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Alors que la pandémie met à mal le judaïsme, le mouvement Habad se démarque

Après un an et demi d'engagement essentiellement numérique pour de nombreuses institutions juives, des foules assistent aux évènements en personne du courant hassidique

Le mouvement Chabad a acheté une église historique à Chicago l'année dernière et l'a convertie en un centre juif connu sous le nom de Chabad of East Lakeview. (Avec l'aimable autorisation de Chabad/ via JTA)
Le mouvement Chabad a acheté une église historique à Chicago l'année dernière et l'a convertie en un centre juif connu sous le nom de Chabad of East Lakeview. (Avec l'aimable autorisation de Chabad/ via JTA)

JTA – Face au déclin de ses membres, une congrégation protestante du quartier de Lakeview à Chicago a mis en vente son complexe religieux historique au cours de l’été dernier. Il a été dit aux dirigeants de l’église qu’il leur faudrait au moins un an pour conclure la transaction. Mais quelques jours plus tard, une offre intéressante a été faite et, après quelques mois, la vente du bâtiment, d’un montant de 2,85 millions de dollars, était conclue.

Les acheteurs étaient un couple d’émissaires Habad qui servaient les Juifs du quartier North Side depuis 2015 dans leur appartement de location. En convertissant le complexe religieux, le couple hassidique, le rabbin Dovid Kotlarsky et sa femme Devorah Leah, pouvait désormais réaliser son rêve d’étendre l’empreinte du mouvement Habad et d’établir une synagogue et une école maternelle.

Selon Chabad.org, la clé de l’achat a été un don de 2 millions de dollars de l’avocat fiscaliste de Chicago Jacques Aaron Preis, qui dirige le Phillip Leonian and Edith Rosenbaum Leonian Charitable Trust. M. Preis a fait l’éloge de « l’authenticité » et de l’attitude accueillante du mouvement Habad.

La transaction immobilière à Lakeview – un centre de la vie juive à Chicago, où de grandes synagogues réformées, conservatrices et orthodoxes ont longtemps fonctionné dans des bâtiments majestueux – ne représente qu’un des dizaines d’investissements de l’organisation Habad dans de nouveaux bâtiments ou dans la rénovation et l’expansion de propriétés existantes.

À certains égards, l’organisation Habad semble être une anomalie dans le monde juif. De nombreuses institutions juives non orthodoxes ne savent pas ce que l’avenir réserve à leurs espaces physiques après un an et demi d’engagement essentiellement numérique – et après des décennies de déclin des synagogues des plus grands courants du judaïsme américain. Le mouvement Habad, quant à lui, dont les émissaires strictement orthodoxes cherchent des adeptes dans tout l’éventail des croyances et des pratiques juives, semble être confiant dans sa capacité à attirer un grand nombre de personnes dans ses centres.

Le mouvement s’est lancé dans des projets immobiliers d’une valeur d’au moins 137 millions de dollars depuis le début de la pandémie, selon les chiffres compilés par Chabad.org et examinés par la Jewish Telegraphic Agency.

À Greenwich, dans le Connecticut, le groupe Habad local a payé 20 millions de dollars pour reprendre le site d’une école juive qui a fermé l’année dernière. À Durham, en Caroline du Nord, une rénovation de 3 millions de dollars d’une auberge historique – soutenue en partie par Sarah Bloom Raskin, professeure de droit à l’université de Duke et épouse du représentant américain Jamie Raskin – a été inaugurée la semaine dernière. Et le Habad de l’université de l’Illinois a dépensé plus de 7 millions de dollars pour acheter et rénover une énorme maison de fraternité de style Tudor.

Étant donné que les milliers d’émissaires Habad du monde entier collectent des fonds de manière indépendante, le service d’information et de relations publiques du mouvement a dû recueillir les données en rassemblant les informations de médias et en réalisant une enquête informelle, selon le rabbin Motti Seligson, porte-parole des Habad.

L’enquête a révélé un certain nombre de projets d’investissement qui n’ont pas encore été annoncés publiquement, y compris certains achats qui sont en cours actuellement. M. Seligson a déclaré que l’ampleur réelle de la récente expansion immobilière effectuée par l’organisation Habad était probablement beaucoup plus importante que le chiffre de 137 millions de dollars.

Des milliers de rabbins qui servent d’émissaires pour le mouvement Habad-Loubavitch posent pour leur photo annuelle devant le siège de Habad à Crown Heights, Brooklyn, le 24 novembre 2019. (Crédit : Mendel Grossbaum / Chabad.org via JTA)

Mais il a dit qu’il voulait publier les informations qu’il avait en conjonction avec la 38e conférence internationale annuelle des émissaires de Habad-Loubavitch, qui a eu lieu du 27 octobre au 1er novembre à Brooklyn, New York, et dans les environs, ainsi que virtuellement.

« Nous faisions une exploration de l’impact et de la croissance du mouvement Habad pour examiner l’efficacité de divers programmes à travers cette période difficile de la pandémie », a-t-il déclaré. « Ces chiffres ont été mis en évidence lorsque nous avons examiné le niveau d’engagement et la croissance de nos institutions et de nos infrastructures. »

M. Seligson a également souligné que, pendant la pandémie, le mouvement Habad avait formé 250 nouveaux couples d’émissaires qui sont allés servir les centres Habad existants ou en créer de nouveaux.

Même avant la poussée de croissance de la pandémie, le mouvement Habad avait déjà engagé quelque 37 % des adultes juifs américains dans des activités, selon des données d’enquête récentes du Pew Research Center.

Illustration : Un émissaire Habad transporte une sukkah mobile à travers la ville de New York sur un vélo en 2014. (Autorisation : Chabad.org)

Au cours des 20 dernières années, le nombre de synagogues Habad aux États-Unis a presque triplé, pour atteindre 1 036 en 2020, selon un décompte de Joel Kotkin, professeur à l’université Chapman qui étudie les tendances démographiques, et du chercheur indépendant Edward Heyman. Au cours de cette même période, le nombre total de synagogues a diminué de 29 %.

« Alors que leurs homologues laïcs sont en perte de vitesse, les Hassidim et d’autres communautés juives plus traditionnellement pratiquantes en Amérique connaissent une forte croissance », ont écrit Kotkin et Heyman dans un article du magazine Tablet analysant leurs données.

Alors que de nombreux groupes hassidiques se développent principalement par le biais de la procréation, le mouvement Habad, qui se concentre sur la sensibilisation, semble récupérer une part importante des Juifs qui se sont désaffiliés des mouvements réformés ou conservateurs ou qui n’ont jamais eu d’affiliation institutionnelle au départ. Dans sa récente enquête, Pew a estimé que parmi les participants aux évènements Habad, 24 % étaient orthodoxes, tandis que 26 % étaient réformés, 27 % conservateurs et 16 % ne s’identifiaient à aucune branche particulière du judaïsme.

« À l’heure actuelle, les besoins sociaux fondamentaux du monde juif sont satisfaits par deux types d’organisations : la première est le mouvement Habad, qui se développe rapidement et offre une gamme complète de services », ont écrit Kotkin et Heyman. L’autre type d’organisation est la fédération juive locale et ses centres communautaires juifs affiliés.

Illustration : L’émissaire Habad en Jamaïque, Rabbi Yaakov Raskin. (Autorisation)

Au fur et à mesure que le mouvement Habad prolifère, il trouve parmi les Juifs qu’il sert de nombreux donateurs disposés à le faire. Parfois, des contributeurs individuels comme les Preis à Chicago jouent un rôle prépondérant, mais leur don a été accompagné de 500 000 dollars de petits dons, selon Chabad.org.

Dans des commentaires adressés à Chabad.org, les Preis ont expliqué pourquoi ils avaient donné à l’organisation Habad. « Ils se concentrent sur chaque mitzvah sans critiquer. Ils sont si accueillants », a déclaré Jacques Preis, qui a été élevé dans la tradition réformiste. « Ce n’est pas un judaïsme dilué », a déclaré Evelyn, son épouse.

« Une grande partie du financement de ces campagnes est collectée localement auprès de personnes dont la vie est personnellement enrichie par le Habad dans leur communauté », a déclaré Seligson. « Ils représentent des personnes allant de grands donateurs à un grand nombre de petits donateurs comme des étudiants universitaires qui s’engagent à soutenir la vie juive et les programmes qui les inspirent avec ce qu’ils peuvent en fonction de leurs moyens. »

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