Au constat de ce dernier triple kidnapping, les Israéliens ne peuvent qu’éprouver frustration et désespoir, teintés d’un effroyable sentiment de déjà-vu.

Israël estime que les trois adolescents – Eyal Yifrach, 16 ans ; Gil-ad Shaar, 19 ans ; et Naftali Frankel, 16 ans – ont été enlevés par le Hamas jeudi soir dernier, en faisant de l’auto-stop de leurs écoles religieuses du Gush Etzion vers leurs foyers. La motivation de l’enlèvement : une combinaison toxique de terrorisme et d’effet de levier dans la politique d’échanges de prisonniers de plus en plus déséquilibrée pratiquée par la nation.

Depuis que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a donné son aval pour la libération de 1 027 prisonniers sécuritaires palestiniens en échange d’un simple sergent, Gilad Shalit, en 2011, ses adversaires l’ont averti : de futurs enlèvements seraient tout simplement une question de temps.

La libération de 78 détenus de terroristes palestiniens, pour nombre d’entre eux des meurtriers et des architectes d’attaques terroristes notoires, dans le cadre des récents pourparlers de paix de neuf mois, n’ont fait qu’exacerber la critique. Vendredi dernier, tandis que les médias israéliens confirmaient la réalité qui circulait déjà sur les médias sociaux depuis des heures, il semblait que cette obscure prophétie se réalisait.

Mais l’échange Shalit a-t-il vraiment marqué un tournant dans les accords d’échange ? Cet échange était-il réellement si disproportionné qu’il devait augurer une nouvelle ère d’horreur et de pain béni pour le Hamas et ses acolytes ?

Pour y répondre, jetons un œil sur les accords qui ont jalonné l’histoire d’Israël, avant l’affaire Shalit :

1) Retour en 1955. L’Etat d’Israël naissant a accepté de libérer 40 soldats syriens détenus en Israël, accusés de crimes variés, en échange de quatre soldats israéliens qui avaient été capturés lors de leur patrouille sur les hauteurs du Golan. Ces soldats ont été restitués en vie, avec le corps de leur camarade, Uri Ilan, qui s’était pendu en captivité après avoir enduré des tortures. Cachée dans la doublure des vêtements d’Ilan, une note disait : « Je n’ai pas trahi mon pays. Je me suis suicidé ».

2) En 1983, six prisonniers israéliens détenus par l’OLP furent libérés en échange de pas moins de 4 700 Arabes. Parmi les libérés figuraient des prisonniers palestiniens et libanais. Seuls environ 100 d’entre eux étaient considérés comme des « prisonniers sécuritaires », ou ayant des convictions terroristes importantes à leur actif. Les six Israéliens – Eliyahu Abutbul, Dani Gilboa, Rafi Hazan, Reuven Cohen, Avraham Motevaliski et Avraham Kornfeld – avaient été capturés dans une position de Tsahal au Sud-Liban. Deux autres soldats ont été capturés avec eux – Yossef Grof et Nissim Salem – et détenus séparément. Ils ont été libérés dans un autre échange.

3) L’échange Jibril en 1985 : Dans ce premier véritable échange de prisonniers dans lequel Israël acceptait de libérer certains des assassins les plus notoires de ses prisons, Grof et Salem ont été rendus à leurs familles, aux côtés d’un troisième soldat, Hezi Shai, en échange de 1 150 prisonniers palestiniens. L’échange, qui a eu lieu le 21 mai 1985, comprenait la libération du Japonais converti à l’islam Kozo Okamoto, l’un des hommes armés qui ont tué 26 personnes dans le massacre de l’aéroport de Lod en 1972.

4) En 2004, Israël a relaxé plus de 400 prisonniers palestiniens et quelque 30 prisonniers libanais, y compris des dirigeants du Hezbollah, en échange d’un prisonnier civil, Elhanan Tannenbaum, et des corps de trois soldats israéliens : Adi Avitan, Benny Avraham et Omar Souad.

5) Peut-être le plus déchirant de tous les échanges de prisonniers israéliens, en 2008, Israël a libéré Samir al-Quntar, un terroriste libanais qui en 1979 avait brutalement assassiné toute une famille israélienne, en échange des dépouilles d’Ehud Goldwasser et d’Eldad Regev. Goldwasser et Regev ont été capturés dans 12 juillet 2006, dans le raid transfrontalier qui a déclenché la deuxième guerre du Liban. Avant l’échange, Israël ne détenait pas d’informations concrètes sur l’état des soldats et entretenait toujours l’espoir que les deux hommes seraient rendus en vie. En plus de Quntar, qui lors de son attaque terroriste a été vu frapper la tête de la petite Einat Haran de 4 ans à coups de pierres, Israël a également libéré quatre combattants du Hezbollah et restitué les corps de quelque 200 autres.