A l’heure où j’écris, il n’y pas eu de confirmation formelle de la part du Premier ministre ni de son cabinet pour dire que Netanyahu est résolument prêt à vouloir éliminer le poste de président de l’Etat d’Israël.

Toutefois, durant des mois, une rumeur courait sur le fait que Netanyahu poursuivait ce dessein, et celle-ci a atteint son paroxysme lundi matin lorsque la radio militaire a cité « une source du cabinet du Premier ministre » qui se réjouissait de cette intention – un « changement historique qui permettra enfin une bonne gestion du pays le plus contesté du monde.»

A la une du quotidien Yediot Ahronot aujourd’hui, on explique qu’aucun ministre du Likud de Netanyahu ne soutient cette idée.

Et qu’il n’y a aussi aucune chance pour que les changements nécessaires des Lois כondamentales soient approuvés par la Knesset en moins de sept semaines – période avant laquelle le Parlement ne choisisse le successeur du président Shimon Peres.

Le Premier ministre pousse à l’abolition de ce poste « de toutes ses forces ». Il a tenu, ces derniers jours, un « blitz » de discussions avec des figures clés sur ce sujet. (Le mandat de 7 ans de Peres arrive à son terme le 27 juillet : la Knesset doit élire un nouveau président au moins un mois avant cette date.)

Selon les informations relayées par les médias, l’enthousiasme de Netanyahu pour cette idée est dû à plusieurs facteurs.

Certains disent qu’il veut économiser les millions que coûte la présidence à l’Etat – un argument absurde qui pourrait aussi amener à supprimer le rôle de Premier ministre, pour éliminer tous les coûts liés à la démocratie Israélienne. Les dictatures sont beaucoup moins chères.

D’autres affirment que ce désir résulterait de sa détermination à entraver le leader des candidats présidentiels, Reuven Rivlin. Il est un ancien président du Likud à la Knesset, poste duquel il a été démis par Netanyahu.

Rivlin, un penseur franc et indépendant, a eu la témérité de défier Netanyahu au fil des années sur différentes questions, notamment sur le fonctionnement démocratique de la Knesset, et plus récemment, sur la libération de prisonniers palestiniens. Sara Netanyahu, que le Seigneur nous vienne en aide, a aussi été la cible des critiques de Rivlin.

Néanmoins, Il serait impensable que Netanyahu pousse à la suppression d’un poste aussi central, historique et symbolique, uniquement à cause de la perspective que le nouveau président soit quelqu’un qu’il n’aime pas beaucoup.

Le correspondant politique du Times of Israel, Haviv Rettig Gur, avance une raison plus ostensible : l’un des rôles clés du président est, après l’élection, de nommer le politicien qu’il estime le plus apte à former une coalition majoritaire et de mener le gouvernement.

A cet égard, Netanyahu doit redouter que les futures élections le rendent vulnérable.

Quelle que soit la stratégie de Netanyahu, son grand enthousiasme largement relaté par les médias pour cette étrange réforme radicale, qui n’a le soutien de personne (aussi bien du public que des membres de la Knesset), ne peut que provoquer qu’une profonde inquiétude sur l’état de santé mentale du Premier ministre.

Sous sa houlette, même si on peut largement blâmer les deux côtés, le processus de paix avec les Palestiniens s’est effondré – et Israël doit faire face maintenant à une campagne palestinienne de diabolisation, à une vague de critique internationale, aux efforts unilatéraux des Palestiniens à sécuriser un Etat indépendant, à l’augmentation potentielle des sanctions et des boycotts et à une possible escalade de la violence.

Les relations entre Israël et son principal allié se sont détériorées, à tel point qu’à présent, le président des Etats-Unis ne donne des interviews que pour accuser Netanyahu de mener le pays à sa ruine.

Le Secrétaire d’Etat John Kerry a averti publiquement qu’Israël pourrait devenir un Etat Apartheid.

L’émissaire américain au Moyen Orient Martin Indyk prédit que « les activités d’implantations » sur lesquelles Netanyahu préside peuvent « mortellement blesser l’idée d’envisager Israël comme Etat juif ».

Pendant ce temps, une vague de crimes contre les chrétiens et les musulmans sont perpétrés par des résidents d’implantations extrémistes, visant de manière odieuse les lieux de culte.

Israël a clairement besoin d’un président pour agir comme un outil d’unification des symboles de l’Etat.

 

Rien de moins à la veille d’une visite papale.

Ces radicaux sans loi s’attaquent aussi physiquement aux soldats chargés de leur protection, et ont entamé des discussions pour éliminer ces soldats.

Mais les arrestations restent peu nombreuses et il n’y a presque jamais de condamnations – même si l’ancien chef de la Sécurité, Carmi Gillon, insiste sur le fait que ce phénomène peut être endigué si on en avait la volonté.

Et avec tout cela, le Premier ministre perd-il son énergie sur la suppression de la présidence ?

Etre créatif au bénéfice d’Israël est une qualité qui peut être appréciée par ceux qui ont des postes haut placés.

Mais quand le Premier ministre trouve des idées nulles – et supprimer le rôle du président en fait partie – il doit y avoir des gens dans des positions clés qui ont la crédibilité et l’ancienneté suffisante pour le remettre rapidement à sa place.

Israël a clairement besoin d’un président pour agir comme un outil d’unification des symboles de l’Etat. Une figure représentant toute la société dont certains aspects ont été mis à l’écart par le système politique.

Il a besoin d’un président qui aborde les intérêts nationaux d’une perspective différente des politiciens qui ont une approche partisane.

Il a besoin d’un président qui représente l’Etat et son peuple aussi bien à un niveau national qu’international, avec une ouverture d’esprit et une absence de raisonnement partisane qui, par définition, ne peut pas être le Premier ministre.

Il a besoin d’une figure qui représente l’espoir. Il a besoin d’un président qui visite les familles endeuillées. Il a besoin d’un président qui, comme Peres l’a dit lui-même d’une manière assez charmante dans notre interview il y a deux semaines, « parce que je pense que vous avez besoin de plus qu’une personne au sommet. »

« Un qui représente l’administration et le gouvernement. L’autre qui représente le peuple et son opinion. Un qui représente la situation actuelle. L’autre qui doit agir pour la situation souhaitée. »

Ce n’est pas tellement compliqué à comprendre.

C’est simplement se rendre à l’évidence. Ce n’est apparemment pas évident pour Netanyahu, et cela mène à une inquiétude générale sur ce qui se passe au cabinet du Premier ministre et de ceux dont il s’est entouré, et on peut se demander s’il ne manque pas de conseillers principaux avec de l’influence pour lui dire, « Non, monsieur le Premier ministre, ce n’est pas une bonne idée. Oubliez là. »

Supprimer la présidence ? Sérieusement ? Oubliez ça.

Vous voulez des réformes institutionnelles radicales ? Peut être devrions-nous parler d’imposer une limite aux nombres de mandats de Premier ministre ?