70 ans après, la secrétaire de Goebbels se confie dans un nouveau film
Rechercher

70 ans après, la secrétaire de Goebbels se confie dans un nouveau film

"Nous ne savions rien" des horreurs, dit Brunhilde Pomsel, 105 ans, l'assistante personnelle du chef de la propagande nazie

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Brunhilde Pomsel, l'anciennne secrétaire personnelle du ministre nazi de la propagande Joseph Goebbels, dans un film sur sa vie, 'Une vie allemande'. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Brunhilde Pomsel, l'anciennne secrétaire personnelle du ministre nazi de la propagande Joseph Goebbels, dans un film sur sa vie, 'Une vie allemande'. (Crédit : capture d'écran YouTube)

L’ancienne secrétaire personnelle de Joseph Goebbels, l’un des derniers témoins vivants des rouages ​​de la machine nazie, a rompu son quasi-silence de plus de 70 ans, en racontant l’histoire de son expérience de travail pour le principal chef de la propagande d’Hitler dans un nouveau film sur sa vie.

«Une vie allemande, » compilé à partir de plus de 30 heures de conversations avec Brunhilde Pomsel, âgée de 105 ans, a d’abord été présenté au Festival du Film de Munich le mois dernier.

Le film la montre parler franchement, et parfois froidement, de ses relations avec Goebbels, Hitler et d’autres personnalités du régime nazi, de son rôle comme assistante personnelle du ministre de la Propagande, et des derniers jours sombres qu’elle a passés dans l’infâme bunker du Führer.

Parlant cette semaine dans le journal The Guardian, dans l’une des seules interviews qu’elle a acceptée de donner, Pomsel a expliqué pourquoi elle a décidé de raconter maintenant son histoire, après des décennies de silence.

« Dans le peu de temps qui me reste – et j’espère que ce sera des mois plutôt que des années – je me cramponne juste à l’espoir que le monde ne se chamboulera pas comme il l’avait fait alors, bien qu’il y ait eu des développements horribles, n’est-ce pas ? Je suis soulagée par le fait que je n’ai jamais eu des enfants pour lesquels je doive m’inquiéter », at-elle dit.

« Ce n’est absolument pas pour laver ma conscience », a-t-elle ajouté.

Pomsel a exprimé un certain sentiment de culpabilité, mais a été impénitente sur les décisions qui l’ont amenée au centre même du régime nazi.

« Tous ces gens de nos jours qui disent qu’ils auraient résisté aux nazis – je crois qu’ils sont sincères en le disant mais croyez-moi, la plupart d’entre eux ne l’auraient pas fait, » dit-elle.

« Le pays tout entier était comme sous une sorte de charme … Je pourrais me défendre des accusations en disant que je n’étais pas intéressée par la politique, mais la vérité est que l’idéalisme de la jeunesse aurait pu facilement vous conduire à avoir votre cou brisé. »

Pomsel décrit avec lyrisme les conditions de travail avec son ancien patron quand elle a commencé à travailler pour lui en 1942, longtemps avant qu’elle n’ait partagé ses derniers jours dans l’abri souterrain anti-aérien à Berlin.

Joseph Goebbels avec ses filles, Hilde (au centre) et Helga (à droite), lors de la célébration de Noël à Berlin en 1937 (Crédit :  Archives fédérales allemandes via JTA)
Joseph Goebbels avec ses filles, Hilde (au centre) et Helga (à droite), lors de la célébration de Noël à Berlin en 1937 (Crédit : Archives fédérales allemandes via JTA)

« Nous savions toujours une fois qu’il était arrivé, mais nous ne le voyons normalement pas jusqu’à ce qu’il quitte son bureau, passant par une porte qui conduisait directement à notre pièce, nous pouvions donc lui poser toutes les questions que nous avions, ou lui faire savoir qui avait appelé », dit-elle. « Parfois, ses enfants venaient lui rendre visite et étaient si excités de rendre visite à Papa à son travail. Ils venaient avec une belle Airedale familiale. Ils étaient très polis et nous faisaient une révérence et nous serraient la main. »

Trois ans plus tard, quand Berlin a été envahie par les troupes de l’armée soviétique en mai 1945, Goebbels et sa femme ont tué leurs six enfants avec du cyanure avant de se tuer. Ce fut un jour après le suicide de Hitler.

Pomsel, qui a été capturée peu après par les troupes soviétiques et qui a passé cinq ans dans une prison soviétique, a dit qu’elle avait été « abasourdie » quand on lui a appris la nouvelle.

Comme secrétaire de Goebbels, la tâche de Pomsel incluait « le maquillage vers le bas des statistiques des soldats tombés au combat, et le gonflement du nombre de viols de femmes allemandes par l’Armée rouge», selon le Guardian. Elle soutient cependant que, malgré sa proximité avec Goebbels lui-même considéré comme l’un des plus proches confidents de Hitler, elle n’a pas été au courant des horreurs perpétrées par ses patrons.

« Je sais que personne ne nous croit jamais de nos jours – tout le monde pense que nous savions tout, » dit-elle.

« Nous ne savions rien, tout avait été gardé secret. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...