Un tribunal militaire de Tel Aviv a jugé mercredi coupable un soldat israélien de 19 ans accusé d’homicide, après avoir tiré sur un terroriste palestinien neutralisé. Et ce, après un procès très médiatisé qui a profondément divisé le pays. Les avocats d’Azaria ont accusé la Cour d’être de parti-pris et ont juré de faire appel.

Le verdict concernant le sergent Elor Azaria a été donné par un jury militaire composé de trois juges, depuis un bâtiment de l’armée israélienne, la Kirya, les affaires militaires étant d’habitude jugées par la Cour militaire de Jaffa, dans le sud de la ville. Devant les lieux, beaucoup de militants ont exprimé leur soutien à Azaria. Certains avec violence: des partisans d’extrême-droite du club de football du Beitar de Jérusalem ont affronté policiers et garde-frontières déployés pour maintenir l’ordre. Deux personnes ont été arrêtées après que des manifestants ont tenté de bloquer la rue Kaplan, une grande avenue qui passe près du complexe militaire.

Le procès d’Azaria a vu hommes politiques, ex-généraux, militaires en fonction prendre par au débat public, soutenant ou condamnant le meurtre commis par le soldat. Une grande partie de l’état-major de Tsahal, ainsi que l’ancien ministre de la Défense Moshe Yaalon, ont critiqué la décision « non éthique » d’Azaria de tirer sur l’attaquant, Abdel Fattah al-Sharif, près de 15 minutes après qu’il a été blessé par balles suite à sa tentative de poignarder un soldat israélien à Hébron.

Dans sa longue décision, lue pendant près de trois heures, la juge Maya Heller a décrit les circonstances du tir et résumé les chefs d’inculpation et la défense du soldat, avant de rejeter plusieurs des affirmations d’Azaria.

Des militants manifestent devant la Kirya en soutien à Elor Azaria pendant la lecture de son verdict, à Tel Aviv, le 4 janvier 2017. (Crédit : capture d'écran Deuxième chaîne)

Des militants manifestent devant la Kirya en soutien à Elor Azaria pendant la lecture de son verdict, à Tel Aviv, le 4 janvier 2017. (Crédit : capture d’écran Deuxième chaîne)

La juge a déclaré avoir « adopté la conclusion que la mort du terroriste a été causé par le tir d’Azaria ». Elle a rejeté l’une des affirmations majeures de la défense qui affirmait qu’Azaria avait agi de peur que Sharif ne soit un danger pour ses camarades; tout en déclarant, de manière contradictoire, qu’il était déjà mort quand Azaria lui avait tiré dessus.

Heller a déclaré qu’il n’y avait aucune preuve qu’Azaria se soit senti menacé par l’attaquant déjà mortellement blessé, d’autant qu’un membre des forces de sécurité avait éloigné le couteau de l’attaquant quelques minutes avant son tir mortel. Pour étayer cette conclusion, la juge a cité les témoignages du commandant d’Azaria et d’un secouriste présent sur les lieux. Ils ont raconté qu’en arrivant sur la scène quelques minutes après l’attaque, Azari avait dit que Sharif « mérite de mourir » prouvant ses réelles intentions.

Selon elle, l’affirmation d’Azaria disant avoir agi parce que Sharif cherchait son couteau était irrecevable, la vidéo de la scène montrant que le couteau était bel et bien hors d’atteinte, rejetant les insinuations de la défense sur l’éventuelle manipulation de cette vidéo.

« Elor n’a pas donné comme explication à son tir qu’il était préoccupé par un couteau ou par une bombe, a-t-elle continué, mais que les terroristes méritent de mourir », déclarant que la version d’Azaria, qui a changé plusieurs fois pendant le procès, n’était « pas fiable  » et  » problématique ».

« Il n’y a aucune base à l’affirmation d’auto-défense, a-t-elle déclaré. Le tir d’Azaria était injustifié. »

« Le fait que l’homme qui gisait au sol était un terroriste, qui venait de chercher à prendre les vies de soldats israéliens sur place, ne justifie pas en soi une action disproportionnée », a ajouté Heller.

Les avocats d’Azaria ont annoncé qu’ils feraient appel, pendant que les membres de sa famille critiquaient les juges, affirmant que la décision était une « honte ».

« Nous disons depuis le début que la Cour était avec l’accusation », a déclaré l’avocat Ilan Katz, déplorant un verdict « sévère ». Son collège Eyal Besserglick a accusé les juges d’ « hostilité » envers la défense pendant le procès, et a affirmé que Heller avait « ricané » en lisant la décision.

Plus tôt Azaria était arrivé au tribunal avec sa famille en souriant aux partisans qui l’entouraient.

Le dernier jour des procédures s’est déroulé en huis-clos à l’exception de la famille Azaria, ainsi aucun enregistrement sonore ou vidéo de la salle d’audience n’a été réalisé. Des dizaines de manifestants, dont le député du Likud Oren Hazan, ont bravé la pluie matinale pour se rassembler devant le complexe pour montrer leur soutien au soldat.

Certains portaient des banderoles où il était inscrit que « le peuple d’Israël n’abandonne pas le soldat sur le champ de bataille », d’autres des signes de soutien au président américain élu Donald Trump. La sécurité avait été renforcée autour de la Kirya dans la crainte d’une émeute en cas de jugement de culpabilité. Quelques 350 policiers ont été déployés à cette occasion.

Dans un message publié sur Twitter avant la décision du tribunal, le président de la Knesset Yuli Edelstein a appelé à l’unité nationale quel que soit le verdict.

« Ce sont des juges qui siègent à la Kirya, a-t-il écrit. Quelle que soit la décision, nous devons tous la respecter et agir immédiatement pour combler le fossé profond qui s’est ouvert entre nous ».

Tzipi Livni, députée de l’Union sioniste, a fait écho à ce sentiment sur Twitter, où elle a appelé à laisser la politique en-dehors de cela.

« Dans les instants précédents la décision, nous devons montrer une responsabilité nationale et nous accorder sur une chose : respecter la décision de la Cour, quelle qu’elle soit, renforcer les valeurs de Tsahal, et la laisser en-dehors de la sphère politique ».

Des politiciens de droite et des centaines de partisans d’Azaria ont souligné qu’il avait été injustement traité par les élites de gauche de l’armée et des médias.

Des milliers de personnes s’étaient rassemblées pour soutenir Azaria suite à son inculpation en avril, et sa famille avait mené une campagne féroce contre le procès. Elle avait aussi récolté des centaines de milliers de shekels pour couvrir les frais juridiques.

Azaria a été filmé en train de tirer sur Sharif le 24 mars 2016. La vidéo, qui a été diffusée sur internet peu après l’incident par l’ONG de gauche B’Tselem, avait déclenché un débat intense en Israël sur la discipline et l’éthique militaire, dans un contexte d’attaques terroristes palestiniennes quasi quotidiennes.

Un soldat israélien chargeant son arme avant de sembler tirer à la tête sur un assaillant palestinien au sol, apparemment désarmé, à la suite d'une attaque au couteau à Hébron, le 24 mars 2016. (Crédit : capture d'écran B'TSelem)

Un soldat israélien chargeant son arme avant de sembler tirer à la tête sur un assaillant palestinien au sol, apparemment désarmé, à la suite d’une attaque au couteau à Hébron, le 24 mars 2016. (Crédit : capture d’écran B’TSelem)

Les procureurs militaires avaient d’abord cherché à accuser Azaria de meurtre, mais la difficulté à prouver l’intention du soldat avait entraîné une inculpation moins lourde pour homicide. Selon les procureurs, les actes d’Azaria contreviennent explicitement aux règles d’engagement de l’armée israélienne, qui stipulent, en accord avec la loi israélienne, que la force létale ne peut pas être utilisée une fois que l’attaquant ne pose plus de menace immédiate.

Les avocats d’Azaria ont affirmé que leur client pensait que Sharif présentait une menace à sa vie et à celle de ses camarades, et qu’il suspectait qu’il puisse porter des explosifs.

Depuis son inculpation du 18 avril, l’attention des médias a été intense, se concentrant sur les témoignages fournis par d’autres soldats ou par des officiers tout au long du procès.

Mardi, Gadi Eizenkot, le chef d’Etat-major, a fait allusion à l’affaire, rejetant le slogan des partisans d’Azaria, qui le décrive comme « notre enfant à tous ».

« Il n’est pas notre enfant […]. Il est un combattant, un soldat, qui doit dédier sa vie à mener les tâches que nous lui donnons. Nous ne pouvons pas être confus à ce propos. »

Eizenkot a ajouté que « cette confusion dans le discours israélien est un discours qui compromet les valeurs les plus fondamentales que nous cherchons chez nos soldats. »

Les règles de tirs de l’armée israélienne en Cisjordanie, a-t-il déclaré, « n’ont pas changé en dix ans. »

Le dernier soldat israélien à être condamné pour homicide, en 2005, était le Sergent T., jugé coupable du meurtre du civil britannique Tom Hurndall deux ans auparavant. Le soldat avait été condamné à huit ans de prison. L’homicide peut être puni de jusqu’à 20 ans de prison, mais il n’existe pas de peine minimale.

L’équipe du Times of Israël et des agences ont contribué à cet article.