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À la fin de son mandat, Menachem Begin souffrait de dépression et de troubles mentaux

D’après un biographe, les signes de troubles étaient "évidents", après la mort de son épouse et alors que le Premier ministre faisait face aux retombées de la guerre du Liban

Menachem Begin, alors premier ministre, lors d'un débat à la Knesset le 20 mars 1979. (Crédit : Max Nash/AP)
Menachem Begin, alors premier ministre, lors d'un débat à la Knesset le 20 mars 1979. (Crédit : Max Nash/AP)

Dans les dernières semaines de son mandat de Premier ministre, Menachem Begin aurait laissé ses principaux conseillers prendre certaines décisions cruciales alors qu’il souffrait d’une grave dépression à la suite du décès de sa femme et des retombées de la première guerre du Liban, selon des conseillers dans un reportage télévisé.

Le biographe de Begin, son secrétaire de cabinet Dan Meridor et le secrétaire militaire Azriel Nevo ont fait ces révélations à la Douzième chaîne. Dans le reportage, ils dépeignent l’ancien leader du Likud comme un homme renfermé sur lui-même, vers la fin de son mandat. Begin a démissionné en octobre 1983.

Selon la journaliste et photographe Anat Saragusti, « nous avons été témoin de son déclin. Il sautait aux yeux de quiconque l’observait et le suivait un peu. Il a commencé à s’éteindre et à se retirer ».

Saragusti mentionne dans le reportage une photo qu’elle a prise de Begin sur laquelle on le voit lutter physiquement pour quitter un podium après avoir assisté à un événement, et qui a été diffusée pour accompagner un article intitulé : « Menachem Begin quitte la scène ». Elle a ajouté que ce titre avait un « double sens ».

Begin a conduit son parti, le Likud, à une victoire éclatante lors des élections de 1977, mettant fin à près de 30 ans de règne du parti Avoda et de ses prédécesseurs. Pendant son mandat, Begin a signé les accords historiques de Camp David avec l’Égypte en 1978, mettant fin à 30 ans de guerre avec le voisin d’Israël. Cette année-là, il a reçu le prix Nobel de la paix conjointement avec le président égyptien, Anouar el-Sadate, pour ses efforts.

Le Premier ministre issu du Likud a également ordonné une frappe aérienne audacieuse qui a détruit le réacteur nucléaire irakien d’Osirak en 1981, craignant que le régime de Saddam Hussein ne cherche à utiliser ce réacteur pour fabriquer une bombe atomique.

Le Premier ministre Menachem Begin (à droite) et le président égyptien Anwar Sadat au King David Hotel, le 9 novembre 1977. (Crédit : Yaakov Saar/GPO archive)

D’après le journaliste Shimon Shiffer du quotidien Yedioth Ahronoth, Begin était déjà malade au début de son mandat à la tête du pays.

« Begin est arrivé au gouvernement malade. Un homme souffrant de problèmes cardiaques. Un homme, j’ose le dire, avec certains problèmes mentaux », a précisé Shiffer.

La popularité de Begin a commencé à décliner alors que l’inflation atteignait des niveaux stupéfiants, et que le gouvernement lançait la première guerre du Liban en 1982 en réponse aux attaques meurtrières répétées de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et d’autres groupes terroristes basés dans le sud du Liban. L’armée israélienne est entrée dans le pays pour les en chasser, sous la direction de Begin et d’Ariel Sharon, alors ministre de la Défense.

La guerre a duré plus longtemps que prévu et a outrepassé ses objectifs initiaux, à savoir la création d’une zone tampon de 40 kilomètres entre les terroristes et le nord d’Israël. Des centaines de soldats des Tsahal ont été tués, ce qui a entrainé un mouvement de protestation massif contre l’opération. Pendant la guerre, des manifestants ont installé devant la résidence du Premier ministre un tableau indiquant le nombre de soldats tués par jour.

Azriel Nevo, secrétaire militaire de Begin à l’époque, se souvient d’un jour où, alors qu’il était en train de partager des informations sur la guerre au Premier ministre, Simha Erlich, vice-Premier ministre, lui a dit : « Azriel, tu es en train de tuer Menachem. Les messages que vous lui envoyez quotidiennement sont en train de le tuer ».

Azriel Nevo, secrétaire militaire de l’ancien premier ministre Menachem Begin, lors d’une interview le 15 avril 2023. (Crédit : Capture d’écran de la Douzième chaîne, utilisée conformément à la clause 27a de la loi sur les droits d’auteur)

Nevo explique qu’il évitait de réveiller Begin au milieu de la nuit pour lui transmettre des informations et se souvient qu’un matin, alors qu’il l’appelait pour lui communiquer les dernières nouvelles, il a découvert que Sharon l’avait déjà mis au courant de la situation.

« Donc, il était clair que le ministre de la Défense, lui, n’avait pas pitié de lui la nuit », indique Nevo, ajoutant qu’il se rangeait à l’avis de ceux qui pensent que Sharon le réveillait intentionnellement à des heures très matinales. « Le Premier ministre nous rejoignait le matin, épuisé », a-t-il ajouté.

« La guerre a miné sa santé mentale, elle l’a plongé dans une terrible dépression », note Shiffer.

Selon le psychologue Ofer Grosbard, qui a écrit une biographie sur Begin articulée autour de son état mental, les « signes de dépression ont commencé à être manifestes » durant la dernière année de son mandat. Son entourage avait remarqué qu’il se prenait souvent la tête dans les mains, et refusait de la soulever.

Il précise que les signes indiquant qu’il souffrait de troubles mentaux remontaient à la guerre d’indépendance, lorsque l’armée israélienne a coulé le navire Altalena en juin 1948.

Ce navire transportait une importante cargaison d’armes destinées à l’Irgoun, la milice de Begin pendant la guerre. Le nouveau gouvernement de David Ben Gurion, en désaccord avec Begin, avait alors exigé que le navire et sa cargaison soient remis à l’armée israélienne nouvellement formée.

L’Altalena est en flammes après avoir été la cible d’un tir de canon, au large de Tel Aviv, le 22 juin 1948. (Crédit : GPO)

Une confrontation a éclaté alors que le navire atteignait la côte. Elle s’est soldée par une fusillade entre les membres de l’Irgoun à bord et les soldats de Tsahal sur le rivage, qui ont reçu l’ordre de détruire le navire. Le navire a été incendié par les tirs de canons des troupes présentes sur la côte, sous le commandement du jeune Yitzhak Rabin, qui deviendra plus tard chef d’état-major général de Tsahal et Premier ministre.

Seize membres de l’Irgoun et trois soldats de Tsahal sont morts, et la cargaison du navire a été perdue.

« De nombreux témoignages rapportent que l’Altalena l’a rendu dépressif et qu’il a eu du mal à sortir de cette dépression », confie Grosbard, suite à quoi, Begin perd du poids et c’est là qu’il commence à se déconnecter de ses proches.

Des employés de la Croix-Rouge examinent un corps recouvert d’une couverture, peu après que les bulldozers ont commencé à nettoyer la zone dans le camp de réfugiés libanais de Sabra, le 20 septembre 1982. (Crédit : Nash/AP)

Une série d’événements bouleversants qui ont eu lieu entre 1982 et 1983 ont accentué le déclin de Begin.

En septembre 1982, trois mois après l’invasion du Liban par Israël, une milice chrétienne entre dans le camp de réfugiés de Sabra et Chatila à Beyrouth, pour y massacrer 3 500 personnes, principalement des Palestiniens et des Libanais de confession musulmane chiite, sans intervention des soldats de Tsahal.

Dix jours après le massacre, le gouvernement a nommé une commission d’enquête composée du président de la Cour suprême, Yitzhak Kahan, du juge Aharon Barak et du général Yona Efrat. Après quatre mois d’enquête, la commission conclut que la décision de laisser entrer [les milices] dans le camp « a été prise sans prendre en considération le danger que les responsables auraient dû prévoir comme étant fort probable ».

Le manquement à l’obligation de protéger la population civile de Beyrouth, qui était passée sous contrôle israélien, équivalait à un « manquement au devoir qui incombait au ministre de la Défense ». La commission a recommandé le renvoi de Sharon. Après quelques réticences, ce dernier a démissionné de son poste de ministre de la Défense, mais est resté au cabinet.

A cela s’est ajouté le décès, en novembre 1982, d’Aliza, l’épouse de Begin, alors que le Premier ministre était en visite à Washington.

« Tous ceux qui étaient présents ont assisté à la plus grande tragédie de sa vie. Jusqu’à son dernier jour, il ne s’est jamais pardonné de ne pas avoir été à ses côtés à sa mort », a déclaré Shiffer.

Le Premier ministre israélien Menachem Begin, à gauche, et son épouse Aliza arrivent à l’aéroport JFK de New York, le 23 mars 1979. (Crédit : Ron Frehm/AP)

Nevo a déclaré que Begin « s’est renfermé sur lui-même » au moment où il a reçu la nouvelle tragique.

Le journaliste de radio Arieh Golan raconte une interview de Begin, qui, avant même sa démission, avait déjà cessé de parler aux journalistes.

Begin avait confié à Golan qu’il ne faisait plus de déclarations publiques parce que, parfois, les gens éprouvent des « angoisses humaines. »

Golan dit avoir pressé Begin au sujet des rumeurs concernant le fait qu’il prenait des pilules pour se remonter le moral, ce à quoi le Premier ministre de l’époque avait répondu :  « Quoi, quelles pilules ? Je prends des pilules normales, je souffre de problèmes cardiaques, je prends des pilules que n’importe quel juif prendrait ».

Begin aurait par la suite demandé à Golan de retirer cette séquence de l’interview, et l’entretien a été diffusé sans mention des médicaments qu’il prenait.

L’agenda de Begin s’était lui aussi vidé durant les derniers jours de son mandat à la tête de l’État, rappelle Nevo. Le secrétaire militaire confie qu’il aurait un jour suggéré d’écrire que son emploi du temps était « top secret – parce que le fait que le Premier ministre a un agenda vide est top secret ».

Deputy Prime Minister Dan Meridor (left) speaks with MK Benny Begin at the Prime Minister's Office in Jerusalem. (photo credit: Lior Mizrahi/Flash90)
Dan Meridor, l’assistant du Premier ministre, (à gauche) parle avec le député Benny Begin au Bureau du Premier ministre à Jérusalem. (Crédit photo: Lior Mizrahi/Flash90)

Selon Nevo, durant cette période, lui et Meridor ont assumé de nombreuses tâches incombant au Premier ministre.

« Il était moins actif, plus recueilli, même s’il était encore en pleine possession de ses moyens », raconte Meridor. « Il n’était pas déconnecté, mais il ne posait pas trop de questions. »

Nevo affirme avoir pris des décisions pour le Premier ministre pendant la dernière période de son mandat, et Shiffer confirme qu’à l’époque, le pays était en fait gouverné par le cabinet et les secrétaires militaires.

Le 28 août 1983, Begin annonçait au cabinet qu’il démissionnait de son poste, déclarant aux ministres : « Je ne peux plus continuer ».

Nevo déclare ne pas avoir été surpris par cette décision : « Je pense qu’il aurait dû le faire un peu plus tôt ». Meridor, lui, estime « qu’il aurait dû continuer. C’est un gâchis qu’il soit parti ».

Après sa démission, les apparitions publiques de Begin sont devenues rares. On ne le voit plus que lorsqu’il déposait des fleurs sur la tombe de sa femme, ou quand il rendait visite à son médecin. Il meurt à l’âge de 78 ans à Tel Aviv le 9 mars 1992.

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