Abbas rencontre le Hamas et le Jihad islamique, et rejette le plan américain
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Abbas "refuse de négocier sur la base du deal du siècle"

Abbas rencontre le Hamas et le Jihad islamique, et rejette le plan américain

Le chef de l’AP promet la fin des divisions interpalestiniennes, fustige les EAU, et se targue d’avoir bloqué l'annexion ; Haniyeh réitère que le Hamas n'acceptera pas Israël

Ce montage de photos prises le 3 septembre 2020 montre des représentants (de gauche à droite) de factions palestiniennes réunis à l'ambassade palestinienne à Beyrouth, la capitale du Liban, participant à une vidéoconférence avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (écran); tandis que leurs homologues de Ramallah en Cisjordanie écoutent le discours du chef du Hamas Ismail Haniyeh s'exprimer à Beyrouth lors de la même réunion. (ANWAR AMRO et Alaa BADARNEH / diverses sources / AFP)
Ce montage de photos prises le 3 septembre 2020 montre des représentants (de gauche à droite) de factions palestiniennes réunis à l'ambassade palestinienne à Beyrouth, la capitale du Liban, participant à une vidéoconférence avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (écran); tandis que leurs homologues de Ramallah en Cisjordanie écoutent le discours du chef du Hamas Ismail Haniyeh s'exprimer à Beyrouth lors de la même réunion. (ANWAR AMRO et Alaa BADARNEH / diverses sources / AFP)

Mahmoud Abbas, dirigeant de l’Autorité palestinienne, a organisé une réunion à Ramallah jeudi soir à laquelle participaient les dirigeants des groupes terroristes du Hamas et du Jihad islamique.

La réunion a porté sur les efforts de réconciliation entre Palestiniens et sur la décision des Émirats arabes unis de normaliser leurs relations avec Israël le mois dernier.

Des hauts responsables des 14 principales factions palestiniennes étaient réunis pour la première fois depuis près d’une décennie. Le chef du Hamas Ismail Haniyeh et le chef du Jihad islamique Ziyad al-Nakhalah se sont joints par vidéoconférence depuis Beyrouth.

« Nous travaillerons pour mettre un terme à nos divisions, parvenir à une réconciliation et organiser des élections législatives générales… Sachez que nous formons un seul peuple », a déclaré Abbas dans son discours d’ouverture de la réunion. L’Autorité palestinienne d’Abbas a déclaré qu’elle recherchait la coexistence avec Israël ; le Hamas et le Jihad islamique recherchent ouvertement la destruction d’Israël.

Abbas a appelé à la formation d’un « comité de suivi » ainsi qu’à « un dialogue national… pour créer les mécanismes qui mettront fin à la division ».

« Nous voulons que cela cesse », a-t-il dit, faisant référence au schisme entre les factions palestiniennes. « Assez. Nous sommes un seul peuple. »

L’Autorité palestinienne avait auparavant annoncé que les Palestiniens tiendraient leurs premières élections législatives depuis 14 ans en 2020, mais ces projets ont été abandonnés à cause de la pandémie de coronavirus.

Abbas a fustigé la décision des EAU de normaliser leurs relations avec Israël comme « un poignard empoisonné ». Il a appelé à une réunion d’urgence des ministres arabes des Affaires étrangères pour condamner cette décision.

Une telle réunion semble cependant peu probable, car certains pays arabes ont salué l’accord.

« Nous sommes les seuls représentants légitimes du peuple palestinien. Nous sommes ceux qui parlent au nom des Palestiniens… Soit vous nous aidez, soit vous restez à l’écart », a déclaré Abbas.

Dans le cadre de l’accord avec les Émirats arabes unis, Israël a accepté de suspendre indéfiniment les projets d’annexion de certaines zones de la Cisjordanie, une réalisation qu’Abou Dhabi a utilisée pour justifier l’accord.

Mais Abbas a rejeté cette affirmation, et a déclaré que l’Autorité palestinienne elle-même avait contrecarré le projet du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu d’annexer les 30 % de la Cisjordanie alloués à Israël dans le cadre du plan Trump.

« C’est nous qui avons mis un terme à l’annexion », a-t-il dit.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s’exprime à Ramallah en Cisjordanie, le 3 septembre 2020, en vidéoconférence avec des représentants de factions palestiniennes, dont le Hamas, réunis à l’ambassade palestinienne à Beyrouth ; il tient une pancarte montrant des cartes historiques de la Palestine (de gauche à droite), le plan de partage des Nations Unies de 1947, les frontières Israël-Territoires palestiniens entre 1948 et 1967, et une carte de la proposition du président américain Donald Trump pour un État palestinien dans le cadre de son nouveau plan de paix. (Alaa BADARNEH / POOL / AFP)

Fin mai, Abbas a annoncé que l’Autorité palestinienne mettait fin à sa coordination avec Israël sur les questions de sécurité en raison des plans d’annexion annoncés par Israël. Dans le cadre de l’arrêt de cette coordination, l’Autorité palestinienne a commencé à refuser les recettes fiscales qu’Israël perçoit en son nom, qui représentent plus de 70 % du budget palestinien.

Abbas a reconnu que l’Autorité palestinienne était de ce fait confrontée à des problèmes économiques, mais a confirmé la ferme opposition de l’Autorité palestinienne contre l’annexion et à la normalisation. Il a déploré le manque d’aide de la part des pays arabes en réponse aux demandes de prêts de l’AP.

« Nous avons demandé des prêts dans le monde entier », a déclaré Abbas, mais sans aucune réponse.

Abbas a de nouveau affirmé qu’il était prêt à négocier, mais pas sur la base du plan de paix controversé du président américain Donald Trump (mieux connu en arabe sous le nom de « deal du siècle ») qui selon lui ne permettrait pas aux Palestiniens d’avoir un État (bien que le plan en prévoie un). En revanche, il a exigé une conférence internationale où les États-Unis ne seraient qu’un médiateur parmi d’autres.

« Nous réclamons le droit international. Je ne veux pas entendre ‘venez négocier sur [la base de] cet accord’ », a déclaré Abbas, faisant référence aux appels répétés de Washington pour que les Palestiniens acceptent d’utiliser leur proposition comme base des pourparlers. « Nous ne demandons pas l’impossible. Nous demandons le droit international, ce que le reste du monde réclame… Je refuse de m’asseoir à une table sur laquelle serait posé ‘l’accord du siècle’. »

Abbas a ouvert la réunion en récitant un verset coranique pour Daoud Khatib, un prisonnier palestinien décédé mercredi d’une crise cardiaque dans une prison israélienne.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, portant un masque en raison de la pandémie de COVID-19, récite une prière à l’ouverture d’une réunion à Ramallah en Cisjordanie le 3 septembre 2020, en présence de représentants des factions palestiniennes sur place et d’autres, dont le Hamas, en vidéoconférence depuis l’ambassade de Palestine à Beyrouth. (Alaa BADARNEH / POOL / AFP)

Malgré la rhétorique de l’unité, le discours de Haniyeh à cet événement a clairement montré que des divisions profondes subsistaient entre les deux partis. Le chef du Hamas a explicitement indiqué dans son discours que le Hamas n’accepterait pas de céder « un pouce » de la Palestine historique, ce qui comprend l’ensemble d’Israël.

« En tant que Hamas, nous ne reconnaîtrons pas Israël, nous ne renoncerons pas à un pouce de terre palestinienne, et Israël restera notre ennemi. Notre choix est celui de la résistance totale », a déclaré Haniyeh.

Le chef du Hamas Ismail Haniyeh à une réunion avec des journalistes étrangers à l’hôtel al-Mat’haf à Gaza, le 20 juin 2019. (Crédit : AP Photo / Adel Hana)

Tandis qu’Abbas a souligné que l’Organisation de libération de la Palestine était le seul représentant légitime du peuple palestinien, Haniyeh a déclaré que le Hamas offrirait « une alternative » à l’OLP. Haniyeh a ajouté qu’il fallait réformer l’OLP, sous contrôle du Fatah, afin de représenter plus efficacement le Hamas et le Jihad islamique.

Néanmoins, Haniyeh a déclaré qu’« un plan d’action national » était nécessaire pour aller de l’avant, sans préciser les étapes que ce plan impliquerait.

« Notre plan est l’unité nationale, la résistance totale et la construction d’une alliance arabe et islamique qui soutienne notre cause », a déclaré Haniyeh.

Bien qu’aucune mesure concrète pour résoudre les désaccords anciens entre les deux groupes n’ait été annoncée jeudi soir, le secrétaire général du Fatah Jibril Rajoub et le négociateur en chef de l’OLP Saeb Erekat ont présenté l’événement comme une étape importante vers l’unité nationale.

« [La réunion] est un tournant pour le peuple palestinien, dirigé par le Président Mahmoud Abbas et toutes [les] forces et factions, pour déclarer sa volonté de rester ferme et de persévérer face à tous les défis que rencontre la cause palestinienne », a déclaré Erekat dans un communiqué mercredi.

Haniyeh et Abbas se sont rencontrés en personne pour la dernière fois au Qatar en octobre 2016, mais les deux dirigeants échangent parfois par téléphone. Les responsables palestiniens ont mené plusieurs négociations de réconciliation depuis que le Hamas a violemment expulsé le Fatah de la bande de Gaza en 2007, sans succès.

Malgré les belles déclarations sur l’importance de la réconciliation, une série de conférences de presse et de réunions entre le Hamas et le Fatah cet été n’a pas porté ses fruits. De nombreux Palestiniens restent ainsi désormais dubitatifs face aux annonces d’unité de leurs dirigeants.

Lors d’une conférence de presse conjointe Fatah-Hamas en juillet annonçant que les deux factions travailleraient à coordonner les activités anti-annexion, Rajoub a écarté le scepticisme palpable des journalistes présents dans la salle.

Lorsqu’on lui a demandé si le Hamas et le Fatah prendraient des mesures concrètes vers l’unité politique, Rajoub était manifestement irrité. « J’espère que votre mauvaise attitude va s’arranger. Soyez tranquilles », a répondu Rajoub. « Faites-nous confiance cette fois, croyez en nous », a-t-il ajouté.

Jibril Rajoub, un haut responsable du Fatah, à Ramallah, en Cisjordanie, assiste par vidéoconférence à une réunion avec le chef adjoint du Hamas Saleh al-Arouri (invisible) pour discuter du projet israélien d’annexion de zones de la Cisjordanie, le 2 juillet 2020. (Abbas Momani / AFP)

Mais la « coopération sur le terrain » promise pour contrecarrer les intentions israéliennes d’annexer des zones de la Cisjordanie ne s’est toujours pas concrétisée.

Dans son discours, Abbas a reconnu que de telles déclarations « avaient été répétées encore et encore », mais a déclaré que la cause palestinienne était entrée « dans une phase critique ».

Le Fatah et le Hamas semblent se coordonner quelque peu sur une toute autre question – face à la nouvelle épidémie de coronavirus dans la bande de Gaza. Le ministre de la Santé de l’Autorité palestinienne, Mai al-Kaila, dirigera vendredi une délégation de responsables de la santé de Cisjordanie dans la bande de Gaza, selon le ministère de la Santé de l’Autorité palestinienne.

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