Ce jeudi matin, les journaux israéliens ont fait la fête à Netanyahu et Trump, après que le Premier ministre et le président américain se sont rencontrés pour la première fois depuis que Trump a pris le pouvoir la semaine dernière. D’Israel Hayom, à droite, à Haaretz, à gauche, les propos du commandant-en-chef sur la solution à 2 États sont sur toutes les lèvres.

Les gros titres d’Haaretz annoncent « Trump a évité d’appeler à une solution à 2 États ; Netanyahu s’est montré disposé à freiner les constructions en Cisjordanie ». Les tabloïds du centre, Yedioth Aharonoth et Maariv, ont quasiment la même couverture, avec la même photo des chefs d’États et de leurs femmes, et la même citation de l’apparent renoncement à la solution à 2 États.

Maariv a relayé avec plus de précision la réponse vague de Trump aux journalistes, qui lui ont demandé s’il était engagé envers la politique précédente en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien. On peut lire en gros titres « Un État ou deux – ce que les parties décideront ».

Pour leur part, Yedioth Aharonoth et Israel Hayom sont légèrement plus ambigus et interprètent les propos du président dans leurs gros titres « Un État ou deux – c’est comme vous voudrez ». Qui est le vous ici ? les Israéliens ? Les Israéliens et les Palestiniens ? C’est au mieux paresseux, au pire délibérément trompeur, ou peut-être que les journaux savent quelque chose qui n’a pas été dit.

Il fait peut-être glacial à Jérusalem et à Washington à cette époque de l’année, mais les analystes israéliens sont en ébullition, assez pour faire en sorte que DC ressemble à la Floride.

Haaretz et Yedioth Aharonoth rivalisent pour obtenir leur plus d’articles d’opinions qui tentent de disséquer les maigres informations qui ont été transmises durant cette conférence de presse.

Les deux journaux proposent chacun six articles d’analyse ou d’opinion, ce qui humilie les trois pauvres articles d’Israel Hayom, et la pathétique paire d’article parue dans Maariv. Ces médias ne savent-ils pas que les lecteurs ne se soucient que de l’interprétation des faits au détriment des faits eux-mêmes ? C’est triste ! Yediot Aharonoth a même été jusqu’à ouvrir avec les trois chroniques de Nahum Barnea, Shlomo Pyoterkovsky et Sima Kadmon avant de parler de la conférence de presse.

Deux sujets centraux préoccupent les grands esprits du journalisme israélien : les propos de Trump sur la paix israélo-palestinienne et les propos de Netanyahu sur l’antisémitisme ambiant dans l’Amérique de Trump.

« Celui qui s’attendait à comprendre exactement comme le président des États-Unis pensait résoudre le conflit israélo-palestinien a été déçu », a écrit un journaliste de Maariv à Washington, dans un article qui ressemble davantage à un blog.

« Il pourrait y avoir deux États pour deux peuples, ou un État, ce qui compte, c’est que les deux parties parviennent à un accord et soient contentes ». Le conseiller principal du journal, Ben Caspit, a écrit que Trump « ne sait pas lui-même ce qu’il veut pour le Moyen-Orient ». Caspit dit, en somme que « ce que nous avons vu hier, c’est principalement une cérémonie chorégraphiée, un spectacle orchestré sur l’amitié, et de vagues déclarations qui ne peuvent rien prouver sur ce qui va se passer sur la route entre Washington et Jérusalem et Ramallah dans les années à venir. Point. »

Les devins d’Haaretz lisent dans les entrailles des moutons qu’étaient les propos de Trump et de Netanyahu, et présagent des jours sombres pour la solution à 2 États et l’idée d’une paix avec les Palestiniens. Chemi Shalev écrit que la solution à 2 États a pris un coup, mais souligne que « Netanyahu a souri quand il a entendu les propos étranges de Trump, mais c’est un signal d’alarme : il va peut-être regretter cette euphorie ». Yossi Verter a affirmé que Trump « avait l’air de quelqu’un qui n’avait pas la moindre idée de ce qui se passait » quand il parlait d’un État ou de 2 États.

« L’approche régionale dont il parlait semblait vide de sens dans sa bouche, comme si quelqu’un lui avait mis une feuille sous le nez avec ce gros titre et il l’a lu ».

Boaz Bismuth, d’Israel Hayom se prélasse dans ce qu’il perçoit comme une affirmation de la Maison Blanche que « l’idée de deux États comme unique option pour la paix, la feuille de route, les négociations multilatérales, les initiatives internationales, les menaces de sanctions contre Israël, le doigt accusateur pointé sur les implantations, tout cela est devenu non-pertinent, ou tout du moins, secondaire ».

Alors que Verter juge les propos de Trump vides de sens, et que Caspit les trouve superficiels, Bismuth y voit du génie. « Donald Trump est bien plus attentif à la sécurité d’Israël. Pour lui, l’Iran et le terrorisme djihadiste sont des ennemis qui doivent être vaincus. »

Mais, dans un instant de lucidité, perdu dans 500 mots de radotage, Bismuth admet que Trump n’a aucune idée de quoi que ce soit. « Certains ont quitté la conférence de presse hier et ont dit que Donald Trump ne comprend pas et n’a pas de politique en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien. Mais Donald Trump veut parvenir à un accord. Comment y parviendra-t-il ? Il ne le sait pas encore. Et c’est peut-être une bonne chose : nous avons vu ce vers quoi tous les experts de la paix nous ont amenés ».

En ce qui concerne la façon dont Trump a défendu Netanyahu lors de la question sur la recrudescence de l’antisémitisme en Amérique et son administration qui « joue avec la xénophobie et peut-être des tons racistes », la plupart des analyste israéliens sont scandalisés. Dans Yedioth Aharonoth, Barnea écrit que la seule chose impardonnable qu’a dit Trump, c’était sa déclaration finale : « Il n’y a pas plus grand soutien pour le peuple juif et l’État juif que le président Trump ».

« Trump a ouvert la voie à ce phénomène, avec ses propos racistes, ses appels à la limite du politiquement correct, la façon dont il a encouragé les mouvements de la droite radicale, et son refus de condamner les publications antisémites de ces groupes », fulmine Barnea. « Ce n’est pas comme ça que se conduit le plus grand soutien d’Israël. Ce n’est pas comme ça qu’un petit sympathisant du peuple juif se comporte. »

Bien que certains juifs américains soutiennent Trump et admirent son gendre juif et sa fille convertie, Barnet rappelle à ses lecteurs que la majorité d’entre eux « voit à leur côtés Stephen Bannon, le gourou de l’antisémitisme américain et le décideur à la Maison Blanche. Ils entendent la flatterie sortir de la bouche du chef d’État israélien, et ils suffoquent. »

Dans Haaretz, Shalev a déclaré que Netanyahu a berné les juifs américains et qu’il « leur a planté un couteau dans le dos tout en les jetant sous un bus », en défendant Trump sur la question de la recrudescence de l’antisémitisme et ses associés suprématistes blancs. Et, de façon bien trop prévisible, Israel Hayom répète bêtement les propos du Premier ministre.

« Trump est bon pour les juifs », proclame Bismuth, flagorneur-en-chef du président, à Israel Hayom .

« Malgré les sirènes de l’antisémitisme en Amérique’ que l’on entend depuis qu’il a remporté l’élection ». Il n’explique pas en quoi Trump est bon pour les juifs, juste parce que le Premier ministre l’a dit.