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Accord entre Ronald Lauder et les héritiers du tableau de Klimt spolié par les nazis

Le philanthrope juif pourra conserver l’œuvre dont les héritiers des propriétaires ont dit qu’elle avait disparu du fait des nazis dans l’Europe d’avant-guerre

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Ronald S. Lauder chez lui en 2022. (Crédit : Shahar Azran/Neue Galerie New York)
Ronald S. Lauder chez lui en 2022. (Crédit : Shahar Azran/Neue Galerie New York)

En vertu de l’accord conclu avec les héritiers de la femme juive qui avait déclaré la disparition de l’oeuvre, au plus fort de la persécution nazie dans l’Europe d’avant-guerre, le célèbre philanthrope juif Ronald S. Lauder pourra conserver le tableau du célèbre artiste Gustav Klimt.

Lauder et les héritiers d’Irene Beran ont conclu un « accord de restitution » concernant « Le chapeau de plume noir », œuvre de 1910 de l’artiste autrichien Gustav Klimt, a déclaré Lauder dans un communiqué publié vendredi.

Aux termes de cet accord, dont les détails n’ont pas été divulgués, Lauder restituera l’œuvre avant de s’en porter de nouveau acquéreur.

Cet accord vient couronner de succès plusieurs années d’efforts des deux parties et d’experts pour établir avec certitude la provenance de l’œuvre d’art et sa chaîne de propriétaires, précise le communiqué.

« Nous avons travaillé d’arrache-pied pour découvrir l’histoire de cette œuvre et retracer sa trajectoire dans le temps. Bien que nos recherches ne soient pas exemptes de quelques lacunes, je suis très favorable – et depuis longtemps – à la restitution », a déclaré Lauder.

« J’ai eu le sentiment qu’il était de la plus haute importance de parvenir à une solution juste et équitable, qui fasse toute sa part à l’histoire de cette famille. »

Malgré des années de recherche, on ignore encore dans quelles circonstances précises le tableau a disparu et où il se trouvait entre 1934 et la fin des années 1950.

Président du Congrès juif mondial, Lauder est l’héritier milliardaire de la société de cosmétiques éponyme.

C’est un collectionneur d’art bien connu, qui a fondé la Neue Galerie New York, musée de Manhattan spécialisé dans l’art autrichien et allemand.

Plusieurs oeuvres de Klimt sont exposées dans ce musée, dont le chef-d’œuvre « Portrait d’Adèle Bloch-Bauer I », qui représente une mondaine juive connue sous le nom de « La femme en or ».

Il a acquis « Le chapeau de plume noir » en 1973, exposé à de nombreuses reprises, et notamment à la Neue Galerie entre 2019 et 2020.

Le tableau était en possession d’Irene Beran jusqu’en 1934 au moins, dans ce qui est l’actuelle République tchèque.

Beran a quitté l’Europe en 1934 par crainte des persécutions nazies, mais des membres de sa famille – juive – sont morts dans les camps de concentration.

Des soldats allemands de la division Hermann Göring devant le Palazzo Venezia à Rome avec un tableau de Giovanni Paolo Pannini tiré de la Biblioteca del Museo Nazionale di Napoli, le 4 janvier 1944. (Archives fédérales allemandes, CC BY-SA 3.0)

On estime à 600 000 le nombre d’œuvres d’art spoliées aux Juifs par le régime d’Adolf Hitler, dès l’arrivée au pouvoir du dictateur au début des années 1930.

Les nazis voulaient dépouiller le peuple juif de son histoire et de ses richesses, pour enrichir le Troisième Reich et ses dirigeants.

Les œuvres étaient subtilisées lors de saisies organisées ou de pillages aléatoires, de vols et de ventes forcées.

Dans de nombreux cas, les Juifs ont vendu des œuvres d’art à des acheteurs non juifs sous la contrainte.

On ignore toujours où se trouvent de nombreux objets d’art pillés et spoliés.

En 2009, une conférence consacrée au sort des biens spoliés lors de la Shoah en République tchèque a estimé que 100 000 personnes n’avaient toujours pas retrouvé leurs biens.

Ce n’est que dans les années 1990 que les bases de données en ligne et les documents numérisés ont rendu le suivi et le partage d’informations sur la provenance des oeuvres plus accessibles.

La détermination de la provenance, en particulier lorsqu’il y a eu vente forcée, est complexe, longue et coûteuse, ce qui rend le processus de restitution particulièrement difficile.

Ces dernières années, les musées new-yorkais, comme le Metropolitan Museum of Art, le Guggenheim ou le Museum of Modern Art, ont conclu des accords avec les héritiers juifs [des propriétaires spoliés] ou ont restitué des oeuvres.

Dans d’autres cas, des musées de tout premier plan, comme le Met, ont gagné leur procès contre des demandeurs juifs.

Une famille juive poursuit ainsi le Guggenheim de New York pour un tableau de Pablo Picasso d’une valeur de 200 millions de dollars, dont elle affirme qu’il a été vendu sous la contrainte pour une fraction de sa valeur en 1938.

L’État de New York a adopté une loi, l’an dernier, faisant obligation aux musées d’indiquer les œuvres d’art spoliées par les nazis, dans le but de renforcer la sensibilisation à la Shoah.

La Neue Galerie respecte strictement cette loi.

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