Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a décollé mardi matin pour une visite historique en Azerbaïdjan et au Kazakhstan. Il a indiqué que ce voyage montrait que, loin d’être isolé politiquement, Israël était courtisé par les pays du monde entier.

Pendant sa visite de deux jours, visant à renforcer les relations sécuritaires, économiques et diplomatiques, Netanyahu deviendra le premier Premier ministre israélien en exercice à visiter la région en presque 25 ans de relations diplomatiques entre Jérusalem et les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale. Les visites de dirigeants israéliens dans des pays à majorité musulmane non arabe sont rares.

S’adressant aux journalistes à l’aéroport, le Premier ministre a déclaré que le voyage était un signe supplémentaire du succès israéliens dans le développement des relations avec les pays musulmans.

« Ce sont deux grands et importants pays du monde musulman, et notre objectif est de renforcer nos relations diplomatiques, sécuritaires et économiques avec eux, a déclaré Netanyahu. Contrairement à ce que vous pouvez entendre ici et là, non seulement Israël ne souffre pas d’isolement politique, mais Israël est un pays courtisé. »

Les deux pays sont d’importants alliés. L’Azerbaïdjan, qui a une longue frontière avec l’Iran, est un pays laïc qui a depuis longtemps des relations chaleureuses avec Israël. Presque 98 % de ses 10 millions d’habitants sont musulmans, dont la vaste majorité sont chiites. Baku est l’un des premiers partenaires commerciaux d’Israël, en achetant des armes et en fournissant à l’Etat juif la part du lion de son pétrole. Le commerce israélien avec l’Azerbaïdjan serait par exemple bien plus important que celui développé avec la France.

« Ces pays veulent vraiment renforcer leurs relations avec Israël, et suite au renforcement de nos liens avec les puissances asiatiques, les pays africains, et ceux d’Amérique latine, le temps est à présent venu des relations avec des pays importants du monde musulman. Ceci s’inscrit dans une politique claire de main tendue. Les relations d’Israël s’épanouissent d’une manière sans précédent », a déclaré le Premier ministre.

Netanyahu, qui est accompagné de son épouse Sara, a déclaré que sa visite au Kazakhstan, la première d’un Premier ministre israélien en exercice, avait des « dimensions historiques ». Il s’était brièvement rendu en Azerbaïdjan en 1997, pendant son premier mandat de Premier ministre, devenant ainsi le premier dirigeant israélien à venir dans le pays.

Le Dôme de fer en action, à Ashdod, pendant l'opération Bordure protectrice de l'été 2014. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le Dôme de fer en action, à Ashdod, pendant l’opération Bordure protectrice de l’été 2014. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Baku serait intéressé par l’achat du système de défense anti-missile israélien Dôme de Fer, un accord qui sera probablement discuté pendant la visite de Netanyahu.

Le Kazakhstan, où Netanyahu et sa délégation passeront deux nuits, est intéressé par le savoir-faire israélien en matière de contreterrorisme, et par le secteur high-tech d’Israël pour diversifier son économie, actuellement dominée par l’export d’hydrocarbures.

Environ 70 % des 18 millions d’habitants du pays sont musulmans. A partir du 1er janvier, le Kazakhstan, neuvième pays du monde par sa superficie, deviendra pendant deux ans membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Il emboîte traditionnellement le pas de son premier allié, la Russie, dans le soutien aux résolutions pro-palestiniennes, ce que Netanyahu espère changer.

En 2009, Shimon Peres, alors président d’Israël, s’était rendu au Kazakhstan et en Azerbaïdjan, devenant le premier chef d’Etat israélien à visiter ces pays depuis la mise en place de relations diplomatiques. En 1993, Yitzhak Rabin, alors Premier ministre, s’était rendu en Indonésie, le pays qui compte la plus grande population musulmane au monde.

Mardi, Netanyahu rencontrera le président azéri Ilham Aliyev au Palais Zagulba de Baku, où des officiels des deux pays signeront des accords bilatéraux et s’adresseront à la presse. Après un déjeuner avec Aliyev, Netanyahu déposera une gerbe de fleurs à Şəhidlər Xiyabanı, l’allée des martyrs, un mémorial dédié aux Azéris tués par les Soviétiques pendant le massacre de janvier 1990 et la guerre de Nagorno-Karabakh, qui a duré de 1988 à 1994.

L’Azerbaïdjan et l’Arménie voisine ont combattu pendant des années pour le territoire disputé de Nagorno-Karabakh, internationalement reconnu comme appartenant à l’Azerbaïdjan, mais dirigé par des séparatistes arméniens. Le combat entre les deux parties s’est à nouveau enflammé cette année. Les forces arméniennes ont affirmé que Baku avait déployé des drones kamikazes de fabrication israélienne dans une bataille contre des « volontaires » arméniens.

« Nous soutenons bien sûr le peuple d’Azerbaïdjan, aurait à l’époque déclaré le ministre de la Défense Avigdor Liberman. Les dirigeants azéris se comportent de manière équilibrée. »

Après sa visite de l’allée des martyrs, le Premier ministre se rendra au complexe éducatif juif Ohr Avner, géré par le Habad, où il devrait rencontrer des représentants de la communauté juive d’Azerbaïdjan.

On estime que plus de 20 000 juifs vivent en Azerbaïdjan. La plupart d’entre eux habitent dans la capitale, et de plus petites communautés sont présentes dans la région de Guba et ailleurs dans le pays. La communauté la plus célèbre est celle de Krasnaya Sloboda (ville rouge), qui était estimée être autrefois la plus grande commune juive en-dehors d’Israël, avec 18 000 habitants. Aujourd’hui, environ un millier de juifs y vit.

Le rabbin Yona Yaakobi devant la plus grande synagogue en activité de Krasnaya Sloboda, ville juive d’Azerbaïdjan. (Crédit : autorisation)

Le rabbin Yona Yaakobi devant la plus grande synagogue en activité de Krasnaya Sloboda, ville juive d’Azerbaïdjan. (Crédit : autorisation)

Mardi soir, Netanyahu quittera l’Azerbaïdjan et se dirigera vers Astana, où il doit rencontrer mercredi matin le dirigeant depuis longtemps du Kazakhstan, Nursultan Nazarbayev, à l’emblématique palais présidentiel Akorda. Les deux dirigeants auront une réunion de travail puis assisteront à un forum économique bilatéral.

Netanyahu rencontrera ensuite le président du Sénat du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokayev, avant d’aller à la nouvelle Grande synagogue d’Astana, pour rencontrer la communauté juive locale.

Entre 12 000 et 13 000 juifs vivent au Kazakhstan. La plupart d’entre eux habitent dans l’ancienne capitale du pays, Almaty.

Netanyahu, qui est accompagné du ministre des Affaires de Jérusalem Zeev Elkin, conclura sa visite mercredi par un forum économique à Astana avant de rentrer jeudi matin en Israël.

« En plus d’étendre les relations avec la partie modérée du monde musulman, la visite fournira une opportunité unique d’améliorer le spectre entier des relations bilatérales avec le Kazakhstan et de faire évoluer les intérêts communs et la coopération ad hoc vers un partenariat stratégique dans les sphères économiques et politiques », a écrit la semaine dernière dans Astana Times Michael Brodsky, l’ambassadeur d’Israël au Kazakhstan.

Au début des années 1990, Israël a très rapidement reconnu les nouveaux états indépendants d’Asie centrale, pour tenter d’en faire des amis dans le monde musulman, se reconnecter aux communautés juives de la région et « créer des alternatives à notre marché énergétique », a écrit Brodsky. « Cependant, la plupart du potentiel, notamment dans le domaine économique, est resté très limité. »

Le bas prix du pétrole et la demande déclinante pour les hydrocarbures inquiètent Astana, qui pourrait faire usage de « l’expertise et les technologies israéliennes » pour renforcer la croissance économique du pays et les efforts de Nazarbayev de diversification de l’économie, a noté le diplomate israélien.

De plus, le Kazakhstan a récemment été la cible d’attaques terroristes, qui ont accru l’intérêt du gouvernement pour l’expertise contreterroriste israélienne.

« Israël peut potentiellement devenir un centre de formation pour les unités de sécurité et du contreterrorisme du Kazakhstan et d’autres pays d’Asie centrale, qui font face aux activités croissantes de l’Etat islamique et d’autres groupes terroristes sur le territoire, et luttent pour empêcher l’infiltration des extrémistes de l’Afghanistan voisin », a écrit Brodsky.