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Abramovitch, l’invité surprise des pourparlers russo-ukrainiens

Entretenant des contacts avec les deux parties, le magnat russo-israélien a leur bénédiction pour "assurer certains contacts" ; les sanctions lui ont coûté 7 milliards de dollars

Le propriétaire du club de football de Chelsea, Roman Abramovich, est assis dans sa loge le 19 décembre 2015, avant le match de football de la Premier League anglaise entre Chelsea et Sunderland au stade de Stamford Bridge à Londres. (Crédit : AP Photo/Matt Dunham)
Le propriétaire du club de football de Chelsea, Roman Abramovich, est assis dans sa loge le 19 décembre 2015, avant le match de football de la Premier League anglaise entre Chelsea et Sunderland au stade de Stamford Bridge à Londres. (Crédit : AP Photo/Matt Dunham)

Lors des dernières négociations en Turquie pour tenter de mettre fin à la guerre en Ukraine, un visage familier s’affichait aux côtés des diplomates et représentants des belligérants à Istanbul : celui de l’oligarque russe Roman Abramovitch, le milliardaire président du club de foot de Chelsea.

Que faisait le sulfureux oligarque aux discussions d’Istanbul? « M. Abramovitch participait aux négociations en tant que membre de la délégation russe », a expliqué le président turc Recep Tayyip Erdogan, estimant que sa présence prouvait qu’il avait la « confiance » de Moscou.

Le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu a pour sa part estimé qu’Abramovitch était impliqué dans d' »honnêtes » efforts de paix depuis les premiers jours de la guerre déclenchée le 24 février par l’invasion russe en Ukraine, et a souligné sa contribution « positive » aux efforts diplomatiques.

De son côté, le porte-parole du Kremlin Dmitry Peskov a indiqué que le milliardaire, sans être un membre officiel de la délégation russe, était chargé « d’établir des contacts » entre les belligérants, avec leur accord.

Ajoutant encore au mystère, le Wall Street journal a affirmé la semaine dernière qu’Abramovitch s’était rendu début mars à Kiev pour rencontrer le président ukrainien Volodymyr Zelensky. C’est à cette occasion qu’il aurait montré des symptômes d’un empoisonnement, tout comme deux autres négociateurs ukrainiens, selon le journal.

Dans cette image tirée d’une vidéo fournie par la présidence turque, le Russe Roman Abramovich, au centre, écoute le président turc Recep Tayyip Erdogan pendant la réunion des délégations russe et ukrainienne pour des pourparlers à Istanbul, en Turquie, le 29 mars 2022. (Crédit ; Présidence turque via AP)

« Du bon côté de l’Histoire »

L’invasion de l’Ukraine a été pour le milliardaire un désastre personnel, rappellent les analystes: l’Union européenne a adopté tout un train de sanctions contre plusieurs oligarques, dont lui. Déjà sanctionné par le Royaume-Uni, où ses avoirs ont été gelés, M. Abramovitch a voulu vendre Chelsea, club de Premier League mis à mal par les sanctions le touchant personnellement, mais cette vente a été suspendue.

Abramovitch, milliardaire au passé trouble – la BBC a révélé mi-mars des documents l’accusant notamment de corruption -, et dont la fortune a été évaluée par le gouvernement britannique à 10,7 milliards d’euros, a donc un intérêt tout personnel à voir la fin de la guerre en Ukraine.

Son rôle de médiateur dans le conflit pourrait en outre lui permettre de se racheter une image auprès des chancelleries occidentales qui l’ont mis à l’index.

« C’est une bonne occasion pour Abramovitch de se retrouver du bon côté de l’Histoire », estime Alexander Baunov, chercheur au Carnegie Center de Moscou, pour qui le milliardaire pourrait aussi être intéressé à la reconstruction de l’Ukraine.

Hormis Chelsea, il détient des participations dans le géant de l’acier Evraz, ainsi que dans la société russe Norilsk Nickel, spécialisée dans l’exploitation et la transformation du nickel et du palladium.

Dossier – Dans cette photo d’archive du 2 décembre 2010, le Premier ministre russe de l’époque, Vladimir Poutine, à droite, félicite les membres de la délégation russe, de gauche à droite : le chef d’orchestre Valery Gerguiev, l’homme d’affaires Roman Abramovich et le gouverneur de Nizhny Novgorod Valery Shantsev ; après qu’il a été annoncé que la Russie accueillerait la Coupe du monde de football 2018, à Zurich, en Suisse. (Crédit : AP Photo/Alexei Nikolsky, Piscine)

« Oligarque dévoué »

Cet oligarque russe « entretient des liens étroits et de longue date avec Vladimir Poutine », selon un document préparatoire de l’UE sur les nouvelles sanctions. Des liens qui lui ont permis de consolider sa richesse, selon ce document.

M. Abramovitch est « l’oligarque le plus fidèle et le plus dévoué de Poutine », assène Maria Pevchikh, responsable des enquêtes à la fondation de l’opposant emprisonné Alexei Navalny.

Sa participation aux pourparlers russo-ukrainiens est selon elle « un coup de communication ».

« Le plus important est que Poutine lui fait confiance. Mais Zelensky peut aussi lui faire confiance », estime le politologue russe Konstantin Kalachev.

Entre 2001 et 2008, Roman Abramovitch a été gouverneur de la région peu peuplée de Chukotkan dans l’extrême nord-est de la Russie, et a injecté son argent dans des projets pour cette région sous-développée.

Il a également été co-directeur, avant de vendre ses parts en 2019, de la première chaîne publique russe, connue pour ses reportages pro-Kremlin.

Selon le magazine Forbes, la guerre en Ukraine a fait perdre quelque 7 milliards de dollars à l’oligarque, et sa fortune s’élève désormais à 8,3 milliards.

Fin mars, le milliardaire a fait accoster un de ses yachts dans le Sud-Ouest de la Turquie, pays n’appliquant pas les sanctions contre les oligarques russes.

Réputé timide et secret -il ne donne jamais d’interviews-, Abramovitch avait annoncé dans un communiqué le 2 mars qu’il vendait le club de Chelsea et que le produit de cette vente irait à une fondation « pour le bénéfice de toutes les victimes de la guerre en Ukraine et le soutien à la reconstruction à long terme ».

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