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120 dirigeants juifs US : « Smotrich ne devrait pas avoir de tribune chez nous »

D'anciens chefs de l'ADL et de l'AIPAC se joignent aux appels contre la venue du ministre israélien des Finances à la conférence d'Israel Bonds la semaine prochaine à Washington

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le ministre des Finances Bezalel Smotrich présentant le budget de l'État à son ministère, à Jérusalem, le 28 février 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le ministre des Finances Bezalel Smotrich présentant le budget de l'État à son ministère, à Jérusalem, le 28 février 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

120 dirigeants juifs américains ont signé vendredi une pétition pour s’opposer à la visite du ministre des Finances Bezalel Smotrich aux États-Unis à la fin du mois, affirmant que le chef du parti d’extrême-droite HaTzionout HaDatit, qui a déjà tenu des propos incendiaires, « ne devrait pas avoir de tribune dans [leur] communauté », notamment après avoir appelé à « anéantir » une ville palestinienne entière en début de semaine.

La liste des signataires montre que le désir de se dissocier de Smotrich s’étend à des éléments plus traditionnels de la communauté juive et bien au-delà des groupes plus progressistes qui ont demandé la semaine dernière que le ministre se voie refuser un visa d’entrée sur le territoire américain.

Il est prévu que Smotrich se rende aux États-Unis pour prendre la parole à la conférence annuelle Israel Bonds, qui aura lieu du 12 au 14 mars à Washington. Le bureau de Smotrich n’a pas encore confirmé sa présence, mais une source au fait de la question avait confirmé au Times of Israel le mois dernier que la conférence était bien prévue.

Le chef du parti HaTzionout HaDatit était déjà une figure controversée, tant en Israël qu’à l’étranger, en raison de ses nombreux propos à l’encontre des Arabes, des Palestiniens, de la communauté LGBTQ et des Juifs dits « laïcs ».

Alors que le boycott d’un ministre israélien en exercice n’aurait pas été un geste caractéristique pour les groupes juifs traditionnels aux États-Unis, il semble s’être normalisé après que Smotrich a déclaré mercredi dernier que « le village de Huwara doit être anéanti » et que c’est à « l’État d’Israël de le faire ».

Lors d’une interview sur scène, Smotrich a été interrogé sur le récent saccage de la ville de Cisjordanie par un groupe d’ultra-nationalistes israéliens, qui a fait un mort, des dizaines de blessés et lors duquel de nombreuses maisons et entreprises ont été incendiées, en représailles à la mort de deux jeunes frères israéliens, tués lors d’une attaque terroriste plus tôt dans la journée. Le ministre des Finances, qui est également ministre délégué du ministère de la Défense en charge des affaires civiles en Cisjordanie, avait déclaré qu’il était contre le fait que des civils mènent de telles attaques de représailles et a estimé que les militaires auraient dû le faire à leur place.

Voitures brûlées par des résidents d’implantations lors d’émeutes à Huwara, près de Naplouse, en Cisjordanie, le 27 février 2023. (Crédit : Erik Marmor/Flash90)

« En tant que Juifs américains attachés à l’avenir d’Israël en tant qu’État sûr, juif et démocratique, à une relation solide entre les États-Unis et Israël et à un peuple juif qui englobe pleinement les communautés juives d’Israël et de la Diaspora, nous sommes opposés à la visite de Bezalel Smotrich aux États-Unis à la fin du mois en sa qualité de ministre des Finances d’Israël et nous appelons tous les Américains pro-Israël à comprendre qu’accueillir Smotrich ici nuira au soutien à Israël au lieu de l’aider », ont déclaré les 120 dirigeants juifs vendredi lors d’une conférence organisée par le Forum de la politique israélienne de centre-gauche.

« Smotrich a longtemps exprimé des opinions qui sont odieuses pour la grande majorité des Juifs américains, du racisme anti-arabe à l’homophobie virulente, en passant par une adhésion totale à la suprématie juive. A cette liste, nous pouvons maintenant ajouter son soutien à la violence contre des innocents en raison de leur héritage ethnique », ont-ils poursuivi.

« Nous rejetons la notion selon laquelle une personne doit être respectée simplement parce qu’elle sert dans le gouvernement israélien. Sa présence aux États-Unis pour s’adresser à un public principalement juif serait un affront aux valeurs juives américaines, et il ne devrait pas avoir de tribune dans notre communauté, d’autant plus à la lumière de ses commentaires les plus récents sur Huwara », ont-ils ajouté.

Cette déclaration rappelle la réponse que Smotrich avait reçue du Board of Deputies of British Jews – l’organisation principale de la communauté juive du Royaume-Uni – lorsqu’il était arrivé en Grande-Bretagne pour visiter les communautés juives locales l’année dernière.

« Nous rejetons les vues abominables et l’idéologie haineuse de Bezalel Smotrich », avait écrit en hébreu le Board of Deputies sur Twitter à l’époque. « Nous appelons tous les membres de la communauté juive britannique à lui montrer la porte. Remontez dans l’avion, Bezalel, et restez à jamais dans les mémoires comme un déshonneur. »

La rhétorique en avait surpris plus d’un – et avait même suscité la condamnation du président Isaac Herzog – mais elle serait plus caractéristique d’un établissement de la communauté juive britannique qui est légèrement plus à gauche que l’établissement juif américain.

Le chef du parti HaTzionout HaDatit, Bezalel Smotrich, brandissant le drapeau israélien lors de Yom Yeroushalayim, à la porte de Damas, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 29 mai 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Smotrich était un député de l’opposition, et non un ministre agissant en tant que représentant du gouvernement israélien lorsqu’il s’était rendu au Royaume-Uni, ce qui donne plus de poids à l’appel lancé vendredi par les dirigeants juifs américains.

Parmi les signataires de la pétition figurent le député et ancien président du Jewish Democratic Council of America (JDCA) Ron Klein, la directrice-générale du JDCA, Halie Soifer, la directrice-générale du National Council of Jewish Women (NCJW), Sheila Katz, le chef du mouvement conservateur Jacob Blumenthal, le chef du mouvement réformé Rick Jacobs, l’ancien directeur de l’Anti-Defamation League (ADL), Abe Foxman, et les anciens ambassadeurs américains en Israël, Martin Indyk, Daniel Kurtzer et Dov Zakheim, qui ont travaillé sous les administrations Reagan et Bush.

Si l’ancien directeur-général de l’AIPAC, Tom Dine, a également signé la pétition, son ancienne organisation a évité de s’exprimer sur les commentaires de Smotrich, ce qui montre que toutes les parties de la communauté ne sont pas prêtes à se dissocier du ministre d’extrême-droite.

Israel Bonds a également résisté aux appels à annuler son invitation à Smotrich, déclarant jeudi qu’elle « reste impartiale par rapport à tout parti ou affiliation politique » et que « des ministres des Finances de l’ensemble du spectre politique ont historiquement participé à ses événements ».

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