Abbas blâmé après la mort de 3 bébés de Gaza à qui il avait refusé des permis d’entrée en Israël
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Abbas blâmé après la mort de 3 bébés de Gaza à qui il avait refusé des permis d’entrée en Israël

Le ministère de la Santé de Gaza, enclave côtière dirigée par le Hamas, a annoncé que d'autres nouveaux-nés risquent de connaître le même destin funeste

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Un nouveau-né dans une couveuse en néonatalogie à l'hôpital Al-Shifa de Gaza Ville, le 23 avril 2017. (Crédit : Said Khatib/AFP)
Un nouveau-né dans une couveuse en néonatalogie à l'hôpital Al-Shifa de Gaza Ville, le 23 avril 2017. (Crédit : Said Khatib/AFP)

Trois nouveaux-nés sont décédés dans les hôpitaux de Gaza au cours des dernières vingt-quatre heures, a indiqué mardi le ministère de la Santé de l’enclave côtière dirigée par le Hamas, avertissant que d’autres bébés risquent de connaître le même destin funeste s’ils n’étaient pas autorisés à être soignés hors de la bande.

Le ministère a attribué la responsabilité de ces décès à l’Autorité palestinienne, affirmant que Ramallah a refusé d’octroyer des permis pour que les enfants puissent être pris en charge en Israël.

Pour quitter Gaza et se rendre en Israël afin d’y suivre un traitement médical, ou pour recevoir des soins en Cisjordanie ou à l’étranger, les habitants de Gaza doivent au préalable obtenir une confirmation de l’AP stipulant qu’elle s’engagera à payer les frais inhérents au traitement.

L’AP paie pratiquement toutes les prises en charge médicales des résidents de Gaza lorsqu’ils quittent la bande.

L’AP met actuellement en place une série de mesures strictes qui ont pour objectif d’obliger le Hamas à céder le contrôle de l’enclave côtière, notamment en réduisant la quantité d’électricité fournie, les salaires gouvernementaux et les aides médicales apportées à la bande.

Le vice-ministre de la Santé de Gaza, Yusuf Abu Rish, a annoncé les décès de Musab Bilal Araeer, Baraa Ghaben et Ibrahim Tbeil. Tous les trois n’avaient pas encore un an.

Ils souffraient de problèmes cardiovasculaires, selon le ministère de la Santé de Gaza.

Des photos de Ghaben sont apparues sur les réseaux sociaux palestiniens.

« Il y a un certain nombre de tous jeunes bébés qui risquent de connaître le même destin funeste dans les heures à venir à l’hôpital de Shifa, ainsi qu’à l’hôpital pédiatrique d’al-Nasr et à l’hôpital pédiatrique al-Rantissi », a déclaré Abu Rish.

Il a ajouté qu’au total, ce sont 11 Gazaouis qui sont morts au cours des derniers mois en raison de l’aide médicale non-versée par l’AP, dont cinq enfants.

Toutefois, le porte-parole du ministère Ashraf al-Qudra a pour sa part indiqué à d’autres médias d’information que cinq morts étaient imputables aux mesures de l’AP.

L’AP est accusée par l’association des Médecins pour les droits de l’Homme Israël (PHRI) d’avoir amputé l’aide médicale apportée à Gaza d’environ 90 %.

« Le comportement de Mahmoud Abbas, qui a cessé les orientations médicales nécessaires pour les malades de Gaza, et qui a mené au martyre d’un certain nombre d’enfants, constitue un crime contre l’humanité », a commenté Sami Abu Zurhi, porte-parole du Hamas, dans une déclaration sur Twitter.

« Nous appelons à un plus grand mouvement humanitaire pour sauver Gaza et arrêter le plan d’étranglement de Gaza mis au point par Abbas et Netanyahu », a-t-il ajouté, se référant au Premier ministre Benjamin Netanyahu.

L’AP a démenti avoir changé sa politique concernant les soins médicaux à Gaza.

Néanmoins, le ministère de la Santé de Gaza et des groupes internationaux des droits médicaux ont affirmé que l’AP avait réduit de manière significative l’aide envoyée à la bande ainsi que les transferts des patients.

Plus de 1 600 malades à Gaza sont actuellement en attente d’une orientation médicale de l’AP en date du 25 juin, selon l’organisation PHRI.

La porte-parole de PHRI Dana Moss a fait savoir qu’en 2016, le nombre moyen de requêtes mensuelles approuvées par l’AP s’élevait à 2041. Au mois de mai et au mois de juin 2017, a-t-elle indiqué, l’AP n’offrait plus que 10 orientations de transfert par jour, avec une moyenne de 120 demandes.

Les malades de Gaza, a-t-elle estimé, « sont pris en otages en raison d’une querelle politique interne ».

Jumana Daoud de Gaza porte sa petite fille Maryam de sept mois dans les bras alors qu'elles se rencontrent pour la première fois depuis la naissance prématurée de l'enfant à l'hôpital Makassed de Jérusalem Est, le 20 février 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)
Jumana Daoud de Gaza porte sa petite fille Maryam de sept mois dans les bras alors qu’elles se rencontrent pour la première fois depuis la naissance prématurée de l’enfant à l’hôpital Makassed de Jérusalem Est, le 20 février 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Moss a toutefois déclaré qu’Israël était partiellement responsable de cette crise à Gaza en raison des effets écrasants sur les infrastructures médicales de la bande de son blocus mis en place il y a dix ans.

Israël et l’Egypte maintiennent un blocus sur la bande qui, selon Jérusalem, est nécessaire pour empêcher l’entrée d’armes et de matériels qui pourraient être utilisés à des fins terroristes ou lors d’affrontements avec Israël. Les autorités frontalières autorisent les produits humanitaires et accordent également à certains habitants de Gaza l’autorisation d’entrer en Israël pour y recevoir des soins médicaux.

Selon Moss, en raison du blocus, les médecins de Gaza sont dorénavant dans l’incapacité de voyager à l’étranger pour y apprendre les interventions chirurgicales nécessaires. Elle a également ajouté qu’Israël empêche des équipements déterminants, comme des machines permettant de faire des radiothérapies pour les malades du cancer, d’entrer dans la bande, ce qui crée un contexte dans lequel un grand nombre de résidents de Gaza doivent voyager à l’étranger pour y recevoir un traitement.

« Israël est le pays qui détient le contrôle effectif de la bande de Gaza. L’état juif est responsable des malades et de leurs droits à des soins », a-t-elle dit.

Le Coordinateur des Activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), branche du ministère de la Défense chargée des affaires civiles israéliennes, a noté dans une déclaration faite au Times of Israel qu’Israël oeuvre en coulisses « pour promouvoir les politiques civiles afin de venir en aide aux résidents de Gaza ».

Ceci malgré le fait, a ajouté le COGAT, que le Hamas « tente continuellement de profiter des avancées civiles promues par Israël », notamment en abusant de l’octroi de permis donnés aux Gazaouis pour « transférer des fonds aux terroristes, des armes, donner des instructions et des renseignements pour commettre des attentats terroristes en Israël ».

Au mois d’avril, les services de sécurité du Shin Bet avaient annoncé avoir appréhendé deux soeurs, dont l’une atteinte d’un cancer, en train de tenter d’introduire des explosifs depuis Gaza en Israël, les faisant passer pour des médicaments.

Selon le COGAT, en 2016, 30 768 passages de la frontière ont été coordonnés depuis la bande de Gaza vers Israël pour raison médicale. En 2017, jusqu’à présent, ce sont 13 530 traversées similaires qui ont été enregistrées, dont 732 au mois de juin.

Toutefois, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a fait savoir qu’au cours des mois de mars et avril, plus de 42 % des permis d’entrée en Israël ont été reportés ou refusés.

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