Des chercheurs israéliens affirment avoir conçu un dispositif nanotechnologique capable de détecter et d’identifier un grand nombre d’explosifs, même masqués par d’autres substances, à des concentrations si faibles qu’elles échappent aux moyens de détection classiques.

Encore au stade du prototype, cette invention est parvenue en laboratoire à identifier des effluves de TATP (peroxyde d’acétone) dans l’air à au moins cinq mètres de sa source. Très volatils mais difficilement détectables de par leur composition chimique, le TATP et ses cousins explosifs préoccupent d’autant plus les services de sécurité qu’ils sont faciles à fabriquer artisanalement à partir d’eau oxygénée et d’acétone et ont déjà été employés par certains groupes terroristes.

La nanopuce électronique conçue par Fernando Patolsky, de l’Université de Tel Aviv, et son équipe est tout aussi sensible au tristement célèbre TNT (trinitrotoluène), très peu volatil quant à lui, qu’elle détecte jusqu’à quatre mètres de distance.

L’invention consiste en une puce unique, divisée en huit secteurs comprenant chacun 18 nanotransistors. Chaque secteur subit un traitement chimique particulier pour réagir de façon spécifique lorsqu’il est mis en présence d’une molécule donnée.

Les chercheurs ont ensuite exposé leur détecteur à une large gamme d’explosifs et enregistré les réactions de la puce – autrement dit les modifications de la charge électrique à la surface de chacun des transistors – pour calibrer le dispositif.

Il leur suffit ensuite de prélever des échantillons d’air durant cinq secondes à l’aide d’un papier-filtre, puis d’en faire une solution aqueuse placée dans leur détecteur.

« Chaque type d’explosif produit un schéma distinctif lorsqu’il interagit avec le nanodétecteur, ce qui permet l’identification simple et rapide de la molécule en question », quelle qu’en soit la concentration, écrivent-ils dans leur étude, publiée mardi par la revue Nature Communications.

Une fois calibré, le système peut selon eux très facilement reconnaître « l’empreinte digitale » unique de l’explosif, même à l’état de traces infimes. Et contrairement aux détecteurs actuellement utilisés, il n’est pas limité à un petit nombre de substances, insistent les auteurs.

« Grâce à la nature multiple des senseurs, nous sommes capables de détecter et d’identifier des mélanges d’explosifs, des substances parasites et les marqueurs » introduits par les fabricants pour permettre de tracer leurs explosifs, soulignent-ils.

La nanopuce serait donc capable de faire la distinction entre du TATP ou un autre explosif à base de peroxyde et d’autres produits chimiques de la même famille mais a priori inoffensifs, comme du dissolvant pour vernis à ongles.

Afin de prouver la fiabilité de leur invention, les scientifiques ont soumis le détecteur à de la fumée de cigarette tout en l’exposant à des vapeurs de TNT. Il a analysé avec succès la présence de l’explosif, sans être parasité par les nombreux composants de la fumée.