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Analyse

À 100 jours des élections, les électeurs de la droite « douce » sont courtisés

Avec l'effondrement potentiel de Yamina, le Likud et l'alliance Kakhol lavan - Tikva Hadasha se disputent les Israéliens de droite encore très indécis

Carrie Keller-Lynn

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Publicité de campagne du Likud : "Lapid-Gantz n'ont pas de gouvernement sans les Frères musulmans / Au final, vous votez pour Mansour Abbas", le 24 juillet 2022. (Crédit : Capture d'écran de Twitter)
Publicité de campagne du Likud : "Lapid-Gantz n'ont pas de gouvernement sans les Frères musulmans / Au final, vous votez pour Mansour Abbas", le 24 juillet 2022. (Crédit : Capture d'écran de Twitter)

À exactement 100 jours des élections du 1er novembre en Israël, deux formations rivales se disputent les votes de la droite dite « douce » en concentrant leurs efforts sur des sujets brûlants, notamment l’érosion de la démocratie et l’influence des politiciens arabes sur la coalition.

Le Likud et son leader depuis deux décennies, Benjamin Netanyahu, tentent de ramener au pouvoir le plus grand parti d’Israël et ses alliés du bloc religieux de droite en faisant valoir qu’aucune autre alternative ne parviendrait à former une coalition, surtout sans les partis arabes.

De son côté, l’alliance Kakhol lavan – Tikva Hadasha – créé après que le ministre de la Défense Benny Gantz et le ministre de la Justice Gideon Saar ont uni leurs forces – s’efforce de rappeler aux électeurs pourquoi il faut empêcher Netanyahu de reprendre le pouvoir, en créant une bande sonore des déclarations anti-démocratiques des législateurs du Likud.

En l’absence de changements fondamentaux dans le paysage politique, les prochaines élections risquent de se jouer à seulement quelques mandats, voire de déboucher sur une nouvelle impasse politique, où ni le bloc allié à la coalition ni le bloc d’opposition religieux de droite ne seront en mesure d’atteindre 61 sièges pour former un gouvernement, ce qui engendrerait  de nouvelles élections.

Historiquement, le parti arabe majoritaire de la Liste arabe unie s’abstient idéologiquement de se joindre aux gouvernements israéliens, et de nombreux partis sionistes trouveraient, de toutes les façons, un partenariat avec la Liste arabe unie problématique – ce qui priverait la coalition d’un grand nombre de voix.

L’élection devrait être déterminée par les votes arabes et ceux provenant de la droite « douce », deux groupes clés qui ont le pouvoir de remodeler les blocs de pouvoir. La participation des électeurs arabes aux prochaines élections devrait être faible, ce qui pourrait encore réduire la base électorale.

Le leader de l’opposition, l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu, arrive pour témoigner devant la commission d’enquête sur la catastrophe de Meron, à Jérusalem, le 21 juillet 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Yamina, l’un des foyers des votes de la droite traditionnellement « douce » se situe actuellement sous le seuil électoral, après une année tumultueuse au cours de laquelle le parti a fait des compromis sur les promesses fondamentales dans le but de rejoindre – et de diriger – la coalition.

La droite « douce » – qui a trouvé refuge lors des dernières élections parmi les partis Yamina, Kakhol lavan et Tikva Hadasha de la coalition – constitue un pool d’électeurs mal défini mais désormais très courtisé. En général, ces électeurs ont des valeurs de droite et sont soit laïques, soit libéralement religieux, mais ils ont été contrariés par la capitulation de la coalition face au parti islamiste Raam.

Beaucoup de ces électeurs sont également en conflit avec Netanyahu, qui est une figure polarisante et qui fait, par ailleurs, l’objet de trois procès pour corruption.

Le Likud, spécialisé dans sa marque unique de simplicité narrative, a suggéré dans une publicité de campagne publiée dimanche que ses rivaux ne pourront former un gouvernement sans le soutien des partis arabes.

« Si vous votez pour [le leader de Yesh Atid, Yair] Lapid, ou Gantz, ou Lapid-Gantz, au final, vous votez pour [le leader de Raam] Mansour Abbas », proclame la voix off, sur fond de musique de fête foraine.

L’annonce fait valoir que sans Raam, ni l’actuel Premier ministre ni l’actuel ministre de la Défense n’auraient le nombre de sièges nécessaire pour former un gouvernement.

« Lapid et Gantz n’ont pas de gouvernement sans les Frères musulmans », affirme la voix off, répétant un leitmotiv qui associe Raam et son organisation faîtière, la branche sud du mouvement islamique, à des racines idéologiques liées aux Frères musulmans.

Le Likud n’aura toutefois gain de cause que s’il parvient à attirer dans son camp les votes de la droite « douce ». Si un nombre significatif de ces électeurs reste dans le « bloc du changement » soutenu par le gouvernement, ce dernier pourra former un gouvernement sans s’appuyer sur Raam.

Gideon Saar, à gauche, et Benny Gantz lors d’une cérémonie de nomination du ministre de la Justice, le 14 juin 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90/Dossier)

Les sondages israéliens, notoirement peu fiables mais politiquement influents, placent le bloc du changement juste en dessous de 60 sièges, Yamina n’atteignant pas le seuil pour entrer à la Knesset. Si le bloc parvient à courtiser les sièges de Yamina à sa manière, il pourrait atteindre 61 sièges d’ici novembre.

La faction combinée Gantz-Saar, quant à elle, fait valoir ses arguments en s’appuyant sur le croque-mitaine antidémocratique que représente le Likud. Dans une vidéo pleine de déclarations de législateurs du Likud sur l’arrêt du procès en cours de Netanyahu, sur le fait de briser les os des politiciens de gauche et sur la politisation du procureur général, la nouvelle alliance affirme que les électeurs « ne peuvent pas laisser » Netanyahu « revenir ».

Tard dans la nuit de dimanche à lundi, la pression juridique exercée par Miri Regev, membre du Likud, qui commence la vidéo de l’alliance Kakhol lavan – Tikva Hadasha par des commentaires sur le procès pour corruption de Netanyahu, a contraint le Likud à rééditer la vidéo et à y inclure la vidéo complète dont ses commentaires ont été extraits.

Le stratège de campagne indépendant Moshe Klughaft – un agent politique controversé qui a travaillé avec un certain nombre de partis politiques israéliens – a suggéré dimanche que les déclarations fortes faites pendant la campagne pourraient potentiellement être retournées contre le Likud par ses adversaires.

En fin de compte, aucun des deux blocs n’a jusqu’à présent présenté aux électeurs de réelle vision de ce qu’ils feraient une fois au pouvoir, définissant plutôt leur campagne sur « comment empêcher l’autre camp de détenir le pouvoir ».

En revanche, le parti travailliste a adopté une autre approche dans sa campagne publicitaire, qui a été publiée dimanche, promettant de « travailler réellement au nom des citoyens ». Sa cheffe, Merav Michaeli, a un objectif différent : étendre l’influence du parti au sein du centre-gauche, et non concourir pour le poste de Premier ministre.

Le parti Yesh Atid de Lapid n’a pas encore publié de vidéo de campagne, mais le Premier ministre a essayé de se distancer de l’idée qu’il ne pourrait former un gouvernement qu’avec la Liste commune en faisant des déclarations ambiguës sur le fait de ne pas s’associer avec des « extrémistes ».

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