Alors que l’Europe s’ouvre à nouveau, les cieux d’Israël restent plutôt fermés
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Alors que l’Europe s’ouvre à nouveau, les cieux d’Israël restent plutôt fermés

Des voyagistes israéliens s'étonnent qu'il n'y ait pas de tests dans les aéroports pour que l'Etat juif puisse suivre le mouvement des pays européens

Un technicien de surface travaille dans le hall des arrivées de l'aéroport Ben-Gurion, le 12 juin 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Un technicien de surface travaille dans le hall des arrivées de l'aéroport Ben-Gurion, le 12 juin 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Alors que les vols ont repris dans les aéroports de certains pays de l’Europe dans la journée de lundi, la perspective de la réouverture des cieux israéliens, pour leur part, s’éloigne – entraînant la perplexité des voyagistes sur leur refus du gouvernement de prendre en compte la possibilité de mettre en place un dépistage, dans les aéroports, qui assurerait une admission des touristes en toute sécurité.

L’Union européenne a commencé à rouvrir ses frontières et à relancer, petit à petit, le tourisme international. La France, l’Allemagne, la Suisse et plusieurs autres pays allègent actuellement les restrictions placées sur les voyages et accueillent à nouveau les touristes de certains pays. Hors de l’Europe également, des démarches similaires sont entreprises à la veille de l’été. Jeudi, Disneyland, à Hong-Kong, rouvrira ainsi ses portes.

Israël avait espéré pouvoir commencer à recevoir sur son territoire les vacanciers en provenance de pays choisis dès le 1er juillet, mais la recrudescence actuelle de cas de coronavirus a remis en cause ce plan, a commenté auprès du Times of Israel le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Lior Hayat.

Il faudra « quelques semaines supplémentaires pour savoir » quand les touristes seront autorisés à revenir, a dit Hayat, qui a ajouté qu’il y a seulement une semaine, il s’attendait à ce que ce calendrier du 1er juillet soit respecté.

Le Prof. Sigal Sadetsky, chef des services de santé publique au ministère de la Santé, s’exprime lors d’une conférence de presse sur le Covid-19 à Tel Aviv, le 27 février 2020. (Avshalom Sassoni / Flash90)

Dimanche, Sigal Sadetzky, cheffe des services de santé au sein du ministère de la Santé, a déclaré aux députés de la Knesset qu’Israël assistait au début d’une seconde vague de l’épidémie. Elle a expliqué que « nous avons connu une longue période de plus de deux semaines de calme, avec moins de 20 infections par jour, puis ce nombre a commencé à grimper et à grimper encore et maintenant, nous voyons près de 200 nouvelles contaminations quotidiennes ».

Il n’y a actuellement que peu de vols à destination et en provenance d’Israël et l’industrie du tourisme est actuellement en pause. Le ministère de la Santé a indiqué que les non-ressortissants n’avaient toujours pas l’autorisation d’entrer dans le pays, sauf dans des circonstances particulières.

Israël a discuté avec la Grèce, Chypre et quelques autres pays considérés comme présentant un risque faible en termes d’épidémie de coronavirus pour évoquer la possibilité de la mise en place d’une « bulle de voyage », mais rien n’a encore été finalisé.

Le hall des arrivées vide de l’aéroport international Ben Gurion, le 11 mars 2020. (Crédit : Flash90)

Les voyagistes affirment pour leur part, d’une voix de plus en plus forte, qu’il y a une solution à disposition pour mettre en place un tourisme exempt de tout risque face à la COVID-19 : celle de faire comprendre clairement au gouvernement qu’il abandonne l’industrie du voyage en refusant de déployer un outil qui s’avérerait déterminant et qui est le dépistage au virus dans les aéroports.

Mark Feldman, directeur-général de Ziontours, est indigné que ce dépistage ne soit pas mis en place. « Cela me met dans une colère noire, à la fois en tant que citoyen et en tant que travailleur dans l’industrie du voyage », dit-il au Times of Israel, ajoutant que le pays devrait recourir à ces tests pour autoriser l’admission des touristes venus de tous les pays du monde. « Nous devons faire confiance à ces tests – ils sont la seule solution qui permettra une reprise du tourisme », continue-t-il.

Mark Feldman, directeur-général de Ziontours (Autorisation : Mark Feldman)

Feldman cite l’aéroport de Vienne, qui vient de commencer à offrir des tests de dépistage pour les touristes en provenance de pays autorisés. Ce qui démontre bien, selon lui, que dans le principe, ce moyen peut-être utilisé pour admettre les voyageurs sans qu’ils aient besoin de se placer en quarantaine.

Mais certains experts de la santé avertissent que les capacités des tests de dépistage sont surestimées.

« Ces tests ne peuvent pas résoudre toutes les difficultés parce qu’il y a des problèmes de faux positifs et de faux négatifs », dit Nadav Davidovitch, membre du groupe de travail sur la politique de la pandémie au sein du Conseil national de sécurité et directeur de l’école de santé publique de l’université Ben-Gurion du Negev.

L’Autriche a ouvert ses portes aux ressortissants de sept pays, le 4 juin, et elle s’ouvre à la plus grande partie des États européens en cette journée de mardi. Elle a mis en place une quarantaine obligatoire de 14 jours mais octroie des dispenses si les arrivants se soumettent à un test de dépistage à l’aéroport – le résultat est obtenu en trois heures – et s’il est négatif. L’Autriche accepte également les certificats médicaux qui ont été établis dans le pays de départ.

Feldman et d’autres voyagistes observent ce qu’il se passe à Vienne et ils estiment que ce modèle permettrait à l’Etat juif de conserver sa quatorzaine obligatoire pour tous ceux dont le test serait positif, tout en autorisant l’entrée de nombreux touristes qui, eux, ne devraient pas se placer à l’isolement.

JJ Jonah, directeur-général d’Israel Maven Tours, indique qu’il n’a pas de critique à faire sur la politique qui a interdit aux touristes d’entrer sur le territoire jusqu’à présent mais que l’ouverture des cieux, ailleurs dans le monde, devrait amener Israël à réexaminer les restrictions mises en place.

« Maintenant que le monde s’ouvre, il faut que nous suivions le mouvement », déclare-t-il. « Si le monde recommence à voyager alors nous devons faire de même, avec toutes les précautions nécessaires ».

JJ Jonah, directeur-général d’Israel Maven Tours (Autorisation : JJ Jonah

Jonah n’a pas le sentiment que le pays soit prêt pour les voyages en groupe mais, selon lui, les individus et les familles devraient être accueillis dans le pays et le dépistage, à l’aéroport, pratiqué de manière à pouvoir faire entrer les voyageurs sans nécessairement les placer en quatorzaine.

« Si c’est l’aéroport qui est le seul obstacle, et si le modèle de dépistage offert par Vienne fonctionne, alors c’est ce que nous devons aussi faire », note-t-il.

Mais certains sont défavorables à ce dépistage des touristes à leur arrivée.

« Je ne crois pas aux tests réalisés à l’aéroport Ben Gurion, ce n’est pas pratique », estime Amnon Ben-David, directeur-général et président de Eshet Incoming, auprès du Times of Israel.

Il explique que « si vous avez un avion avec 300 personnes à bord, est-ce que vous les allez les faire rester à l’aéroport pendant trois heures ? Ce n’est qu’une solution théorique, ça ne va pas marcher ».

Il ajoute qu’un seul test positif dans un avion bondé entraînerait, selon les directives israéliennes actuellement mises en oeuvre, le placement en quatorzaine d’une grande partie des passagers – voire de tous – ce qui, selon lui, n’est pas envisageable.

Ben-David, pour sa part, souhaite voir revenir l’industrie du voyage à la normale, sans tests de dépistage et dans les meilleurs délais mais il précise que dans la mesure où le gouvernement veut garder le contrôle, le dépistage doit être une condition préalable à réaliser dans le pays d’origine. Les voyageurs devraient présenter un certificat médical de bonne santé lors de leur départ, comme on le fait avec les visas, souligne-t-il.

Les personnels médicaux du Magen David Adom réaliser des prélèvements pour dépister le nouveau coronavirus, dans le sud de Tel Aviv, le 2 juin 2020 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Dans les délibérations israéliennes sur le sujet subsistent des désaccords, affirme Davidovitch, du groupe de travail chargé de la pandémie, au Times of Israel.

« Il y a eu des discussions qui n’ont pas été résolues jusqu’à présent sur le dépistage – avant ou après l’arrivée », précise-t-il.

Hayat dit que le ministère des Affaires étrangères, d’autres ministères et des instances officielles évoquent auprès du ministère de la Santé des projets portant sur la reprise du voyage aérien, débattant de possibilités variées et notamment du dépistage à l’aéroport.

« Nous parlons… de ça, mais la décision finale leur revient », ajoute-t-il, notant que la conclusion sera basée sur des évaluations sanitaires.

Les experts de la santé, pour leur part, restent divisés.

Liat Edry-Botzer prépare des échantillons pour des tests sérologiques au laboratoire de l’université de Tel Aviv dirigé par Mordechai Gerlic et Ariel Munitz

Ariel Munitz, expert en dépistage à l’université de Tel Aviv, dit qu’aucune science nouvelle n’est nécessaire pour mettre en place un système de dépistage rapide et efficace dans les aéroports et qu’il favorise, pour sa part, une reprise plus rapide du tourisme international.

« Toutes les solutions sont là », commente-t-il. « Ce n’est qu’une affaire d’organisation de la main-d’oeuvre et de mise en place des tâches ».

Il note que les tests standards sont fiables à environ 70 %, mais il ajoute qu’ils pourraient être accompagnés de tests sérologiques, menés sur des échantillons sanguins, pour renforcer leur efficacité.

« On peut tout à fait présumer que si quelqu’un obtient un résultat négatif à un test sérologique, c’est qu’il est très probablement non-infecté », déclare Munitz, qui supervise un programme de dépistage sérologique en direction des soldats de l’armée israélienne.

Seuls les ressortissants de pays ayant un faible niveau d’épidémie de coronavirus – les dits « pays verts » – auraient le droit d’entrer en Israël sans devoir suivre une quatorzaine.

Les personnes en provenance de ces pays pourraient même être admis sans dépistage ou quatorzaine, le risque étant faible, continue-t-il.

Il remarque toutefois que d’autres pays posent un danger trop grand pour ne s’appuyer que sur les tests de dépistage.

« La situation actuelle, avec une recrudescence du virus en Israël, signifie que nous devons commencer par un programme-pilote qui se limitera aux pays verts », déclare-t-il, ajoutant qu’après cela, Israël sera en mesure de décider quels sont les meilleurs protocoles d’admission et de dépistage pour les autres touristes.

« Celles et ceux qui veulent aller plus vite », continue Davidovitch, « ne comprennent pas qu’à l’échelle mondiale, nous nous trouvons encore pendant la période la pire de coronavirus ».

Joshua Davidovich a contribué à cet article.

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