad Vashem : 2 expositions à l’occasion de la Journée internationale de la femme
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Yad Vashem : 2 expositions à l’occasion de la Journée internationale de la femme

Le musée de l'Holocauste d'Israël a deux nouvelles collections en ligne conçues autour de l'expérience unique des femmes juives dans l'Holocauste

  • Genia Dvorkin, portant son costume de prisonnière des camps de travail en Estonie et en Allemagne. (Yad Vashem Artifacts Collection)
    Genia Dvorkin, portant son costume de prisonnière des camps de travail en Estonie et en Allemagne. (Yad Vashem Artifacts Collection)
  • Robe portée par Genia Dvorkin dans les camps de travail en Estonie et en Allemagne. (Yad Vashem Artifacts Collection)
    Robe portée par Genia Dvorkin dans les camps de travail en Estonie et en Allemagne. (Yad Vashem Artifacts Collection)
  • "Maman, on va mourir ensemble." chuchotait Michál, 7 ans, à sa mère, Genia. Les voici dans le ghetto de Sosnowiec, vers 1941. En 1944, la mère et sa fille furent déportées à Auschwitz et assassinées. (Yad Vashem)
    "Maman, on va mourir ensemble." chuchotait Michál, 7 ans, à sa mère, Genia. Les voici dans le ghetto de Sosnowiec, vers 1941. En 1944, la mère et sa fille furent déportées à Auschwitz et assassinées. (Yad Vashem)
  • Le reste d'un morceau de pâte rouge conservé dans une pellicule de celluloïd qui a permis à Rosa Sperling et sa fille Marila de passer les sélections dans les camps. (Yad Vashem Artifacts Collection)
    Le reste d'un morceau de pâte rouge conservé dans une pellicule de celluloïd qui a permis à Rosa Sperling et sa fille Marila de passer les sélections dans les camps. (Yad Vashem Artifacts Collection)
  • Prisonnière juive n° 13088, après avoir été tondue à Auschwitz. (Yad Vashem)
    Prisonnière juive n° 13088, après avoir été tondue à Auschwitz. (Yad Vashem)
  • Le soutien-gorge que la survivante Lina Beresin s'est fabriqué dans le camp de Stutthof. L'histoire de Beresin est présentée dans l'exposition "Spots of Light". (Yad Vashem)
    Le soutien-gorge que la survivante Lina Beresin s'est fabriqué dans le camp de Stutthof. L'histoire de Beresin est présentée dans l'exposition "Spots of Light". (Yad Vashem)

Dans deux nouvelles expositions en ligne de Yad Vashem (lien en français), les femmes juives de l’Holocauste sont présentées en fonction des horreurs qu’elles ont vécues et de leurs réponses courageuses.

À l’occasion de la Journée internationale de la femme du 8 mars, les expositions mettent en scène la mémoire de l’Holocauste à travers la femme.

La première exposition, « Spots of Light : Women in the Holocauste », met en lumière des histoires de femmes avant, pendant et après l’Holocauste. Une compilation d’histoires individuelles et collectives est divisée en sujets tels que la maternité, l’amour, l’amitié et la foi. Ils sont liés entre eux par des témoignages de survivants, des photos et des objets d’archives.

La deuxième exposition est une collection d’objets photographiés appartenant à des femmes juives, souvent utilisés durant l’Holocauste.

En cliquant sur chaque photo, vous découvrirez l’histoire qui se cache derrière l’objet : le rouge utilisé par les survivantes Rosa Sperling et sa fille Marila (Miriam) pour faire passer les sélections dans les camps chaque jour, ou la housse en tissu où la survivante Hilde Grünbaum gardait les partitions de l’orchestre des femmes d’Auschwitz.

Grâce à ces photos, les histoires de survie et de résilience prennent vie pour le visiteur en ligne.

Trousse en tissu dans laquelle Hilde Grünbaum a conservé les partitions de l’orchestre féminin d’Auschwitz (Yad Vashem Artifacts Department)

De l’expérience générale aux cas particuliers des femmes

En l’honneur de la Journée internationale de la femme, le musée de l’Holocauste organise un événement Facebook Live à 7 h 30 (HNE) sur le thème « Les femmes à Auschwitz ». La séance sera dirigée par la Dr Naama Shik, directrice du département d’apprentissage en ligne de l’École internationale d’études sur l’Holocauste de Yad Vashem.

La présentation de Shik sera suivie d’une série de témoignages vidéo projetés sur la page Facebook de Yad Vashem sur les femmes qui ont survécu au camp d’Auschwitz-Birkenau.

Abordant la question des femmes dans l’Holocauste avec le Times of Israel, Shik a expliqué : « Nous devons d’abord nous souvenir qu’il y a eu une expérience générale commune aux hommes et aux femmes. »

« Les réalités du camp – décès, famine, maladies, travaux forcés et terreur – furent une expérience humaine. Nous ne pouvons pas faire de distinction entre ceux qui avaient le plus faim ou qui souffraient le plus », a-t-elle dit.

Mais, a précisé Naama Shik, les hommes et les femmes ont connu certaines situations spécifiques. Un exemple, a-t-elle dit, est le processus de sélection qui se déroulait à l’arrivée au camp de concentration.

« Les femmes âgées de 20 à 45 ans étaient considérées comme les mères de la génération suivante. La pensée [des nazis] était que si les femmes survivaient, elles pourraient donner naissance la prochaine génération d’enfants juifs », a dit Shik.

Cela, a-t-elle dit, a conduit à un processus de sélection plus sévère pour les femmes – dont plus de 2 millions ont été assassinées durant l’Holocauste.

Le soutien-gorge que la survivante Lina Beresin s’est fabriqué dans le camp de Stutthof. L’histoire de Beresin est présentée dans l’exposition « Spots of Light ». (Yad Vashem)

En outre, a-t-elle précisé, la physiologie féminine – cycles menstruels mensuels, grossesses et la menace ou la peur de l’abus sexuel – rendaient les femmes plus vulnérables.

Une différence particulière entre les hommes et les femmes réside dans la façon dont chaque sexe vit et se souvient de leur rasage de la tête.

« Les hommes et les femmes ont tous les deux subi le processus de déshumanisation qui a consisté à se faire raser les cheveux et à se faire tatouer un numéro sur le corps », a dit Shik au sujet de la première expérience vécue par les victimes de l’Holocauste dans les camps de concentration après avoir franchi le processus de sélection.

Prisonnière juive n° 13088, après que ses cheveux ont été rasés à Auschwitz. (Yad Vashem)

Après avoir suivi ce processus, les hommes ont dit avoir eu l’impression de ne plus être des êtres humains. Certes, c’était une expérience traumatisante pour eux, mais ils ont cessé de faire référence à cette expérience particulière pendant qu’ils étaient dans les camps et d’y penser par la suite. »

En revanche, »Les femmes vous diront : « Nous avons eu le sentiment de ne plus être des femmes », et continuent [dans des témoignages ultérieurs] à parler du fait qu’elles pensaient avoir perdu leur féminité à cause de la perte de leurs cheveux ».

Le capitaine Fanny Solomian était une résistante et le médecin-chef d’une brigade de la résistance. (Yad Vashem)

L’exposition « Spots of Light » présente ce genre de témoignages de survivantes.

Au-delà des histoires sur les victimes et les traumatismes, l’un des sujets les plus singuliers abordés dans « Spots of Light » est la section qui met en lumière les femmes résistantes et leurs efforts de résistance tant à l’intérieur des camps que dans les groupes de combat clandestins.

Mme Shik a expliqué que les récits des traumatismes subis par les femmes et la manière avec laquelle elles ont réagi – en protégeant leurs enfants et ceux qui les entourent – revêtent une importance nouvelle dans la mémoire de l’Holocauste, car ils rejoignent les études sur la différence entre les sexes.

Comme l’a expliqué Emanuel Ringelblum, l’historien qui a documenté le ghetto de Varsovie, « … L’historien du futur devra consacrer un chapitre spécifique à la femme juive dans la guerre. Elle occupera une page importante de l’histoire juive pour son courage et sa persévérance. Par son mérite, des milliers de familles ont réussi à surmonter les horreurs de cette époque. »

Pour Yad Vashem, cet avenir, c’est maintenant.

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