Un petit pas pour les Israéliens peut devenir un pas de géant pour l’Etat d’Israël.

Au laboratoire de l’université de Tel Aviv, une équipe de 20 Israéliens construisent un engin qui pourrait faire d’Israël, l’espèrent-ils, le quatrième pays  – après les Etats Unis, la Russie et la Chine – à atteindre la Lune.

Le projet, connu sous le nom de SpaceIL, semble être un peu incertain. L’embarcation à 3 pieds semble trop délicate et petite pour un voyage dans l’espace, mesurant moins d’1 mètre d’hauteur et d’une largeur d’environ 60 cm.

Des trois fondateurs de cette initiative, seul un est titulaire d’un diplôme qui va au-delà de la licence. Et SpaceIL  est en compétition contre 17 autres équipes pour gagner 20 millions de dollars de Google Lunar XPrize en faisant atterrir le premier un vaisseau privé sur la Lune. L’équipe espère faire atterrir la sienne à la fin de l’année prochaine.

En dépit des difficultés, se dégage cependant des fondateurs une confiance digne des scientifiques ayant obtenu le prix Nobel – mais cela n’est pas le seul atout qui définit le projet israélien.

De son origine à sa fin, SpaceIL est la quintessence de l’essor du secteur de la haute technologie de l’histoire d’Israël.

Les fondateurs se sont rassemblés avec peu de préparations et d’argent. Ils ont surmonté le dédale de la bureaucratie israélienne pour se qualifier au concours, obtenant les fonds grâce à des liens personnels avec des scientifiques éminents.

Et ils affirment qu’ils vont gagner la compétition, non pas en étant la plus grosse équipe ou la plus riche, mais en redéfinissant la manière d’envoyer un vaisseau sur la Lune.

« Seules les superpuissances ont réussi à atterrir sur la Lune », explique le cofondateur Yariv Bash. « Ce que la Chine a fait en tant que nation d’une population d’1 milliard 3, SpaceIL le fera dans un but non lucratif. Cela met les choses en perspective. »

Lancé en 2007 par Google, le Lunar XPrize n’a pas de règles strictes : la première équipe qui fait atterrir un vaisseau anonyme sur la Lune, qui arrive à le faire avancer de 500 mètres et à transmettre des photos et des vidéos en haute définition à la Terre remportera les 20 millions de dollars. La mission doit être complétée avant la fin 2015.

Trente-trois équipes se sont inscrites à la compétition et presque toutes les 18 candidates encore en lice comptent envoyer des tanks qui rouleraient sur la surface de la Lune, ce qui selon Bash coûte plus cher et consomme plus de carburant que le vaisseau de SpaceIL.

SpaceIL compte dépenser environ 36 millions pour cette mission.

L’embarcation de SpaceIL  est de la taille d’un lave-vaisselle et pèse 136 kg et des poussières, dont les deux-tiers sont dus au carburant.

« On a créé un nouveau modèle qui rend l’exploration spatiale possible grâce à la philanthropie »

Michael Paul

Plutôt que de se déplacer sur la Lune, elle va plutôt redécoller après son atterrissage et faire un bond de 500 mètres. Son système de navigation aura aussi une fonction caméra et les propulseurs de direction guideront l’atterrissage.

« Au lieu d’avoir un système de radar encombrant, on prend les caméras avec nous, donc le mieux est réutiliser ces caméras », affirme Bash. « Si je parviens à écrire un code en plus pour ma caméra, les code ne pèse rien. »

Bash n’a pas songé à entrer dans la compétition avant 2010. Il a inscrit SpaceIL comme une organisation à but non lucratif auprès du gouvernement et est entré dans la course le 31 décembre 2010 – le dernier jour des inscriptions.

Yonatan Winetraub, un autre cofondateur du projet, a pris contact avec le directeur de l’Agence spatiale israélienne Ben Yisrael, qui lui a accordé trois minutes sur scène pendant la convention de la technologie de l’espace à Tel Aviv.

Cela a été suffisant pour convaincre les philanthropes à la convention de donner à SpaceIL les capitaux nécessaires et d’attirer Ben Yisrael au conseil de leur groupe.

SpaceIL a reçu depuis le soutien de Rona Ramon, la veuve de l’astronaute Ilan Ramon, et du magnat des casinos Sheldon Adelson, qui leur a donné 16,4 millions de dollars.

« Ce sont de jeunes gens avec une grande vision et le sens de l’initiative à l’israélienne, » décrit Ben Yisrael. « Si le gouvernement envoie un vaisseau dans l’espace, c’est bien. Mais quand c’est un groupe de jeunes gens qui se lancent dans un projet qui ressemble à de la science-fiction, faire atterrir quelque chose sur la Lune, c’est différent. C’est fort. »

SpaceIL a evité l’approche dépensière et laborieuse des autres équipes, mais elle n’est pas la seule. Le Penn State Lunar Lion Team, une équipe du Xprize de l’université de l’Etat de Pennsylvanie, construit aussi un petit engin qui fera également un bond de 500 mètres.

Le directeur de l’équipe Michael Paul explique que les petits projets comme les leurs peuvent mener à bien des initiatives gouvernementales plus grandes et élargir le champ de l’exploration spatiale.

« On a créé un nouveau modèle qui rend l’exploration spatiale possible grâce à la philanthropie », raconte Paul. « Je ne sais pas si cela sera une pièce maîtresse [de l’exploration spatiale], mais cela sera un élément important dans la décennie qui suivra. La NASA ne s’en ira pas. »

SpaceIL espère accroître l’intérêt de l’exploration spatiale en transmettant le message dans les classes israéliennes. L’équipe s’est investie dans un large programme éducatif, donnant des cours sur leur projet dans les classes israéliennes et travaillant avec le minisère de l’Education pour mettre en place un programme de science basé sur le voyage spatial.

Tout en visant la Lune, les fondateurs espèrent insuffler à la génération suivante leur enthousiasme pour la science et la technologie.

« On leur fait savoir qu’ils sont capables de construire leur propre vaisseau », explique le troisième cofondateur, Kfir Damari. « On veut utiliser notre histoire pour prouver que la science et la technologie peuvent être excitantes, que l’on peut avoir un impact énorme sur le monde si l’on est scientifique ou ingénieur ».

L’équipe de SpaceIL croit qu’elle a une grande chance de gagner. Même si ce n’est pas le cas, Damari affirme que le fait de faire atterrir leur engin sur la Lune sera une récompense en soi.

« C’est l’histoire de trois personnes qui ont décidé un jour qu’ielles atterriraient sur la Lune », raconte-t-il. « Aujourd’hui c’est un projet israélien, mais c’est [aussi] trois ingénieurs qui voulaient faire atterrir leur engin là-bas et c’est ce qui est en train d’arriver ».