Une importante universitaire britannique a prévenu que l’antisémitisme de certaines universités du Royaume-Uni était si fréquent que les étudiants juifs ne pouvaient plus y étudier.

Selon un article du Telegraph, la baronne Ruth Deech, pair indépendante qui a été responsable des plaintes des étudiants et est à présent la première adjudicatrice de l’enseignement supérieur, a déclaré que certaines institutions pouvaient être laxistes dans la lutte contre l’antisémitisme, parce qu’elles ont « peur d’offenser » des donateurs potentiels des états du Golfe.

Les remarques de Deech, qui est juive, interviennent après plusieurs incidents dans lesquels des étudiants juifs ont affirmé avoir été agressés verbalement ou physiquement sur des campus. L’avant-garde des appels au boycott d’Israël au Royaume-Uni se trouve dans les universités britanniques, a annoncé le Telegraph.

Selon Deech, « beaucoup d’universités reçoivent ou cherchent des donations très importantes de l’Arabie saoudite et des états du Golfe, et sont peut-être effrayées de les offenser. Je ne sais pas pourquoi elles ne font rien à ce sujet, c’est vraiment une mauvaise situation. »

Ancienne responsable de l’université d’Oxford et principale du collège Sainte Anne, Deech a déclaré au Telegraph qu’une poignée d’universités avait maintenant une réputation d’établissements où les juifs ne sont pas les bienvenus.

« Parmi les étudiants juifs, il existe un sentiment de plus en plus fort de devoir éviter certaines universités, a-t-elle déclaré au quotidien. Notamment SOAS [université publique de Londres], Manchester, je pense qu’elles ne sont pas très populaires en ce moment en raison de ce qu’il s’est est passé, à Southampton, Exeter, etc. »

L’année dernière, l’université de Southampton a dû annuler une conférence sur le droit d’Israël à exister quand des opposants ont affirmé que la conférence donnait « une légitimité à l’antisémitisme ».

La baronne Ruth Deech. (Crédit : John Cairns)

La baronne Ruth Deech. (Crédit : John Cairns)

Un important donateur de l’université aurait envisagé de retirer son financement après cette affaire, a annoncé le journal britannique.

D’autre part, la Charities Commission [qui supervise les œuvres caritatives] enquête sur un discours présumé antisémite à SOAS, où une organisation, la Société palestinienne, a accueilli en novembre un orateur qui a décrit la création d’Israël comme une entreprise « raciste » et « fasciste », et a lié le « culte » du sionisme au nazisme.

A l’université de Manchester, des motions étudiantes ont adopté des positions considérées comme hostiles envers les juifs, comme le soutien au mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre Israël, ce qui a fait perdre à l’université les faveurs des étudiants juifs.

Un incident survenu cette année à l’université d’Exeter se trouve parmi les cas les plus sévères cités dans l’article du Telegraph. Des étudiants avaient été photographiés avec des T-shirts affichant des slogans racistes et antisémites pendant un évènement sportif.

Les phrases photographiées étaient entre autres « ne me parle pas si tu n’es pas blanc » et « l’Holocauste était une bonne époque ». A l’époque, un porte-parole de l’université avait déclaré qu’il y aurait une enquête complète sur l’incident.

Selon le Telegraph, l’Arabie saoudite est l’un des donateurs les plus importants des universités britanniques, et la plupart des financements sont liés aux études de l’islam, du Moyen Orient et à la littérature arabe.

En 2005, Sultan ben Abdelaziz Al Saoud, prince héritier décédé, avait donné deux millions de livres sterling au musée Ashmolean de l’université d’Oxford.

Le Cheick Sultan bin Mohammed al-Qasimi, qui dirige Charjah, l’un des émirats les plus conservateurs des Emirats arabes unies, a donné plus de huit millions de livres sterling à l’université d’Exeter en deux décennies. Dans un rapport de 2007, l’université a décrit Sultan comme « le plus important soutien individuel de l’université. »

Deech, qui a été la première adjudicatrice de l’enseignement supérieur de l’histoire avant de prendre sa retraite en 2008, a déclaré être consternée par l’inaction de l’université d’Oxford après des plaintes pour antisémitisme, même quand les responsables de l’université ont reçu un dossier détaillant une série d’incidents de harcèlement d’étudiants juifs.

L'université d'Oxford. Illustration. (Crédit : Shutterstock)

L’université d’Oxford. Illustration. (Crédit : Shutterstock)

Cette année, le coprésident du Club travailliste d’Oxford a démissionné pour protester contre le « problème avec les juifs » de ses membres, et leur sympathie avec des groupes terroristes comme le Hamas.

Le dossier, auquel a également eu accès la baronne Deech, comprenait des accusations selon lesquels certains étudiants juifs de l’université étaient appelés « Zios » [diminutif péjoratif de sioniste], alors qu’il était demandé à d’autres s’ils étaient d’accord pour dire qu’Auschwitz était « une vache à lait ».

« Ces étudiants n’ont jamais reçu de réponse appropriée. C’est très décevant, a-t-elle déclaré. L’université a déclaré qu’elle avait noté le rapport [sur l’antisémitisme] de la baronne royale. Mais elle n’a en fait rien fait. Elle n’a pas ouvert d’enquête sur chaque individu. En d’autres termes, elle met simplement ce problème aux oubliettes. »

« Je trouve cela personnellement difficile », a déclaré Deech, après avoir été « à Oxford pendant 45 ans et des poussières, et je dois ma carrière à Oxford. Mais je ne peux pas croire que ma propre université n’ouvre pas d’enquête et soit proactive à ce sujet. »