Le Premier ministre Benjamin Netanyahu « est dans sa propre catégorie » quand il s’agit des dirigeants du Moyen Orient qui ont le plus profondément déçu le président Barack Obama, selon une vue d’ensemble majeure de la présidence d’Obama, comprenant de nombreux entretiens avec le président, et publié jeudi sur le site de The Atlantic.

Dans l’article, intitulé « La doctrine Obama », l’auteur Jeffrey Goldberg retrace en longueur les désillusions croissantes du président, au cours de sa présidence, sur la possibilité d’améliorer la région.

« Certaines de ses déceptions les plus profondes concernent les dirigeants du Moyen Orient eux-mêmes », écrit Goldberg. De ceux-là, « Benjamin Netanyahu est dans sa propre catégorie ».

Selon Goldberg, « Obama a longtemps cru que Netanyahu pourrait amener une solution à deux états qui protège le statut d’Israël comme démocratie à majorité juive, mais il est trop craintif et politiquement paralysé pour agir ainsi. »

Pour illustrer l’impatience d’Obama vis-à-vis de Netanyahu, l’un des plusieurs dirigeants du Moyen Orient qui ont remis en cause la compréhension du président de la région, Goldberg raconte un incident pendant une rencontre non datée Obama – Netanyahu, pendant laquelle le Premier ministre israélien « s’est lancé dans une sorte de leçon sur les dangers de la région brutale dans laquelle il vit ».

Obama, raconte Goldber, « a senti que Netanyahu se comportait de manière condescendante, et évitait également le sujet : les négociations de paix. Finalement, le président a interrompu le Premier ministre : ‘Bibi, tu dois comprendre quelque chose’, a-t-il dit. ‘Je suis le fils afro-américain d’une mère célibataire, et je vis ici, dans cette maison. Je vis à la Maison Blanche. J’ai réussi à être élu président des Etats-Unis. Tu penses que je ne comprends pas ce dont tu parles, mais je comprends’. »

le président américain Barack Obama et le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan à la suite de la session de l'après-midis du sommet du G20 à Pittsburgh, le 25 septembre 2009.(Crédit : Pete Souza [domaine public], via Wikimedia Commons)

le président américain Barack Obama et le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan à la suite de la session de l’après-midis du sommet du G20 à Pittsburgh, le 25 septembre 2009.(Crédit : Pete Souza [domaine public], via Wikimedia Commons)

L’article n’épingle pas Netanyahu comme le seul dirigeant régional à « le frustrer immensément ». Obama pense maintenant que le président turc Recep Tayyip Erdogan, dont il avait espéré qu’il puisse réduire le fossé Est – Ouest, est « un échec et un autoritaire, un qui refuse d’utiliser son immense armée pour apporter la stabilité en Syrie », écrit Goldberg.

Il dit également qu’Obama, il y a deux ans, a pris à part le roi Abdullah II de Jordanie pendant un sommet international parce qu’il n’était pas heureux que le monarque le dénigre.

« Obama a dit qu’il avait entendu qu’Abdullah s’était plaint à des amis au Congrès américain de son leadership, et a dit au roi que s’il avait des plaintes, il devrait lui adresser directement. Le roi a nié avoir mal parlé de lui. »

« Ces derniers jours, continue Goldberg, le président s’est mis à plaisanter en privé, ‘tout ce dont j’ai besoin au Moyen Orient, ce sont quelques autocrates intelligents’. Obama a toujours eu de l’affection pour les technocrates pragmatiques, à l’émotion contenue, disant à ses conseillers ‘si seulement tout le monde pouvait être comme les scandinaves, cela serait si facile’. »

Le président américain Barack Obama lors de son discours au Caire le 4 juin 2009 (Crédit : Capture d'écran YouTube)

Le président américain Barack Obama lors de son discours au Caire le 4 juin 2009 (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Selon Goldberg, Obama reconnaît maintenant qu’un des objectifs de son discours au Caire en 2009, au début de sa présidence, dans lequel il a cherché à persuader les musulmans à regarder honnêtement les sources de leur malheur et d’arrêter de blâmer Israël pour tous leurs problèmes, s’était montré infructueux.

Il a cité Obama ainsi : « Mon argument était cela : arrêtons-tous de prétendre que la cause des problèmes du Moyen Orient c’est [la faute d’] Israël […]. Nous voulons travailler pour aider à réussir un état et une dignité pour les Palestiniens, mais j’espérais que mon discours puisse déclencher une discussion, puisse créer de l’espace pour les musulmans pour résoudre les vrais problèmes qu’ils affrontent – problèmes de gouvernance, et le fait que certains courants de l’islam ne soient pas passés par une réforme qui aiderait le peuple à adapter ses doctrines religieuses à la modernité. Ma pensée était, je communiquerai que les Etats-Unis ne se mettent pas dans le chemin du progrès, que nous aiderons, dans tout ce qui est possible, à avancer les objectifs d’un agenda arabe pratique, fructueux, qui fournirait une meilleure vie au gens ordinaires. »

Ce qui s’est déroulé les trios années suivantes, continue Goldberg, « alors que le Printemps arabe abandonnait sa promesse première, et que la brutalité et le dysfonctionnement submergeaient le Moyen Orient » a laissé Obama morne. « Le détricotage du Printemps arabe a assombri les opinions du président sur ce que les Etats-Unis pouvait réussir au Moyen Orient, et lui a fait réaliser à quel point le chaos là-bas distrayait des autres priorités, » écrit Goldberg.

Un combattant de l'Etat islamique lisant les charges contre deux personnes crucifiées (en arrière plan) (Crédit : Capture d'écran)

Un combattant de l’Etat islamique lisant les charges contre deux personnes crucifiées (en arrière plan) (Crédit : Capture d’écran)

Plus récemment, dit Goldberg, la montée du groupe terroriste Etat islamique a « approfondi la conviction d’Obama que le Moyen Orient ne pouvait pas être réparé – pas pendant son mandat, et pas pendant la prochaine génération. »

Dans l’article, Goldberg cite Obama fustigeant l’Etat islamique avec le ton le plus amer, comme « la distillation de chaque terrible impulsion ».

Obama dit : « La nation que nous sommes un petit groupe qui se définit d’abord par le degré auquel nous pouvons tuer les autres qui ne sont pas comme nous, et tenter d’imposer une orthodoxie rigide qui ne produit rien, qui ne célèbre rien, qui est réellement le contraire de chaque morceau du progrès humain – cela indique un degré auquel ce type de mentalité peut toujours prendre racine et gagner des adhérents au 21e siècle. »

Obama est également cité louant la capacité des Israéliens à résister au climat incessant de terrorisme.

Goldberg écrit du président américain : « Il y a plusieurs années, il m’a exprimé son admiration de la ‘résilience’ des Israéliens face au terrorisme constant, et il est clair qu’il voudrait voir la résilience remplacer la panique dans la société américaine. »

Des inspecteurs de l'AIEA et des techniciens iraniens à la centrale nucléaire de Natanz, le 20 janvier 2014  (Crédit : Irna/AFP/Archives Kazem Ghane)

Des inspecteurs de l’AIEA et des techniciens iraniens à la centrale nucléaire de Natanz, le 20 janvier 2014
(Crédit : Irna/AFP/Archives Kazem Ghane)

En parlant de l’accord nucléaire avec l’Iran de juillet dernier, sur lequel lui et Netanyahu ont eu un désaccord très profond et ouvert, Obama a dit à Goldberg en janvier qu’il ne bluffait pas quand il a déclaré en 2012 qu’il aurait attaqué l’Iran pour l’empêcher d’obtenir l’arme nucléaire.

« Je l’aurai vraiment fait », Goldberg a cité Obama, qui faisait référence à une frappe sur les installations nucléaires iraniennes. « Si je les avais vu éclater […]. C’était dans la catégorie des intérêts américains. »

Là où lui et Netanyahu n’ont pas été d’accord, a précisé Goldberg, est que « Netanyahu voulait qu’Obama empêche l’Iran d’être capable de construire une bombe, pas simplement de posséder une bombe. »

Une grande partie de l’article raconte la décision d’Obama de ne pas frapper la Syrie après l’utilisation d’armes chimiques par le président Bashar el-Assad contre son propre peuple à l’été 2013 – un volte-face historique de sa présidence.

Goldberg révèle cependant que le secrétaire d’Etat John Kerry a continué à pousser Obama « à violer la souveraineté de la Syrie » et « à lancer des missiles sur des cibles spécifiques du régime, sous couverture la nuit, pour ‘envoyer un message’ au régime. »

Le président a avec insistance refusé ces demandes, écrit Goldberg, « et semble avoir perdu patience » face au lobbying de Kerry. « Récemment, quand Kerry a tendu à Obama une proposition écrite de nouvelles mesures pour faire davantage pression sur Assad, Obama a répondu ‘Oh, une autre proposition ?’. »

Barack Obama et John Kerry en 2012 (Crédit : capture d'écran YouTube)

Barack Obama et John Kerry en 2012 (Crédit : capture d’écran YouTube)

Goldberg conclut l’article en affirmant qu’Obama « a placé d’énormes paris » en politique étrangère – notamment en ce qui concerne l’accord iranien. Quand Goldberg lui a dit en mai dernier qu’il était « nerveux » à propos de l’accord, Obama a répondu : « Ecoute, dans 20 ans, je serai toujours là, si Dieu veut. Si l’Iran a une bombe nucléaire, c’est mon nom dessus […]. Je pense qu’il est juste de dire qu’en plus de nos profonds intérêts de sécurité nationale, j’ai un intérêt personnel à verrouiller ça. »

Pour les partisans du président, résume Goldberg, « sa stratégie est tout à fait censée : doubler la mise dans les parties du monde où un succès est plausible, et limiter l’exposition des Etats-Unis au reste. Ses critiques pensent cependant que les problèmes comme ceux qui se sont présentés au Moyen orient ne se résolvent pas eux-mêmes – que, sans intervention américaine, ils métastasent. »