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30 000 nouveaux cas de TSPT suite au 7 octobre et aux traumas de guerre – expert

Pour le professeur Yair Bar-Haim, directeur du Centre national sur le stress post-traumatique, le système de santé n'est pas prêt pour autant de patients et cela prendra des années

Yaïr Bar-Haïm, directeur du Centre national pour le stress traumatique et la résilience à l'Université de Tel Aviv, en janvier 2024 (Crédit : Université de Tel Aviv)
Yaïr Bar-Haïm, directeur du Centre national pour le stress traumatique et la résilience à l'Université de Tel Aviv, en janvier 2024 (Crédit : Université de Tel Aviv)

Les experts en psychologie estiment qu’il y aura en tout 30 000 nouveaux cas de troubles de stress post-traumatique (TSPT) chez les Israéliens en raison de l’actuelle guerre contre le Hamas à Gaza.

« C’est une estimation prudente. Tout dépend de la façon dont les choses se déroulent et si une guerre [à grande échelle] se produit également dans le nord », explique le professeur Yair Bar-Haim, directeur du nouveau Centre national sur le stress post-traumatique et la résilience à l’Université de Tel Aviv.

Le centre va abriter l’une des plus importantes cliniques de traitement des TSPT de tout le pays.

Le TSPT est un problème de santé mentale difficile à traiter, déclenché par l’expérience ou le fait d’être témoin d’un événement terrifiant, comme les atrocités du Hamas du 7 octobre ou les combats à Gaza. Les symptômes peuvent être des flashbacks, des cauchemars, une forte anxiété et des pensées incontrôlables sur les événements.

On estime à 10 % la part des victimes de traumatismes aigus qui développent un TSPT, mais le grand nombre de nouveaux cas, qui vont s’ajouter aux 60 000 cas déjà déclarés, va exercer une énorme pression sur le système de santé mentale israélien.

« Ce système était déjà sous pression avant le 7 octobre. Il y avait neuf mois d’attente pour un rendez-vous avec un psychologue de leur caisse de santé. La situation n’était guère meilleure dans le privé, coûteuse et avec de longues listes d’attente », ajoute Bar-Haim.

À la mi-janvier, le ministère de la Santé et le ministère des Finances se sont mis d’accord pour injecter 1,4 milliard de shekels chaque année pendant deux ans afin de renforcer les soins de santé mentale. C’est un début, mais les fonds privés feront partie intégrante de l’équation, comme c’est le cas pour la création du nouveau centre de l’université de Tel Aviv.

Illustration : Un homme aux prises avec un trouble de stress post-traumatique. (Crédit : LightField Studios/Shutterstock.com)

Professeur de psychologie et de neurosciences à l’université de Tel Aviv, Bar-Haim rappelle que cela fait maintenant huit ans qu’existe ce projet de Centre national sur le stress post-traumatique et la résilience de l’université de Tel Aviv. Un bâtiment, en cours de construction, devrait ouvrir ses portes début 2026.

« L’idée était que le centre existe en cas de guerre, car le problème des TSPT est largement sous-traité et il y a beaucoup à faire sur le sujet. Nous avons bénéficié de plusieurs dons pour ce bâtiment », a précisé Bar-Haim.

« Et la guerre est arrivée. Je me suis rapidement rendu compte qu’il faudrait ouvrir [la] clinique plus tôt et la dédier principalement au traitement des personnes de retour des combats et des civils touchés. Le besoin est énorme en la matière. L’université a mis à notre disposition un local de plus, à titre temporaire, assorti d’un soutien financier solide pour nous permettre d’ouvrir nos portes dès le 1er janvier », confie-t-il.

À la faveur d’un récent entretien avec le Times of Israël, Bar-Haim évoque ce qui différencie le centre de l’université de Tel Aviv des autres centres de traitement des TSPT, des difficultés de traitement de ces troubles et des raisons pour lesquelles il faut choisir avec soin les personnes auxquelles on demande de l’aide.

Vue d’architecte du bâtiment Miriam et Moshe Shuster du futur Centre sur le stress post-traumatique et la résilience de l’Université de Tel Aviv qui devrait ouvrir ses portes en 2026. (Autorisation d’Erez Shani Architecture)

The Times of Israël : Ce centre n’est pas qu’une clinique. C’est plus que ça. Dites-nous en plus.

Prof. Yair Bar-Haim : Le centre repose sur quatre piliers. Le premier est la recherche clinique sur le stress traumatique, la résilience et la psychopathologie liée aux traumatismes. Avec de la recherche au niveau moléculaire, de la neuroimagerie, le développement de traitements comportementaux et des essais contrôlés randomisés. Le deuxième pilier est cette grande clinique ouverte au public qui mènera des recherches en collaboration avec le centre de recherche. Le troisième pilier repose sur la formation de professionnels expérimentés – psychologues, travailleurs sociaux cliniciens et psychiatres – pour apprendre à diagnostiquer et traiter les TSPT. Le quatrième pilier consiste à communiquer aux autorités, politiques et administratives, les informations dont elles peuvent avoir besoin.

Qui s’occupe de la clinique depuis son ouverture, le 1er janvier ?

C’est le Dr. Ofir Levi, qui a servi dans l’armée israélienne pendant 25 ans dont une dizaine en tant que commandant de l’unité des TSPT, qui dirige la clinique. Nous avons les meilleurs cliniciens du pays, et Ofir est un d’entre eux. Les personnes que nous avons recrutées ont de 15 à 42 ans d’expérience dans le traitement des TSPT. Nous avons des psychologues cliniciens, des travailleurs sociaux cliniciens et un psychiatre. Nous avons également avec nous, à titre bénévole, 10 professeurs cliniciens de l’université de Tel Aviv avec une expérience très intéressante. Nous avons également trois stagiaires en psychologie clinique à un stade avancé de leur formation, qui nous aident à accueillir les patients. Notre équipe se compose pour l’heure de 33 personnes au total.

Le Dr. Ofir Levi, chef de service des TSPT au Centre national sur le stress traumatique et la résilience de l’Université de Tel Aviv, sur une photo non datée. (Autorisation de l’Université de Tel Aviv)

Combien de personnes avez-vous pu traiter jusqu’à présent ?

N’oubliez pas que nous ne sommes ouverts que depuis un peu plus d’un mois. Nous avons reçu 400 appels et commencé à traiter une cinquantaine de patients.

Récemment, nous avons commencé à accepter des patients adressés par le ministère de la Défense. Ils vont nous transmettre leur très longue liste d’attente.

Jusqu’à présent, 50 % des cas qui nous sont adressés ou des appels spontanés sont le fait de réservistes de Tsahal. Les autres sont des civils : des habitants des environs de Gaza réinstallés à Tel Aviv et des rescapés du festival de musique Supernova. Nous avons aussi des patients sans lien direct avec Gaza ou le 7 octobre, comme des victimes de viol ou d’accidents de la route.

Nous pensons pouvoir prendre en charge 10 % de la charge nationale, ce qui correspond à 3 000 patients atteints de TSPT ces deux prochaines années.

Comment les gens paieront-ils le traitement ?

Pour les vétérans de Tsahal, c’est le ministère de la Défense qui paiera. Pour d’autres, ce sera l’assurance nationale. Nous recueillons également des fonds pour faire en sorte que certains traitements soient subventionnés pour les patients qui ne relèvent pas de l’une de ces deux catégories ou qui n’en font pas la demande.

Lors d’une réunion d’urgence à la Knesset, à Jérusalem, le 8 août 2023, un ex-soldat de Tsahal souffrant du syndrome de stress post-traumatique exprime sa colère et sa frustration face au manque de services de santé mentale. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

D’un point de vue médical et clinique, quel est l’intérêt d’améliorer le traitement des TSPT ?

De manière générale, on peut dire que le traitement des TSPT est à la traîne par rapport à celui d’autres troubles psychologiques, comme les troubles anxieux ou la dépression, pour lesquels traitement psychologique et médication permettent de soulager 70 % des patients. S’agissant des TSPT, les médicaments ne sont actuellement pas efficaces, et les traitements psychologiques ne sont utiles que dans 40 % des cas – au mieux.

Le fossé est évident et notre centre entend le combler d’ici 10 ans grâce aux brillants cerveaux, non seulement de l’université de Tel Aviv, mais aussi de tout le pays.

Alors, quelles sont les meilleurs pratiques et protocoles à la disposition des cliniciens, à l’heure actuelle ?

Nous sommes guidés par ce qui a fait scientifiquement la preuve de son efficacité. Le traitement de première intention est la thérapie cognitivo-comportementale axée sur les traumatismes. Si cela ne suffit pas et que nous pensons pouvoir passer à un autre traitement, alors nous tentons la thérapie de groupe, voire la thérapie psychodynamique. Mais le but n’est pas de garder les patients au long terme. Tous nos traitements sont limités dans le temps. Nous n’avons pas de traitement qui dure cinq ans. Cela peut prendre un an et demi de passer en revue tous les protocoles possibles, mais notre objectif est d’être efficace avec le traitement de première intention.

Le professeur Yair Bar-Haim, directeur du Centre national sur le stress post-traumatique et la résilience de l’Université de Tel Aviv, avec un patient de la clinique nationale des TSPT de ce centre, en janvier 2024. (Autorisation de l’Université de Tel Aviv)

Depuis le 7 octobre, de nombreuses initiatives de santé mentale ont vu le jour, dont certaines pour le traitement des TSPT. Avez-vous des inquiétudes à ce sujet ?

Notre clinique n’est qu’une des manières de répondre à ce qui est un énorme besoin. Il sera impossible de faire, seuls, face à la demande. Je me réjouis de toutes les initiatives sérieuses, mais beaucoup me semblent douteuses. Un grand nombre d’entre elles ne permettront pas de traiter sérieusement les TSPT. Il faut une longue expérience en matière de traitement. Là où vous faites du yoga ou une autre discipline, c’est bien beau, mais cela n’a rien à voir avec un traitement.

Combien de temps pourraient durer les TSPT nés de cette guerre ?

Je pense que le problème auquel nous sommes confrontés va durer des dizaines d’années, au moins trente ans je dirais. Certaines victimes seront affectées durant des dizaines d’années, d’autres iront mieux pendant quelques années, puis leur TSPT réapparaîtra. Il faudra tous les prendre en charge. Il s’agit d’un problème grave qui ne sera pas résolu immédiatement. Il faut nous préparer à un vrai marathon.

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