Yad Vashem honore des Justes polonais en pleine querelle autour de la Shoah
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Yad Vashem honore des Justes polonais en pleine querelle autour de la Shoah

Dans une déclaration samedi, Netanyahu a qualifié le projet de loi polonais de « sans fondement » et a déclaré que « l’histoire ne peut pas être réécrite »

Alicja Mularska (C), la fille du défunt couple polonais Jan Dziadosz et Sabina Perzyna ranime la flamme éternelle après avoir reçu la citation de Juste parmi les Nations au nom de ses parents lors d'une cérémonie posthume les honorant ainsi que leur fils Aleksandr Dziadosz au mémorial de Yad Vashem, le Centre Mondial de la Mémoire de l'Holocauste, à Jérusalem, le 30 janvier 2018. (Crédit : AFP / THOMAS COEX)
Alicja Mularska (C), la fille du défunt couple polonais Jan Dziadosz et Sabina Perzyna ranime la flamme éternelle après avoir reçu la citation de Juste parmi les Nations au nom de ses parents lors d'une cérémonie posthume les honorant ainsi que leur fils Aleksandr Dziadosz au mémorial de Yad Vashem, le Centre Mondial de la Mémoire de l'Holocauste, à Jérusalem, le 30 janvier 2018. (Crédit : AFP / THOMAS COEX)

Le mémorial de la Shoah à Jérusalem a décerné mardi une médaille à titre posthume à trois Polonais reconnus « Justes parmi les Nations » pour avoir sauvé des juifs, en pleine querelle diplomatique sur les responsabilités polonaises dans le génocide.

Sabina Perzyna, son mari pendant la Seconde Guerre mondiale Jan Dziadosz et leur fils Aleksandr Dziadosz, ont été reconnus « Justes parmi les Nations » en juin 2017 pour avoir caché deux juifs dans leur ferme près de Modliborzyce, un village du sud-est de la Pologne.

Le mémorial de la Shoah, Yad Vashem, a remis mardi la médaille honorifique à la fille du couple, Alicja Mularska, en présence du chargé d’affaires de l’ambassade de Pologne en Israël, Piotr Kozlowski, selon des journalistes de l’AFP.

Piotr Kozlowski avait été convoqué dimanche au ministère israélien des Affaires étrangères qui lui a demandé une « clarification » sur l’adoption, vendredi par la chambre basse du Parlement polonais, d’une loi concernant l’extermination industrielle des juifs par les Allemands, conduite pour une grande part en Pologne alors sous occupation nazie.

L’adoption de cette loi a provoqué de vives protestations de la part du gouvernement et de la classe politique israélienne, et un rare accès de tension avec Varsovie.

La loi prévoit jusqu’à trois ans de prison ou une amende contre quiconque, citoyen polonais ou étranger, parlerait de « camps de la mort polonais ».

Aux yeux des conservateurs au pouvoir en Pologne, l’objectif premier de ce texte est d’éviter qu’on n’attribue « à la nation ou à l’Etat polonais » des crimes commis par les nazis allemands en Pologne occupée.

Le projet de loi, adopté par la chambre basse du Parlement polonais vendredi, doit encore être approuvé par le Sénat et le président de la Pologne.

La législation a suscité l’indignation en Israël, certains députés accusant le gouvernement polonais de nier catégoriquement l’Holocauste, alors que le monde a marqué samedi la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dirige une réunion du cabinet du Premier ministre à Jérusalem le 21 janvier 2018. (Alex Kolomoisky / POOL)

Dans une déclaration samedi, Netanyahu a qualifié le projet de loi polonais de « sans fondement » et a déclaré que « l’histoire ne peut pas être réécrite ».

« L’Holocauste ne peut être nié », a-t-il écrit, ajoutant qu’il avait donné instruction à l’ambassade d’Israël en Pologne de « rencontrer ce soir le Premier ministre polonais pour lui faire part de ma ferme position contre ce projet de loi ».

Sa déclaration a été faite dans la foulée d’un échange animé sur Twitter au sujet du projet de loi entre Yair Lapid, le président du parti d’opposition Yesh Atid, et l’ambassade de Pologne en Israël.

Lapid, fils de survivant de l’Holocauste, s’est rendu sur Twitter pour dénoncer le projet de loi, le qualifiant d’effort pour réécrire l’histoire.

« Je condamne fermement la nouvelle loi adoptée en Pologne, qui tente de nier l’implication de nombreux citoyens polonais dans l’Holocauste », a écrit Lapid samedi. « Aucune loi polonaise ne changera l’histoire, la Pologne a été complice de l’Holocauste. Des centaines de milliers de Juifs ont été assassinés sur son sol sans qu’ils aient rencontré un officier allemand. »

Un porte-parole de Yad Vashem a assuré à l’AFP que la cérémonie de mardi était prévue de longue date et que la coïncidence avec la controverse était fortuite.

Un petit-fils de Sabina Perzyna et Jan Dziadosz, Zbigniew Mularski, venu de Pologne pour la cérémonie, a déclaré à l’AFP qu’à l’époque « la majorité des Polonais pensaient d’abord à leur propre survie ».

« Certains, comme mes grands parents, ont sauvé des vies, d’autres se sont mal conduits, mais tout le monde n’était pas mauvais », ajoute ce grand-père qui est à l’origine de l’ouverture du dossier pour la reconnaissance du titre de Justes à ses ancêtres.

Ce titre est décerné depuis 1963 aux personnes ayant aidé des juifs au péril de leur vie durant la Shoah.

A ce jour, plus de 26 500 personnes ont reçu ce titre honorifique, dont plus de 6 700 Polonais.

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