MELBOURNE – Une femme juive qui avait indiqué avoir été agressée par son ancienne principale a appelé Israël à extrader cette professionnelle de l’enseignement vers son Australie natale.

Dassi Erlich, 29 ans, mère d’un enfant, n’a cessé d’affirmer que son agression présumée par Malka Leifer avait créé chez elle un traumatisme émotionnel. Elle a lancé cet appel dimanche, durant un discours prononcé devant les 200 participants de la conférence d’étude juive du Limmud.

Leifer, qui a quitté l’Australie en 2008 peu de temps après que des accusations d’agression à son encontre ont fait surface, a raté plusieurs audiences d’extradition en Israël, se faisant interner dans des institutions psychiatriques durant de courtes périodes qui coïncidaient avec les dates données par le tribunal. Leifer est recherchée par les autorités australiennes pour 74 chefs d’accusation concernant des agressions sexuelles et des viols commis sur des petites filles au sein de son école, a annoncé ABC.

En 2015, Erlich a reçu l’une des plus importantes sommes en dommages et intérêts pour abus sexuels de toute l’histoire de l’Australie, la Cour suprême victorienne ordonnant à l’école Adass Israël de lui verser plus de 750 000 dollars pour ne pas avoir empêché les abus systémiques subis par Erlich lorsqu’elle avait quinze ans. Durant son discours, Erlich a indiqué avoir été témoin d’une agression de Leifer perpétrée sur une autre fille, confiant qu’elle « n’a rien dit ».

Si Leifer « est malade au niveau mental alors elle doit être soignée jusqu’à ce qu’elle se sente suffisamment bien pour passer devant la justice en Australie », a dit Erlich. « C’est incompréhensible qu’en 2017, le système judiciaire d’un pays occidental soit manipulé de cette façon », a ajouté Erlich en évoquant Israël.

Au début du mois, le Comité exécutif du conseil rabbinique d’Australie et de Nouvelle-Zélande a exprimé des préoccupations similaires, déclarant dans un communiqué être « profondément inquiet de l’issue des audiences de la cour en Israël en ce qui concerne la procédure d’extradition de Mme Leifer, et qu’il fera part de ses préoccupations à la ministre israélienne de la Justice. »

Leifer, qui vit en Israël sans aucune restriction de liberté, a été photographiée au mois de mai en train de participer à une fête religieuse de Lag BaOmer dans le nord d’Israël, un cliché qui, selon Erlich, est la preuve que les troubles psychiatriques présumés de Leifer ne l’empêchent pas de mener ce qui paraît être une vie normale.

Les avocats de Leifer, qui nient tout acte répréhensible de la part de leur cliente, ont minimisé l’importance des photos, affirmant qu’elles prouvaient peu de choses sur sa santé mentale.

Approchés par ABC le mois dernier, les responsables israéliens de la Justice affirment se pencher sur le dossier.

L’affaire de Leifer survient après deux autres scandales similaires dans des écoles juives ultra-orthodoxes de garçons en Australie, l’une à Sydney et l’autre à Melbourne.

Une commission d’enquête gouvernementale a découvert en 2016 des preuves de la réticence des deux institutions à s’attaquer au problème, et a émis des directives pour prévenir de telles affaires.

« Comme la commission royale l’a clairement établi, les abus sexuels sur les enfants ont pu continuer en raison des actions et de l’inaction de certains rabbins et chefs communautaires. Les victimes ne sont pas toujours crues ou soutenues, ce qui vient ajouter au traumatisme », a déclaré le Comité exécutif du conseil rabbinique d’Australie et de Nouvelle-Zélande.