WASHINGTON (JTA) – Le même Mahmoud Abbas accusé par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu d’incitation à la haine a affirmé que l’Etat juif commettait un génocide et a qualifié la fermeture temporaire du mont du Temple, suite à un attentat, de « déclaration de guerre ». Pourtant presque personne à Washington ne souhaite qu’Abbas fasse autre chose que ce qu’il fait depuis neuf ans : être le président de l’Autorité palestinienne.

D’ailleurs, Netanyahu non plus.

Cela signifie qu’il est peu probable que l’allocation annuelle de 500 millions de dollars que l’Autorité palestinienne reçoit des États-Unis soit interrompue. Les avertissements des politiciens américains à Abbas, s’il en existe, sont relativement doux.

Maintenir Abbas et l’Autorité palestinienne (AP) au pouvoir reflète la politique israélienne, déclare Dan Arbell, un ancien chef-adjoint de mission à l’ambassade d’Israël.

« Le gouvernement israélien n’est nullement intéressé par un effondrement de l’AP », souligne Arbell. « Certes, les actions d’Abbas et de son leadership ont sûrement des défauts, mais Abbas reste le pari le plus sûr. »

La raison : Abbas préside la Cisjordanie, où la violence qui a ravagé Gaza pendant l’été et qui a touché Jérusalem au cours des dernières semaines se ressent à peine. Si Abbas et l’AP étaient évincés, le Hamas les remplacerait.

« S’il existe un consensus bipartite sur l’importance de l’OLP et de l’Autorité palestinienne, le désaccord règne au Capitole sur tout le reste », observe Husam Zomlot, conseiller en politique étrangère d’Abbas, qui le mois dernier a rencontré des responsables gouvernementaux à Washington, selon le JTA.

« Ils savent que la situation en Cisjordanie est relativement calme grâce à l’OLP », précise Zomlot.

L’administration Obama ne rencontre pas de résistance du Congrès concernant la poursuite de l’aide à l’Autorité palestinienne, en raison d’une surveillance stricte, qui veille à ce que les fonds atteignent leurs cibles désignées. Et également parce que la coopération entre les services de sécurité israélien et palestinien est considérée comme le facteur clé pour éviter l’ébullition en Cisjordanie.

Natan Sachs, chargé de cours au Brookings Institute pour la paix au Moyen-Orient, pointe que le chef du Shin Bet israélien, Yoram Cohen, a démenti la semaine dernière les allégations de Netanyahu selon lesquelles Abbas est un instigateur.

Selon Sachs, la crise récente à Jérusalem a mis en lumière l’utilité de la coopération israélo-palestinienne. « Ce n’est pas une coïncidence si cette vague de violences atteint Jérusalem, où les forces de l’AP ne peuvent opérer », dit-il.

Dans le même temps, des membres du Congrès ont écrit à Abbas la semaine dernière, l’exhortant à mettre fin à toute incitation à la haine.

La loi américaine « stipule clairement que l’Autorité palestinienne doit agir pour contrer l’incitation à la violence contre les Israéliens afin de continuer à recevoir de l’aide des États-Unis », peut-on lire dans la lettre.

Mais la missive ne menace pas directement de couper les fonds. Elle appelle plutôt Abbas à « revenir à des négociations directes avec Israël ».

En avril dernier, après l’échec des pourparlers de paix, l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), reflétant les politiques de Netanyahu, a demandé aux législateurs de revoir l’aide aux Palestiniens.

Les ouvertures d’Abbas envers les dirigeants du Hamas, son parti, le Fatah, ayant créé un gouvernement d’union de technocrates avec le mouvement terroriste, seraient susceptibles de suffire pour ne plus autoriser l’AP à recevoir des fonds, a fait valoir l’AIPAC.

Aujourd’hui, dans le sillage de la guerre de Gaza et de la violence à Jérusalem, l’AIPAC maintient le financement de l’AP comme un moyen de garantie pour qu’Abbas continue de coopérer avec Israël en matière de sécurité.

Dans un mémo la semaine dernière, suite à l’attentat de terroristes palestiniens, qui ont assassiné quatre fidèles et un policier dans une synagogue de Jérusalem, l’AIPAC a cité les incitations d’Abbas, y compris son appel aux Palestiniens à empêcher les habitants des implantations d’entrer sur le mont du Temple par « tous les moyens » et éviter qu’il soit « contaminé » par des extrémistes. (Abbas a condamné les meurtres de la synagogue.)

Mais le mémo de l’AIPAC, tout en notant qu’arrêter l’incitation à la haine était une condition à la poursuite de l’aide, reflète également le fait qu’Israël perçoit Abbas comme un rempart contre de nouvelles violences et contre le Hamas.

« L’Autorité palestinienne doit poursuivre la coopération sécuritaire avec Israël et endosser la responsabilité du contrôle les points de passage vers Gaza », dit le mémo.

Pour Jonathan Schanzer, vice-président de la Fondation pour la défense des démocraties, Abbas marche sur des œufs, nourrissant un sentiment anti-israélien tout en contribuant à freiner la violence. Le danger, dit Schanzer, est que la violence n’est pas facile à contrôler, ce que le prédécesseur d’Abbas, Yasser Arafat, a découvert lors de la seconde Intifada au début des années 2000.

« Il tente maintenant de surfer sur cette vague, » observe-t-il. « Il flirte avec un soulèvement populaire. On a l’impression qu’il marche sur les traces d’Arafat. »

Pour Zomlot, les forces de sécurité palestiniennes ne font pas que se plier aux intérêts israéliens, elles sont un moyen d’améliorer la qualité de vie des Palestiniens. Zomlot accuse Israël de couper l’herbe sous le pied de l’autorité de l’AP avec des raids dans des parties de la Cisjordanie, par exemple lors des perquisitions pour trouver les terroristes qui ont enlevé et assassiné les trois étudiants juifs pendant l’été.

« Le principe de la coopération sécuritaire est que l’autre ne vient pas sur mon territoire, à moins de travailler ensemble », dit-il. « Israël a bafoué ce principe de plein fouet, en envahissant quotidiennement la zone A. Vous rompez le contrat et vous vous demandez combien de temps encore cet engagement sera unilatéral ».

La zone A palestinienne se réfère aux zones de Cisjordanie que l’Autorité palestinienne est censée régir, depuis les accords d’Oslo des années 1990.

Zomlot déclare que les Palestiniens voulaient examiner d’autres aspects des accords, un certain nombre de principes des accords d’Oslo n’ayant plus lieu d’être, notamment puisqu’une partie importante de la coalition au pouvoir de Netanyahu est opposée à la solution à deux Etats.

Ce mois-ci, l’Autorité palestinienne a signé un contrat 660 000 dollars par an avec le lobbyiste de Washington Squire Patton Boggs pour « gérer les relations diplomatiques entre l’AP et les Etats-Unis » et revoir le Protocole de Paris de 1994 sur les relations économiques.

« Le Protocole de Paris préconisait la création d’un Etat dans les cinq ans », confie Zomlot au JTA, notant qu’il maintient les économies israélienne et palestinienne étroitement imbriquées. « [Ce protocole] n’est plus à même de servir les besoins de l’économie palestinienne. »