Avec l’élection de Trump, Bennett voit une opportunité de changer le paradigme de 2 états
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Avec l’élection de Trump, Bennett voit une opportunité de changer le paradigme de 2 états

A la conférence du Jerusalem Post, l’ambassadeur des Etats-Unis parle de l’urgence à “arrêter le glissement vers une réalité binationale”

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre de l'Éducation, Naftali Bennett, à la Conférence diplomatique du Jerusalem Post, à l'hôtel Waldorf Astoria à Jérusalem, le 18 novembre 2015 (Crédit : Miriam Alster / Flash90)
Le ministre de l'Éducation, Naftali Bennett, à la Conférence diplomatique du Jerusalem Post, à l'hôtel Waldorf Astoria à Jérusalem, le 18 novembre 2015 (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

La future administration américaine est susceptible d’envisager des alternatives à une solution à deux Etats, a déclaré mercredi le ministre de l’Education Naftali Bennett, qui a exhorté le Premier ministre Benjamin Netanyahu à formuler de nouvelles idées et à convaincre le président américain élu Donald Trump de les adopter dans les prochaines semaines.

« J’ai le sentiment d’une ouverture profonde à écouter ce que nous voulons pour nous », a déclaré Bennett au lendemain de son retour de New York, où il a rencontré des personnes travaillant pour Trump.

« Israël est placé dans la position unique de dire ce qu’il veut. Voulons-nous établir un deuxième état palestinien, en plus de celui de Gaza, qui deviendrait inévitablement un état musulman hostile et raté ? Ou essayer quelque chose de nouveau ? »

S’adressant à la conférence diplomatique du Jerusalem Post, organisée à l’hôtel Waldorf Astoria de la capitale, le ministre, qui dirige le parti nationaliste religieux HaBayit HaYehudi, a indiqué que la nouvelle administration américaine ne ferait pas pression sur Israël sur le sujet palestinien autant que l’administration sortante.

Jérusalem est comme un enfant qui grandit et a finalement le droit de déterminer sa propre destinée, a-t-il déclaré. « C’est à nous de décider. »

Le paradigme traditionnel de la solution à deux états a été tenté, et il a échoué, a continué Bennett. « Oui, je sais qu’il y a un consensus mondial disant que c’est la bonne voie. Mais cela ne signifie pas que c’est la bonne voie. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le ministre de l'Education Naftali Bennett pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans les bureaux du Premier ministre, à Jérusalem, le 30 août 2016. (Crédit : Emil Salman/Pool)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le ministre de l’Education Naftali Bennett pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans les bureaux du Premier ministre, à Jérusalem, le 30 août 2016. (Crédit : Emil Salman/Pool)

Après avoir appris que Bennett avait rencontré les conseillers de Trump, Netanyahu a ordonné à ses ministres et vice-ministres de ne contacter aucun membre de la future administration, ou alors uniquement en passant par son bureau ou par l’ambassade d’Israël à Washington.

« Aucune administration américaine ne sera plus militante que ne l’est Israël, a déclaré Bennett. Alors, nous avons une seule chance, et elle va arriver dans les prochaines semaines. Suivons-nous le bon vieux chemin, qui a échoué, ou essayons-nous finalement quelque chose de nouveau ? »

Dans le même ordre d’idées, Bennett a noté qu’en 1948, le président américain Harry Truman avait décidé de reconnaitre le tout nouvel Etat d’Israël quelques minutes après sa déclaration d’indépendance, contre l’opposition profonde de son département d’Etat. « J’espère que la nouvelle administration montrera le même courage à être le tout premier état à reconnaitre Jérusalem comme la capitale unifiée d’Israël », a-t-il déclaré.

Bennett a reconnu qu’il n’y avait « pas de solution parfaite » au conflit israélo-palestinien, et n’a pas réitéré ses appels à une annexion partielle de la Cisjordanie.

Il a préféré suggérer que Jérusalem tente de « gérer » le conflit, notamment en accordant, entre autres choses, une « autonomie sous stéroïdes » aux Palestiniens, avec une liberté de déplacement totale entre Israël et la Cisjordanie.

En faisant explicitement référence au ministre de la Défense Avigdor Liberman, qui a affirmé la semaine dernière qu’Israël devrait conclure un accord avec l’administration Trump qui lui permettrait de construire dans les grands blocs d’implantations en échange d’un gel dans les autres localités juives de Cisjordanie, Bennett a fustigé les ministres prêts à faire des concessions.

« Ce bavardage nuit à la sécurité nationale d’Israël », a déclaré Bennett, sans citer Liberman. « Et je leur dis : ‘calmez-vous’. »

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman pendant une cérémonie au ministère, à Tel Aviv, le 3 novembre 2016. (Crédit : Flash90)
Le ministre de la Défense Avigdor Liberman pendant une cérémonie au ministère, à Tel Aviv, le 3 novembre 2016. (Crédit : Flash90)

Liberman, qui s’était exprimé avant Bennett pendant la conférence, a déclaré qu’il essayait simplement de donner un exemple de la manière dont Washington et Jérusalem avaient conclu des accords dans le passé.

« Nous devons vraiment attendre », a déclaré Liberman en parlant de ce qu’Israël devrait dire à la future administration.

Pendant les huit dernières années, quand Barack Obama présidait les Etats-Unis, Israël n’a pas construit beaucoup en Cisjordanie et à Jérusalem Est en raison d’un « échec à créer une politique commune avec les Etats-Unis », a déclaré le ministre de la Défense.

« Aujourd’hui, il est crucial de ne pas créer des slogans, de ne pas créer des informations, mais de donner assez de temps à la nouvelle administration pour créer avec nous une nouvelle approche à ce conflit avec les Palestiniens sur la Judée et la Samarie », a-t-il déclaré.

Liberman a déclaré qu’il ne pensait pas qu’Obama soutiendrait une résolution liée à la Palestine devant le Conseil de sécurité des Nations unies, ou qu’il initierait d’autres gestes diplomatiques qui pourraient nuire à Israël. « Il est clair que nous sommes dans une période de transition, il est clair aujourd’hui, non seulement en Israël, mais dans le reste du monde, que nous attendons de nouvelles politiques, une nouvelle administration », a-t-il déclaré.

Dan Shapiro, ambassadeur des Etats-Unis en Israël, pendant la conférence diplomatique du Jerusalem Post, à Jérusalem, le 23 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Dan Shapiro, ambassadeur des Etats-Unis en Israël, pendant la conférence diplomatique du Jerusalem Post, à Jérusalem, le 23 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

L’ambassadeur des Etats-Unis en Israël, Dan Shapiro, a répété l’engagement de la Maison Blanche envers une solution à deux états, mais n’a pas parlé directement des craintes israéliennes d’ultime gestes diplomatiques qu’Obama pourrait faire pour consolider son héritage sur le processus de paix.

Washington reste « engagé à l’avancement de l’objectif de paix entre Israël et ses voisins arabes, notamment à une solution négociée de deux états pour deux peuples pour mettre fin au conflit israélo-palestinien, qui a été notre priorité commune depuis des décennies », a-t-il déclaré.

Le statu quo n’est « pas viable », a poursuivi Shapiro, « il y a donc urgence à trouver des moyens d’arrêter le glissement vers une réalité binationale, qui menace le futur d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique, et d’aider les parties à retrouver le chemin des négociations vers une solution à deux états pour mettre fin au conflit. »

A la lumière du désaccord entre ministres israéliens sur la meilleure approche face à l’administration Trump, Shapiro a reconnu que, « en pleine transition politique, il est compréhensible que les émotions soient fortes et que l’atmosphère soit à l’anticipation. »

Il a cependant déclaré qu’il était confiant que les étroites relations bilatérales, notamment le « rôle de meneur [de Washington] dans le processus de paix », continueraient à définir la relation « pour les nombreuses années à venir ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la conférence diplomatique du Jerusalem Post, à Jérusalem, le 23 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la conférence diplomatique du Jerusalem Post, à Jérusalem, le 23 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Netanyahu, pendant son discours de 22 minutes devant la conférence, n’a pas mentionné les ouvertures de ses ministres à la future administration américaine. Il a préféré parler de sa vision d’Israël, qui devient une centrale technologique recherchée par les pays du monde, un processus dont il a affirmé qu’il rendait plus probable la paix avec les Palestiniens.

« Je suis extrêmement optimiste, a-t-il déclaré. En fait, je n’ai jamais été aussi optimiste. Je suis optimiste pour Israël. Je suis optimiste pour la région. Je suis optimiste pour la paix. »

Les relations d’Israël avec le monde arabe « changent rapidement », a déclaré le Premier ministre, qui a ajouté que de plus en plus de pays et de peuples de la région ne considèrent plus Israël comme un ennemi, mais comme « un allié indispensable dans notre bataille commune contre l’islam radical. »

Ce changement peut se voir, « pas nécessairement dans les déclarations gouvernementales officielles », mais dans les blogs des pays arabophones, a déclaré Netanyahu. « Vous voyez des étincelles de changement. »

Il était précédemment pensé que la paix avec les Palestiniens entraînerait un rapprochement avec le monde arabe, mais il semble à présent plus probable que l’inverse se produise, a déclaré Netanyahu.

Hazem Khairat, l’ambassadeur du Caire en Israël, a cependant affirmé que cela se passerait dans l’autre sens.

L’Egypte, a-t-il déclaré, reste engagé à la paix avec Israël, disant qu’il y a 40 ans, « probablement très peu de personnes auraient pu imaginer une telle résilience » avec le traité de 1979.

L'ambassadeur d'Egypte en Israël, Hazem Khairat (à gauche) avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 29 février 2016. (Crédit : bureau du Premier ministre)
L’ambassadeur d’Egypte en Israël, Hazem Khairat (à gauche) avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 29 février 2016. (Crédit : bureau du Premier ministre)

Et pourtant, pour ces Israéliens qui se demandent pourquoi l’accord de paix israélo-égyptien « n’a pas touché tout le monde dans la rue égyptienne, a déclaré Khairat, ma réponse est que notre paix serait certainement plus chaleureuse et pourrait atteindre plus de personnes si nous pouvions résoudre le conflit israélo-palestinien par un accord de paix juste et global. Une solution viable à deux états est le seul moyen pour que ce conflit prenne fin, et elle est toujours disponible et possible. »

Un état palestinien « reste l’un des sujets régionaux les plus importants et doit être une priorité », a-t-il souligné.

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