A la Gay Pride de Jérusalem, le père de Shira Banki appelle à la tolérance
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A la Gay Pride de Jérusalem, le père de Shira Banki appelle à la tolérance

Un an après le meurtre de sa fille, Ori Banki prévient les 25 000 participants que “la radicalisation de toute sorte est une voie certaine vers la destruction”

Des juifs ultra-orthodoxes près de l'endroit où Shira Banki, 16 ans, a été tuée en juillet 2015 après avoir été attaquée par un extrémiste juif, Yishai Schlissel pendant la Gay Pride annuelle de Jérusalem, le 21 juillet 2015. (Crédit : AFP/Thomas Coex)
Des juifs ultra-orthodoxes près de l'endroit où Shira Banki, 16 ans, a été tuée en juillet 2015 après avoir été attaquée par un extrémiste juif, Yishai Schlissel pendant la Gay Pride annuelle de Jérusalem, le 21 juillet 2015. (Crédit : AFP/Thomas Coex)

Le meurtre de Shira Banki, 16 ans, pendant la Gay Pride 2015 de Jérusalem devrait servir de rappel des dangers de l’extrémisme, a déclaré jeudi le père de l’adolescente assassinée. Il s’exprimait à quelques pâtés de maisons de l’endroit où sa fille a été poignardée à mort par un extrémiste religieux pendant le défilé de l’année dernière.

Ori Banki a appelé les dizaines de milliers de participants de la 15e parade annuelle à se battre pour un Israël plus tolérant et plus modéré.

« La leçon que nous avons apprise du meurtre de Shira est que la modération est une vertu pour nous tous, et la radicalisation de toute sorte est une voie certaine vers la destruction, a-t-il déclaré à la foule. L’année dernière, notre fille a été tuée parce qu’elle pensait que chacun avait le droit de vivre sa vie sans avoir honte de qui il est. »

Shira Banki est morte de ses blessures après avoir été poignardée par un extrémiste religieux homophobe, Yishai Schlissel, pendant le défilé de l’année dernière dans la capitale. Six autres participants avaient été blessés par cette attaque au couteau.

Nir Barkat, le maire de Jérusalem, à droite, et les parents de Shira Banki, qui a été assassinée pendant la Gay Pride 2015 de Jérusalem, pendant une cérémonie mémorielle à Jérusalem, le 19 juillet 2016. (Crédit : Noam Feiner/Yerushalmim)
Nir Barkat, le maire de Jérusalem, à droite, et les parents de Shira Banki, qui a été assassinée pendant la Gay Pride 2015 de Jérusalem, pendant une cérémonie mémorielle à Jérusalem, le 19 juillet 2016. (Crédit : Noam Feiner/Yerushalmim)

Schlissel, qui purge une peine de prison à perpétuité pour le meurtre de Shira Banki, avait été libéré de prison quelques semaines avant son attaque de juillet 2015. Il avait été condamné pour un crime quasiment identique commis 10 ans auparavant. Jeudi, la police a annoncé que Schlissel avait été arrêté en prison et accusé de fomenter une nouvelle attaque avec son frère, Michael Schlissel, pendant la manifestation de cette année.

Les parents de Shira Banki avaient appelé le public à assister à la Gay Pride, qui était dédiée à sa mémoire, pour une démonstration de force contre la violence qui a tué leur fille.

Les organisateurs avaient demandé aux participants d’apporter des fleurs pour les déposer rue Keren Hayesod, à l’endroit où Shira Banki a été tuée.

Les participants déposent des fleurs à l'endroit où Shira Banki, 16 ans, a été poignardée à mort lors de la Gay Pride de l'année dernière, pendant la Gay Pride annuelle à Jérusalem, qui a compté plus de 25 000 participants, le 21 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Les participants déposent des fleurs à l’endroit où Shira Banki, 16 ans, a été poignardée à mort lors de la Gay Pride de l’année dernière, pendant la Gay Pride annuelle à Jérusalem, qui a compté plus de 25 000 participants, le 21 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

« Ne laissez pas la haine, l’ignorance et les préjugés vous consumez. Levez-vous et demandez votre droit à vivre dans une société tolérante et modérée », a déclaré Ori Banki jeudi.

Il a déclaré que sa famille avait été perturbée par la suggestion que « si la victime avait été un membre de la communauté, le meurtre serait devenu un problème communautaire interne et n’aurait pas touché la conscience du public dans son entier, une attitude de, ‘pour nous, hétérosexuels, cela ne serait jamais arrivé’. »

Shira Banki (Crédit : autorisation de la famille)
Shira Banki (Crédit : autorisation de la famille)

« Eh bien, c’est arrivé. Et dans ce cas, le couteau a été aveugle. Il a percé l’une des personnes présentes sans considérer son orientation sexuelle. Cela peut arriver à tout le monde », a-t-il déclaré.

Sur place, le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan, membre du Likud, le parti du chef du gouvernement Benjamin Netanyahu, a affirmé qu’il s’agissait « d’une marche de la tolérance pour exprimer notre solidarité ». Le chef de l’opposition travailliste Isaac Herzog était également présent.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rendu hommage jeudi à Shira Banki, dans une vidéo filmée pour le défilé, parlant d’une enfant « courageuse, talentueuse et aimée ».

« Shira a été assassinée pour avoir soutenu l’idée simple que nous sommes tous égaux. Le défilé d’aujourd’hui à Jérusalem n’est pas une marche uniquement pour la communauté LGBT. Ce n’est pas une marche pour un seul groupe… C’est une marche pour ‘nous’, pour ‘l’unité’… Nous sommes tous une seule famille, a-t-il déclaré. Nous marchons ensemble en mémoire de Shira, nous nous rappellerons d’elle avec amour et regret, nous ne laisserons pas les autres semer la discorde parmi nous. »

La marche de jeudi a attiré environ 25 000 participants, bien plus que les années précédentes. La manifestation était encadrée par une forte présence policière.

Le meurtre de Shira Banki avait déclenché une polémique sur l’inefficacité du dispositif de la police qui n’avait pas cru bon de surveiller Shlissel, libéré quelques semaines auparavant après avoir purgé une peine pour avoir blessé trois personnes lors de la Gay Pride en 2005.

Pour éviter tout nouveau drame, la police a pris cette année des mesures drastiques pour assurer la sécurité des milliers de participants, fermant les rues environnantes à la circulation et multipliant les contrôles.

Les policiers ont arrêté 30 personnes suspectées d’essayer de perturber l’évènement, a annoncé une porte-parole de la police. Deux d’entre elles étaient en possession de couteau, a déclaré Luba Samri dans un communiqué. « La police continuera à utiliser une main ferme et à présenter une tolérance zéro envers quiconque essaie de perturber le défiler d’une manière ou d’une autre », a-t-elle ajouté.

Yoram Halevi, chef de la police de Jérusalem, avait précédemment déclaré pendant une conférence de presse qu’il existait « une menace sérieuse contre les participants [de la Gay Pride de Jérusalem]. »

Le maire de JérusalemNir Barkat et me commandant de la police de district de Jérusalem Yoram Halevi déposent des gerbes de fleurs à l'endroit où Shira Banki a été assassinée, quelques heures avant le début de la parade de la Gay pride, le 21 juillet 2016 (Crédit : Arnan Busani)
Le maire de JérusalemNir Barkat et me commandant de la police de district de Jérusalem Yoram Halevi déposent des gerbes de fleurs à l’endroit où Shira Banki a été assassinée, quelques heures avant le début de la parade de la Gay pride, le 21 juillet 2016 (Crédit : Arnan Busani)

Au début de la marche, un « mariage » symbolique entre deux hommes a eu lieu. Chacun d’eux a cassé un verre avec son pied comme le prescrit la tradition juive lors des cérémonies de mariage pour se souvenir de la destruction du Temple de Jérusalem.

Quelques juifs ultra-orthodoxes reconnaissables à leur kippa noire ont participé à la marche. L’un d’eux, qui a requis l’anonymat, a expliqué qu’il entendait prouver que « Shlissel ne représente pas le judaïsme ultra-orthodoxe pour qui l’amour du prochain constitue le devoir fondamental. »

Une femme religieuse de 27 ans, Ariela Matar, a expliqué qu’elle souhaitait dénoncer les « propos hideux proférés par certains rabbins », qui ont contribué à faire monter la tension en tenant des propos homophobes.

Le colonel Eyal Karim, candidat désigné pour le poste de grand rabbin de l’armée, a ainsi suggéré que les homosexuels se fassent soigner car ce sont des personnes « malades et handicapées ». Un autre rabbin, Yigal Levinstein, a été banni des bases de l’armée, où il donnait des conférences, après avoir qualifié les homosexuels de « déviants ». Mais 300 rabbins ont exprimé leur solidarité avec lui.

L’AFP a contribué à cet article.

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