81 Israéliens auraient été réinfectés par le virus – ministère de la Santé
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81 Israéliens auraient été réinfectés par le virus – ministère de la Santé

Cette reconnaissance survient alors que des premiers cas confirmés de réinfection ont été documentés dans des journaux spécialisés, un expert recommande "de ne pas s'inquiéter"

Photo d'illustration : Le nouvel hôpital souterrain du centre médical Rambam de Haïfa. (Autorisation : Centre médical Rambam)
Photo d'illustration : Le nouvel hôpital souterrain du centre médical Rambam de Haïfa. (Autorisation : Centre médical Rambam)

Les médecins israéliens enquêtent actuellement sur 81 cas de malades atteints par la COVID-19 qui semblaient avoir guéri et qui auraient été réinfectés par le coronavirus.

Une porte-parole du ministère de la Santé a indiqué au Times of Israel que ce chiffre – qui a d’abord été rendu public par la radio militaire – était exact, même si elle n’a donné aucun autre détail. Ces cas sont encore en cours d’examen et les responsables estiment que le nombre confirmé de réinfections pourrait être revu à la baisse.

Israël serait le premier pays, dans le monde, à confirmer la mise en place d’une enquête d’une telle ampleur sur d’éventuelles réinfections.

Cette révélation survient alors qu’un cas particulier de réinfection a été, pour la toute première fois, documenté dans des recherches médicales officielles.

« Quand elle a été testée positive, je n’y ai tout d’abord pas cru », déclare au Times of Israël la médecin du patient, Vered Nachmias. Elle ajoute qu’elle se demande si les cas de réinfection ne seraient pas plus communs que ne le suppose pour le moment la communauté médicale et scientifique.

Les scientifiques estiment actuellement qu’une vingtaine de personnes, dans le monde ont été officiellement réinfectées par le coronavirus, et le journal britannique spécialisé Lancet a, pour sa part, estimé ce chiffre à cinq dans son dernier article sur le sujet.

L’article du Lancet, qui a été publié lundi, place la question de la réinfection au SARS-CoV-2 à l’ordre du jour mondial en évoquant un premier cas confirmé aux Etats-Unis.

Puis, mardi, les autorités néerlandaises ont fait part de ce qui serait le premier décès des suites d’une réinfection. La défunte était une femme immunodéprimée, âgée de 89 ans, qui avait été une première fois testée positive, qui avait guéri, avant de retomber malade 59 jours plus tard et avant d’être, une fois encore, dépistée positive à la maladie.

Elle n’avait pas eu de tests négatifs dans l’intervalle, mais les chercheurs auraient déclaré que l’information génétique du virus retrouvée dans les tests avait été différente – ce qui laisse supposer un cas de réinfection et non une maladie prolongée et unique.

Un membre du personnel médical du centre médical Shaare Zedek de Jérusalem en équipement de protection effectue un prélèvement sur une femme pour un test de coronavirus (COVID-19), devant l’unité coronavirus de l’hôpital de Jérusalem le 14 septembre 2020. (Nati Shohat / Flash90)

Depuis le début de la pandémie, les médecins se demandent si l’infection confère ou non une immunité contre le coronavirus et, si tel est le cas, combien de temps durera cette immunité. Ils se sont également interrogés sur la possibilité que cette dernière puisse être sapée par les petites mutations qui apparaissent dans le virus – ce qui pourrait poser des difficultés dans la mise au point d’un vaccin efficace.

Dans le cas du malade américain évoqué par le Lancet, le patient était un jeune homme de 25 ans, originaire du Nevada, sans pathologie immunitaire connue. De nombreux professionnels de la médecine avaient présumé qu’en cas de réinfection, un malade ne présenterait que des symptômes modérés.

Ce qui s’est avéré exact dans le cas du patient israélien qui avait montré des symptômes modérés la première fois et qui, lorsqu’il a été à nouveau infecté, a eu une version asymptomatique de la maladie, souffrant toutefois d’une fréquence cardiaque élevée. Mais le Lancet a noté que dans le cas du patient américain, « l’inquiétude est née du fait que la réinfection à SARS-CoV-2 a résulté en une forme plus grave de la maladie – qui a nécessité un soutien en oxygène et une hospitalisation – que cela n’avait été le cas lors de la première contamination ».

Vered Nachmias, médecin à la caisse Laumit (Autorisation : Vered Nachnias)

Le cas israélien confirmé a été étudié, revu par des pairs et publié par Nachmias et ses collègues de la caisse médicale Leumit dans le journal IDCases.

Dans l’article, l’équipe évoque l’histoire d’une jeune femme, âgée de 20 ans, originaire de Bnei Brak, en bonne santé avant sa contamination à la COVID-19. Elle avait été diagnostiquée le 17 avril et testée négative en date du 1er et du 10 mai.

Les médecins écrivent que « pendant la première semaine du mois d’août 2020, après trois mois sans problème de santé, certains des membres de sa famille ont présenté des symptômes du coronavirus et les résultats de leurs tests de dépistage révélés être positifs ».

La jeune femme est alors allée se faire dépister le 6 août et le 11 août. Elle a été testée positive à ces deux reprises.

Du personnel médical travaille au service d’isolement COVID-19 du centre médical israélien Barzilai dans la ville méridionale d’Ashkelon le 22 septembre 2020. (GIL COHEN-MAGEN / AFP)

Alors qu’il lui était demandé si elle est sûre de ce diagnostic de réinfection, Nachmias déclare au Times of Israël : « Il n’y a pas l’ombre d’un doute, il y a assurément eu réinfection. Nous avons effectué les premiers tests qui ont révélé qu’elle était bien porteuse de la maladie au niveau clinique, puis elle a été clairement négative et, ensuite, réinfectée ».

Elle ajoute que lors de la seconde infection, une analyse de sang avait révélé qu’elle présentait des anticorps. La majorité des malades ne développant pas d’anticorps si tôt après l’infection, Nachmias explique qu’ils dataient, en fait, de la première infection – une preuve supplémentaire de la contamination au coronavirus de la patiente au mois d’avril.

Nachmias note qu’elle n’a aucune explication concernant l’origine de cette réinfection, mais elle évoque sa crainte d’un virus changeant qui saperait l’immunité.

« Je m’inquiète d’une mutation », a-t-elle dit. « Peut-être y a-t-il eu une mutation et que ce n’était pas exactement le même virus ».

Cyrille Cohen. (Autorisation)

Cyrille Cohen, immunologue à l’université Bar Ilan, estime que cette théorie de mutation du virus est improbable. Il pense que malgré la révélation des 81 cas de réinfection au sein de l’Etat juif et la présentation officielle de plusieurs exemples de réinfection dans le monde, ces cas restent tellement rares qu’ils reflètent ces exceptions qui prouvent justement la règle de l’immunité.

« C’est un fait, c’est indéniable, que nous voyons l’immunité se mettre en place », explique-t-il. « Si ce n’était pas le cas, et qu’il n’y avait pas, en général, d’immunité à l’issue de l’infection, alors nous verrions beaucoup de gens contracter le coronavirus, puis le contracter à nouveau ».

Il ajoute que le SARS-CoV-2 semble résulter en une immunité – avec quelques rares exceptions – ce qui n’est pas inhabituel dans la famille des coronavirus.

« Une immunité à 100 %, ça n’existe pas, et la réinfection reste généralement possible », commente Cohen.

Pour sa part, Nachmias craint que les cas de réinfection soient sous-diagnostiqués par les médecins qui ne font pas dépister leurs patients une nouvelle fois s’ils présentent des symptômes à nouveau en partant du principe que ces derniers ont développé une immunité.

« Je pense que ce n’est pas si rare et que cela pourrait être sous-diagnostiqué, avec des médecins qui diraient aux patients qu’il n’est pas nécessaire qu’ils se fassent dépister pour le coronavirus parce qu’ils ont déjà contracté une première fois la maladie », indique-t-elle.

Le professeur Mordechai Gerlic de l’université de Tel Aviv a expliqué pour sa part au Times of Israël qu’il soupçonne des erreurs dans certains diagnostics de réinfection, avec des résultats de test erronés ou des patients qui n’auraient jamais vraiment guéri de leur première contamination.

Ces cas confirmés ne doivent pas entraîner la panique, dit-il. « Dans tous les systèmes biologiques, il y a des exceptions, et les statistiques prouvent qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter ».

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