WASHINGTON — En mars 2013, le président Barack Obama s’est adressé au peuple israélien à Jérusalem, les réassurant que la seule superpuissance mondiale les soutiendrait devant les menaces de l’Iran et d’autres États au Moyen-Orient qui veulent sa destruction.

« Ceux qui adhèrent à l’idéologie niant à Israël le droit d’exister, ils pourraient tout aussi bien rejeter la terre au dessus ou le ciel en dessous d’eux, parce qu’Israël ne compte aller nulle part », avait-il déclaré sous un tonnerre d’applaudissements.

« Et aujourd’hui je dis, particulièrement aux jeunes, pour qu’il n’y ait pas d’erreur, tant qu’il y aura des Etats-Unis d’Amérique, Atem lo levad. You are not alone [vous n’êtes pas seuls] ».

Mercredi, lors d’un discours à l’Université Américain de Washington, Obama a envoyé le message inverse à Jérusalem : vous êtes vraiment seuls.

Tandis qu’il a déclaré « partager profondément l’affinité sincère » du peuple américain pour Israël et reste engagé à maintenir « sa supériorité militaire qualitative », lorsqu’il s’agit de l’opposition féroce et « erronée » de votre gouvernement sur l’accord du nucléaire avec l’Iran, il a clairement dit : vous êtes seuls.

« Puisque c’est un accord si fort, chaque nation dans le monde qui a commenté publiquement, à l’exception du gouvernement israélien, a exprimé son soutien », a déclaré Obama.

Le Conseil de Sécurité des Nations Unies le soutien à l’unanimité. La majorité des experts en contrôle des armes et en non-prolifération a exprimé son soutien. Plus de 100 ambassadeurs qui ont servi sous des présidents républicains et démocrates le soutiennent ».

C’était une pique mordante pour souligner l’isolement d’Israël. Même si elle est formulée à travers des cannaux diplomatiques discrets, l’appréhension des Etats arabes du Golfe sur l’accord du nucléaire est le secret le moins bien gardé du Moyen-Orient.

Obama est inquiet que les attaques incessantes du Premier ministre Benjamin Netanyahu sur l’accord n’aient commencé à faire changer d’avis le public américain et, de manière plus importante, certains législateurs américains qui peuvent encore rejeter l’accord. Il affirme donc directement qu’avec son opposition verbale, Israël se dresse contre le reste du monde.

Ce n’était pas la seule pique d’Obama contre Israël et son dirigeant. Il s’est moqué sans merci des opposants à l’accord et ce qu’il a caractérisé de slogans simplistes mais fallacieux.

« Maintenant, la critique finale, une sorte de passe-partout que l’on peut entendre, est qu’il y avait un meilleur accord à obtenir. On le répète encore et encore », a-t-il déclaré. Il a ensuite légèrement modifié sa voix, imitant presque Netanyahu et a formulé la devise du dirigeant israélien : « C’est un mauvais accord, nous avons besoin d’un meilleur accord ».

Le public de l’Université Américaine s’est mit à rire.

Obama a expliqué en détails pourquoi il croyait que l’accord était le meilleur, et bien sûr la seule option pour empêcher soit une guerre soit un Iran avec une arme nucléaire. Il a déclaré que l’opposition d’Israël était « compréhensible », reconnaissant que les Américains devraient tenir compte d’Israël lorsqu’il est inquiet de quelque chose.

« Personne ne peut pas critiquer Israël d’être très sceptique sur n’importe quel accord avec un gouvernement comme celui d’Iran, qui comprend des dirigeants niant l’Holocauste, soutient une idéologie antisémite et facilite l’afflux de roquettes qui sont stockées aux frontières d’Israël », a-t-il souligné.

Les Américains « doivent prendre au sérieux les préoccupations en Israël », a-t-il noté en mentionnant la volonté de l’administration d’augmenter l’aide militaire et la coopération en matière de renseignement « pour aider à répondre aux besoins sécuritaires urgent d’Israël ».

Obama a pourtant ensuite attaqué le point sensible avançant un argument difficile à contrer pour les Juifs américains, les soutiens d’Israël et d’autres opposants à l’accord.

« Je crois que les faits soutiennent cet accord, a-t-il déclaré. Je crois qu’ils sont dans les intérêts de l’Amérique et dans les intérêts d’Israël, et en tant que président des Etats-Unis, cela serait un non respect de mon devoir constitutionnel d’agir contre le jugement que je considère le meilleur simplement parce qu’il entraîne une tension temporaire avec un ami et allié cher ».

En d’autres termes, Obama laisse entendre que si le chef de l’armée choisit de poursuivre une certaine stratégie et ensuite s’y oppose sur la base du désaccord d’un autre pays, même un pays allié, il dépasse les limites.

Voilà pourquoi, un jour après que Netanyahu ait fait une visioconférence avec des Juifs américains soulignant ses objections à l’accord, Obama a insisté qu’Israël le rejette seul.

Il voulait signaler aux soutiens américains d’Israël et à d’autres opposants de l’accord qu’il n’y a pas de raison rationnelle de le combattre, si ce n’est une allégeance exagérée, et peut-être même problématique, à Israël.