Malgré la nouvelle arrestation d’un citoyen israélien qui s’est rendu en Syrie, supposément pour combattre aux côtés des djihadistes le mois dernier, le nombre d’Arabes israéliens qui ont quitté le pays pour rejoindre l’opposition syrienne reste minime comparé au nombre de musulmans d’Europe occidentale qui quittent leur pays dans le but de combattre le régime d’Assad.

Le Shin Bet a annoncé dimanche qu’il avait arrêté Hamza Magazmeh, 22 ans, résident de la ville de Yafia en Galilée à son retour de la Syrie fin octobre. Il était accompagné de deux de ses amis.

L’agence de sécurité intérieure estime que près de 30 Israéliens ont rejoint la Syrie depuis le début de la guerre civile en mars 2011. La grande majorité de ces « voyageurs » viennent de milieux salafistes fondamentalistes et s’affilient à des organisations djihadistes combattant le régime d’Assad en Syrie comme l’Etat islamique et le Front al-Nosra. Ces deux organisations sont reconnues comme des groupes terroristes au niveau international.

L’une des plus grandes inquiétudes du Shin Bet est la possibilité que les citoyens arabes qui ont quitté le pays illégalement pour rejoindre des groupes djihadistes en Syrie puissent, à leur retour, mener des attaques terroristes sur le sol israélien.

Des combattants rebelles - le 25 janvier 2014 à Ezzor en Syrie (Crédit : AFP/Archives Ahmad Aboud)

Des combattants rebelles – le 25 janvier 2014 à Ezzor en Syrie (Crédit : AFP/Archives Ahmad Aboud)

L’annonce de l’arrestation de Magazmeh coïncide avec la révélation du chef du Service des renseignements interne allemand, Hans-George Maasen, qui a révélé que 550 nationaux allemands avaient quitté l’Allemagne pour aller combattre le régime d’Assad sous la bannière de l’Etat islamique (aussi connu sous l’acronyme de EIIL : Etat islamique de l’Irak et du levant ou celui de EIIS : Etat islamique en Irak et en Syrie) depuis le début des combats. Depuis, 180 sont rentrés en Allemagne et 60 sont morts au combat.

L’Allemagne n’est pas le seul pays à connaître ces chiffres mirobolants. Selon les données recueillies en décembre 2013 par le Centre international pour l’étude de la radicalisation et la violence politique, basé à Londres, les combattants d’Europe occidentale représentent environ 18 % du nombre total des combattants étrangers présents en Syrie. Sur un total de 1 900 combattants djihadistes venus de l’Europe occidentale, la France est en tête dans la liste des pays d’origine, suivi par la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Belgique puis les Pays-Bas.

Sur les 30 Israéliens qui ont quitté le pays pour combattre en Syrie, quelques-uns ont rejoint l’Armée syrienne libre, qui est plus modéré, et au moins deux personnes ont rejoint les forces du régime d’Assad. Au total, quatre Israéliens ont été tués au combat en Syrie, annonce le Shin Bet.

« Le départ des Arabes israéliens pour le champ de bataille syrien et leur retour en tant que combattants expérimentés ayant des liens avec des militants du Djihad mondial est considéré comme une menace extrême pour la sécurité de l’État et peut potentiellement faire avancer le terrorisme », a déclaré le bureau du Premier ministre dans un communiqué envoyé au Times of Israel cette semaine.

Othman Abed Elkian, un interne du centre médical Barzilai, qui aurait été tué aux combats (Crédit : Centre médical Barzilai)

Othman Abed Elkian, un interne du centre médical Barzilai, qui aurait été tué aux combats (Crédit : Centre médical Barzilai)

Un rapport récemment publié par le Shin Bet révèle qu’un certain nombre de jeunes Arabes israéliens, qui ont quitté la Syrie, ont été interrogés, et dans certains cas inculpés, à leur retour en Israël.

Alors que de nombreux autres pays ont des programmes visant à empêcher que leurs citoyens ne se radicalisent et ne partent en Syrie, un tel programme israélien n’est pas détaillé dans le rapport du Shin Bet.

Hikmat Masarweh de Taybeh, 30 ans, est parti en Syrie. Il a suivi les traces de son frère qui a été tué en combattant le régime d’Assad. Dans un camp d’entraînement en Syrie, on lui a enseigné à manipuler des armes légères. On lui a proposé de mener un attentat-suicide contre les forces du régime.

À son retour, il a admis avoir été soigneusement interrogé au sujet d’Israël. On lui a posé des questions à propos de l’armée israélienne et sur les installations sensibles, y compris le réacteur nucléaire de Dimona. On lui a même demandé de mener une attaque terroriste en Israël. En juillet 2013, un tribunal israélien a condamné Masarweh à deux ans et demi de prison avec un an de sursis.

Muayyed Aghbariyeh, 30 ans, de la ville de Mushayrifa près d’Umm al-Fahm, a quitté la Syrie en août 2013 avec deux autres résidents d’Umm al-Fahm, Saleh Al-Sayyed et Muhammad Mahamid. Des rumeurs s’étaient propagées le mois suivant selon lesquelles Aghbariyeh aurait été tué pendant les combats, mais une vidéo djihadiste mise en ligne en février le montre en train de combattre pour l’Etat islamique près d’Alep.

Israël utilise le Règlement de défense, la loi d’urgence mise en place en 1945 par le mandat britannique et incorporée dans le code juridique israélien, pour poursuivre les Arabes israéliens revenant du champ de bataille syrien.

Les articles 114 et 143 du code pénal d’Israël interdit aux citoyens de suivre une formation militaire à l’étranger. Le contact avec des agents étrangers est également utilisé pour poursuivre les citoyens, grâce à la classification de l’EI et d’autres groupes djihadistes en Syrie en « associations illégales » par le ministre de la Défense Moshe Yaalon en septembre.

Ces lois ont été utilisées contre Hussam Hajleh, un homme de 26 ans originaire de Jaljuliya. Il a été condamné à 19 mois de prison le 26 juin pour avoir quitté illégalement le pays et pour avoir suivi une formation militaire en Syrie.

Lorsque Hajleh a terminé son séjour en Syrie et s’apprêtait à rentrer chez lui l’année dernière, son commandant lui a ordonné de se procurer une arme et de se joindre à la « résistance » contre Israël. S’il ne trouvait pas d’arme, il avait reçu l’ordre de mettre le feu à des propriétés israéliennes ou d’empoisonner des sources d’eau, indique le Shin Bet.