Le porte-parole du Hamas Sami Abu Zuhri a annoncé dimanche que le Premier ministre en exercice du mouvement terroriste palestinien, Ismaël Haniyeh et son gouvernement seraient prêts à démissionner une fois le nouveau gouvernement palestinien d’union nationale constitué.

Pourtant, le scepticisme reste de mise en Israël et dans les Territoires palestiniens à la lumière de l’échec des accords de réconciliation précédents conclus entre les deux anciens ennemis.

Mais après avoir occupé huit années durant le fauteuil de Premier ministre, Haniyeh et son gouvernement semblent désormais disposés à renoncer au confort du pouvoir pour le bien de l’unité palestinienne à court terme… et le contrôle de la Cisjordanie et de la bande de Gaza à plus long terme.

Ces derniers jours, les véritables motivations du Hamas paraissent bien plus claires. Et les motifs de cette prétendue capitulation face aux exigences du Fatah pourraient s’avérer peut-être encore plus préoccupants pour Israël que la réconciliation elle-même.

Cette union Fatah-Hamas n’est pas une simple manœuvre politique ou tactique menée par l’organisation islamiste. Il s’agit davantage d’une opération stratégique très élaborée, un pari pris après avoir intégré la nouvelle réalité moyen-orientale. Ce pari risqué démontre que le Hamas a bien admis son incapacité à gouverner seul la bande de Gaza avant de prendre la décision d’abandonner le confort du gouvernement – même temporairement – afin de gagner la bataille de l’opinion publique palestinienne. Il serait ainsi en mesure de remporter les législatives, voire même les présidentielles, et contrôler en définitive l’ensemble des Territoires palestiniens.

Au sein du Hamas, beaucoup de voix se sont élevées au cours des dernières semaines pour dénoncer le processus de réconciliation. Cependant, la dure réalité quotidienne à Gaza conjuguée aux relations troubles entre le mouvement palestinien et l’Egypte, font craindre au groupe terroriste que, s’il ne cède pas maintenant, il pourrait s’effondrer financièrement ou se voir évincé du pouvoir.

La principale source de revenus de l’organisation dans la bande de Gaza, à savoir le réseau de tunnels de contrebande, est bloquée depuis près d’un an. Chaque mois, le gouvernement de Haniyeh peine à payer les salaires de ses 40 000 fonctionnaires, en plus de ceux des milliers de membres des brigades Ezzedine al-Qassam rétribués par des fonds non gouvernementaux.

Sur le terrain, l’organisation s’est laissée mêler à un conflit avec l’Etat hébreu qui ne lui laisse que très peu de marge de manœuvre : en effet, si le Hamas ne veut pas d’une escalade, nombreuses sont les milices de Gaza qui le souhaitent. Le mouvement islamiste au pouvoir dans l’enclave palestinienne doit donc faire office de « police des frontières », employant des centaines de policiers afin d’empêcher les tirs de roquettes vers le territoire israélien. Cependant, à chaque nouveau tir de missile, l’armée israélienne répond par un raid aérien visant des cibles du Hamas dans la bande de Gaza.

Au cours des dernières années, le Hamas est apparu, aux yeux du public palestinien, de moins en moins comme un mouvement de
« résistance » et une organisation vouée à la lutte contre Israël. Or, dans le même temps, le Jihad islamique et les organisations salafistes radicales ont gagné en popularité.

Il semblerait que le Hamas ait donc décidé de suivre les traces de Ennahda, son comparse tunisien. En effet, le parti islamiste tunisien a remporté les élections organisées à la suite de la révolution du jasmin en Tunisie qui a marqué le début du printemps arabe.

Toutefois, le Hamas peine à faire face aux défis auxquels il est confronté. En définitive, l’organisation a préféré envisager la formation d’un gouvernement non partisan conduit par des technocrates apolitiques avant la tenue de nouvelles élections.

À l’époque, le chef de file de Ennahda Rashid al-Ghannouchi expliquait que, parfois, un parti de la majorité avait le devoir de démissionner pour le bien de la démocratie et l’intérêt suprême de la nation.

Pour le Hamas, il y a beaucoup en jeu. Nul doute que le peuple palestinien appréciera sa décision de démissionner. Mais personne ne peut promettre que le Hamas remportera les prochaines élections. Et pourtant, la perspective de se maintenir au pouvoir à Gaza ne semble pas beaucoup plus attrayante. En effet, l’organisation perd chaque jour le soutien des Gazaouis, tant et si bien que de nombreux analystes estiment que, si des élections avaient lieu aujourd’hui, le Hamas serait évincé du pouvoir dans la bande de Gaza.

Avant la tenue des élections prévues dans six mois environ, le parti espère réussir à rétablir sa réputation et à regagner le soutien populaire. Et si les élections n’ont pas lieu, le public aura eu l’occasion de voir qui a osé le pari de l’unité, et qui l’aura torpillée. En attendant, le Hamas compte bien s’asseoir sur le banc de touche et observer les énormes défis auxquels le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas devra faire face en tant que nouveau Premier ministre à la tête d’un gouvernement d’union qui devrait être constitué dans les cinq prochaines semaines.

Chaque mois, Abbas devra payer les salaires de ces mêmes responsables du Hamas, en plus de ceux des 160 000 fonctionnaires employés par l’Autorité palestinienne – une tâche devenue quasi impossible eu égard à la situation financière désastreuse de l’Autorité palestinienne et aux sanctions prévues par Israël. Si les salaires ne sont pas payés à temps, le Hamas aura l’occasion de faire porter la responsabilité sur les épaules de Mahmoud Abbas.

Et que dire de l’aile militante du Hamas ? Pourraient-ils envisager un arrêt des opérations durant la période séparant la mise en place du gouvernement d’union nationale et les élections prévues six mois plus tard ? Bien au contraire. Sans les contraintes inhérentes à une éventuelle intégration au jeu politique, les brigades Ezzedine al-Qassam devraient probablement relancer les hostilités contre Israël et d’autres mouvements. Et en cas de plainte, le Hamas pourra désormais les rediriger vers le bureau du nouveau Premier ministre en charge de la Cisjordanie et de Gaza, Mahmoud Abbas.