Le Premier ministre Benjamin Netanyahu ne laissera pas la coalition s’effondrer à cause du projet de loi controversé visant à légiférer le caractère juif d’Israël, a rapporté la Deuxième chaîne samedi soir.

Dans cet esprit, le Premier ministre ne soumettra pas la version corsée du projet de loi « Etat juif » à une première lecture à la Knesset ce mercredi, comme prévu, mais proposera dimanche sa propre version adoucie au cabinet, et à la Knesset dans la semaine du 7 décembre.

Une manifestation s’est tenue devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem samedi soir pour s’opposer au projet de loi. L’événement, qui a réuni des partisans du parti travailliste, de Meretz et de l’ONG La paix maintenant, a attiré quelque 2 000 personnes, selon la Dixième chaîne.

L’ancien chef du Shin Bet Carmi Gillon, qui était parmi les orateurs, aurait fustigé les dirigeants « pyromanes » d’Israël, et traité Netanyahu « d’égocentrique ».

Selon le reportage télévisé, la nouvelle position de Netanyahu concernant le projet de loi indique que la spéculation fiévreuse sur des élections générales imminentes pourrait s’apaiser pendant quelques jours.

Cependant, le chef du parti Shas Aryeh Deri a confié à la Deuxième chaîne qu’au cours des dernières semaines, certains partenaires de la coalition de Netanyahu prenaient des mesures pour le renverser, et lui auraient demandé de les aider à former un gouvernement alternatif. Refusant de les nommer, Deri a affirmé avoir rejeté leurs demandes.

Selon Deri, Netanyahu lui aurait parlé de ces tentatives d’éviction, et aurait demandé à Shas et à l’autre parti ultra-orthodoxe, le Judaïsme unifié de la Torah, une promesse de devenir ses partenaires dans une nouvelle coalition.

Deri aurait promis à Netanyahu qu’il ne rejoindrait pas un nouveau gouvernement sans Netanyahu, mais a refusé d’annoncer les partenaires de Shas après les élections.

Le chef de l’opposition travailliste Isaac Herzog a déclaré samedi qu’il était convaincu qu’il sera le prochain Premier ministre d’Israël.

Selon la Deuxième chaîne, Netanyahu a déclaré dans une récente réunion à huis clos qu’il ne compromettrait pas le gouvernement actuel en raison du projet de loi « Etat juif », qui a provoqué une rupture entre lui et deux de ses partenaires-clés de la coalition, le ministre des Finances Yair Lapid et la ministre de la Justice Tzipi Livni.

Dans le même temps, cependant, Netanyahu aurait confié en privé qu’il devient impossible de gouverner avec la coalition actuelle.

Le projet de loi controversé, qui veut consacrer le caractère d’Israël comme Etat juif dans les Lois fondamentales du pays, fait l’objet de sévères critiques de Lapid, Livni, de députés de l’opposition, du président Reuven Rivlin et de son prédécesseur Shimon Peres.

Netanyahu tentera d’apaiser les tensions en présentant sa propre version adoucie, à laquelle Livni et Lapid ne sont pas opposés, devant les ministres dimanche.

La version du député Likud Zeev Elkin, approuvée en principe par les ministres lors d’une réunion tapageuse dimanche dernier, et qui a été accueillie par de véhémentes critiques de tout le spectre politique, ne sera pas votée ce mercredi et sera probablement remplacée par la version atténuée de « 14 principes » de Netanyahu.

Pourtant, Elkin a déclaré samedi soir qu’on ne lui a pas encore demandé de retirer sa version.

Amit Segal, de la Deuxième chaîne, a affirmé samedi soir que Netanyahu doit gérer la coalition et trouver un terrain d’entente avec Lapid. Les deux hommes sont dans une impasse. Lapid a pointé plus tôt samedi qu’ils n’ont pas eu de discussions de fond depuis un certain temps.

Lapid a accusé Israël d’être « au point mort » sur les plans diplomatique et économique, avec ses relations internationales ayant touché un « fond sans précédent » – et Netanyahu reste les bras croisés et se soucie d’intérêts politiques étroits.

Des sources du Likud ont répondu samedi que Lapid était « hypocrite » – il prétend défendre une politique lisse, alors qu’en réalité, il pratique une politique étroite lui-même, comme son projet de loi pour réduire la TVA sur les logements des primo=accèdants « destiné à aider les entrepreneurs en construction, qui sont des proches des conseillers de son propre parti ».

Le parti Yesh Atid de Lapid, qui détient 19 sièges à la Knesset, est une composante clé du gouvernement de Netanyahu.

Les critiques avancent que le projet de loi « Etat juif » est antidémocratique envers les populations de la minorité arabe et autres.