Alors que des associations juives et progressistes américaines appellent le président américain élu Donald Trump à ne pas nommer Stephen Bannon stratège en chef de la Maison Blanche en raison de ses relations avec le mouvement dit de la droite alternative, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré lundi qu’il ne connaissait pas personnellement l’ancien rédacteur en chef de Breitbart News, et qu’il n’était pas inquiet des accusations de racisme ou d’antisémitisme portées contre Trump et ses proches.

« Le chef a le dernier mot sur la politique », a déclaré Netanyahu pendant un entretien accordé à l’émission « 60 Minutes » de CBS, qui a été diffusée dimanche.

Il a ajouté que « M. Trump et ses proches vont être très forts, pas simplement dans le soutien à Israël, l’Etat juif, mais aussi dans le soutien au peuple juif. »

Les associations juives américaines ont dénoncé la nomination de Bannon en raison de ses liens avec la droite alternative, un mouvement d’extrême-droite dans les partisans expriment un nationalisme blanc, un sentiment anti-immigration, de l’antisémitisme et un mépris pour le « politiquement correct ».

Bannon a déclaré que Breitbart News, un site d’informations conservateur qu’il a dirigé, était la « plate-forme de la droite alternative », mais a démenti être lui-même antisémite ou suprématiste blanc.

Stephen Bannon pendant le discours de Donald Trump, alors candidat républicain à l'élection présidentielle américaine, pendant le dernier meeting de la campagne, à Grand Rapids, Michigan, le 7 novembre 2016. (Crédit : AFP/Mandel Ngan)

Stephen Bannon pendant le discours de Donald Trump, alors candidat républicain à l’élection présidentielle américaine, pendant le dernier meeting de la campagne, à Grand Rapids, Michigan, le 7 novembre 2016. (Crédit : AFP/Mandel Ngan)

Trump a subi des pressions pour renvoyer Bannon et dénoncer ses partisans plus extrémistes, notamment venus de la droite alternative, dont le dirigeant proclamé a organisé le mois dernier à Washington D.C. une conférence où des saluts nazis ont été filmés et où des cris de « Heil Trump, Heil à la victoire » ont été entendus.

Suite à cette conférence, Trump avait déclaré au New York Times que la droite alternative n’était pas un groupe qu’il souhaitait « dynamiser ».

Lundi, quand il lui a été demandé s’il était satisfait de la dénonciation de Trump de certains de ses partisans antisémites, Netanyahu a répondu qu’il n’était « pas un arbitre ».

« Je connais son attitude envers Israël, envers l’Etat juif, envers le peuple juif, et c’est si puissant. Enfin, il a des petits-enfants juifs, il a une fille juive, qui s’est convertie au judaïsme. Je pense que nous devrions garder cela en tête », a déclaré Netanyahu.

Ivanka Trump, la fille du président américain élu Donald Trump, et son époux Jared Kushner dans l'entrée de la Trump Tower, à New York, le 18 novembre 2016. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)

Ivanka Trump, la fille du président américain élu Donald Trump, et son époux Jared Kushner dans l’entrée de la Trump Tower, à New York, le 18 novembre 2016. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)

La description de Trump comme étant antisémite « n’est simplement pas vraie », a déclaré le Premier ministre.

Pendant la même émission, Netanyahu a déclaré qu’il voulait travailler avec Trump pour annuler l’accord nucléaire iranien, et chercher son aide pour tenter de conclure un accord de paix avec les Palestiniens.

Netanyahu a déclaré qu’il n’était pas trop tard pour revenir sur l’accord qui a été une des réussites historiques de la politique étrangère du président Barack Obama, soulignant qu’il présenterait à Trump cinq alternatives à l’accord, sans donner plus de précisions.

« Je pense que les options que nous avons sont plus nombreuses que vous ne le pensez. Bien plus nombreuses », a déclaré Netanyahu quand il lui a été demandé s’il ne craignait pas que l’abrogation de l’accord n’accélère l’acquisition d’une arme nucléaire par Téhéran.

Netanyahu a également déclaré qu’il « aimerait que le président Trump, quand il sera à la Maison Blanche, m’aide à avancer » sur la paix avec les Palestiniens. Il a cependant réitéré sa demande de longue date que les Palestiniens reconnaissent Israël en tant qu’Etat juif.

« La vraie raison pour laquelle nous n’avons pas la paix, c’est le refus persistant des Palestiniens de reconnaitre un état juif quelles que soient ses frontières, a déclaré Netanyahu. Et s’ils le font, cela [la situation de conflit] commencera à se corriger très rapidement. »

Bien que Netanyahu se soit publiquement engagé à une solution à deux états depuis des années, beaucoup dans sa coalition, et même au sein de son propre parti, le Likud, perçoivent l’administration Trump comme une opportunité pour Israël d’abandonner l’idée d’un état palestinien et d’annexer une partie, si ce n’est la totalité, de la Cisjordanie.

Naftali Bennett, le président du parti HaBayit HaYehudi et partisan le plus bruyant de l’annexion, a déclaré le mois dernier que « la victoire de Trump est une opportunité pour Israël de revenir immédiatement sur la notion d’état palestinien au centre du pays, ce qui nuirait à notre sécurité. »

Gavin Rabinowitz a contribué à cet article.