Amona : craignant des violences, la police évacue les derniers habitants récalcitrants
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Amona : craignant des violences, la police évacue les derniers habitants récalcitrants

Après une nuit de négociations pour convaincre les récalcitrants, barricadés dans la synagogue, de se rendre pacifiquement, la police est entrée dans une maison et dans la synagogue

Evacuation de la synagogue de l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, par la police israélienne, le 2 février 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Evacuation de la synagogue de l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, par la police israélienne, le 2 février 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

AMONA, Cisjordanie – Après une nuit de face-à-face avec des dizaines de manifestants de l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, les forces de sécurité ont commencé à les évacuer de force jeudi en fin de matinée, alors qu’elles cherchaient à terminer l’opération d’évacuation.

Plusieurs dizaines de manifestants ont été sortis d’une maison où ils avaient passé la nuit, après l’évacuation des 40 familles de l’avant-poste illégal.

Des dizaines de manifestants étaient toujours barricadés dans la synagogue de l’avant-poste quand le soleil s’est levé sur la colline. La police espérait toujours convaincre les derniers récalcitrants de partir sans violence et éviter une dernière confrontation violente.

La police estime qu’entre 60 et 100 personnes seraient dans la synagogue. Un manifestant a déclaré au Times of Israël qu’ils étaient plus de 100.

Les négociations avaient lieu au lendemain de l’évacuation par la police de presque tout l’avant-poste, sortant des habitants en larmes de leurs maisons, et affrontant certains manifestants dans des face-à-face peu dangereux.

Alors que la nuit tombait et que les températures chutaient, la plupart des manifestants avaient soit été expulsés de l’avant-poste par la force, soit étaient partis de leur plein gré, soit étaient dans la synagogue et dans le dernier mobile-home, où quelques personnes se pressaient.

La police a déclaré que ses hommes tentaient des derniers efforts pour convaincre les manifestants de partir pacifiquement, mais qu’ils étaient prêts à évacuer la synagogue par la force si nécessaire, dans une dernière confrontation dans l’avant-poste, qui a été la scène de violents affrontements pendant une évacuation partielle en 2006.

La synagogue est la plus grande structure permanente de l’avant-poste, et est un site particulièrement sensible étant donné sa nature religieuse. Les manifestants ont barricadé l’entrée du bâtiment avec des planches de bois, pour tenter de ralentir les forces de l’ordre.

Des manifestants dans la synagogue de l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, juste avant l'évacuation, le 1er février 2017. (Crédit : autorisation)
Des manifestants dans la synagogue de l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, juste avant l’évacuation, le 1er février 2017. (Crédit : autorisation)

Une source policière a déclaré à Ynet qu’ils voulaient que les manifestants sortent volontairement « pour empêcher une évacuation par la force et pour préserver la sainteté du lieu. Nous espérons que ces efforts porteront leurs fruits et que l’évacuation se finira pacifiquement. »

Avec l’encerclement de la synagogue jeudi matin, les manifestants présent dans le bâtiment jetaient des bouteilles remplies sur les policiers, selon Ynet. Il n’a pas été précisé quel liquide remplissait les bouteilles, mais la veille, plusieurs policiers ont été soignés après avoir reçu de l’eau de javel.

Des manifestants entourent la synagogue d'Amona, au 2e jour de l'évacuation de l'avant-poste de Cisjordanie, le 2 février 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Des manifestants entourent la synagogue d’Amona, au 2e jour de l’évacuation de l’avant-poste de Cisjordanie, le 2 février 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Quiconque est encore ici représente le noyau dur de ceux qui sont venus provoquer, et nous sommes près à évacuer la synagogue et la maison voisine », a déclaré jeudi matin à Ynet Meirav Lapidot, porte-parole de la police.

Dans une maison voisine, où des dizaines de personnes ont essayé de résister une dernière fois jeudi, la police aurait sorti les manifestants amassés à l’intérieur après l’échec des négociations pour qu’ils partent calmement.

Des Israéliens sur un toit pendant l'évacuation de l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, le 1er février 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Des Israéliens sur un toit pendant l’évacuation de l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, le 1er février 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Itamar Ben-Gvir, célèbre militant d’extrême-droite, a déclaré qu’il faisait partie de ceux qui étaient dans le mobile-home, quand les médias ont annoncé un peu vite que toutes les maisons avaient été évacuées.

Des vidéos filmées dans au moins une maison et dans la synagogue montrent la police regarder les manifestants, dont certains, enchaînés aux meubles, prient et plaident pour être autorisés à rester.

Dans l’une des vidéos, un dirigeant de la communauté, en larmes, compare l’expulsion ordonnée par la cour des habitants d’Amona au sacrifice biblique d’Isaac. C’est un « grand blasphème » de sortir les enfants de leurs lits et de forcer des personnes à abandonner le travail d’une vie, a-t-il déclaré.

Une autre vidéo montre un policier demander aux manifestants restants dans une maison de partir d’une manière respectable, qui honore leur communauté et montre l’exemple.

Mercredi, deux rouleaux de Torah ont été sortis de l’avant-poste dans une voiture pleine de femmes ayant accepté de partir. Les femmes appartiennent à la dizaine de familles qui a choisi de ne pas résister à l’ordre d’expulsion pendant l’après-midi. Un policier a cependant fait remarquer que, bien qu’elles partent sans que la force ne soit utilisée, qu’ « à ce point, personne ne part d’ici volontairement. »

Le rabbin d’Amona, Yair Frank, a déclaré à la radio militaire avoir passé la nuit à l’avant-poste après avoir été autorisé à retourner brièvement chez lui. Cependant, aucun autre habitant n’a été vu tenter de retourner dans son ancienne maison. L’avant-poste est construit sur un terrain palestinien privé, et la Haute cour de justice d’Israël a ordonné qu’il soit rasé avant le 8 février.

Frank a appelé la résistance non violente à continuer, et a comparé l’opération d’expulsion au viol d’une femme.

« Il faut exprimer cette protestation, comme une femme violée doit pleurer », a-t-il déclaré, répétant une comparaison déjà faite mercredi par le député Bezalel Smotrich (HaBayit HaYehudi).

Toutes les maisons de l’avant-poste sauf une avaient été évacuées à minuit mercredi soir. La police a déclaré jeudi qu’elle avait expulsé par la force quelque 800 manifestants de l’enclave de la colline, et qu’elle approchait de la fin des opérations

Jeudi, des équipes sont entrées dans l’avant-poste pour emballer toutes les affaires laissées derrière eux par les habitants avant le démantèlement final des maisons et des autres constructions.

L'entrée de la synagogue d'Amona, barricadée avant l'évacuation de l'avant-poste de Cisjordanie par les forces de sécurité, le 1er février 2017. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israël)
L’entrée de la synagogue d’Amona, barricadée avant l’évacuation de l’avant-poste de Cisjordanie par les forces de sécurité, le 1er février 2017. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israël)

L’évacuation avait commencé mercredi, quand des policiers non armés, en pull-over bleu et casquettes noires, étaient montés sur la colline en milieu de journée.

Sur la colline, des centaines de jeunes nationalistes avaient érigé des barricades de fortune composées de carreaux cassés, de barres de métal rouillées et de grandes pierres, ainsi que de pneus et de meubles en flammes, pour ralentir l’avancée des forces de l’ordre.

Vingt-quatre policiers ont été transportés à l’hôpital avec des blessures légères, majoritairement dues aux affrontements, mais aussi pour hypothermie. Plusieurs manifestants blessés ont été transportés à Jérusalem pour être soignés.

Un homme criant sur la police (non visible) depuis une maison pendant l'évacuation de l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, le 1er février 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Un homme criant sur la police (non visible) depuis une maison pendant l’évacuation de l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, le 1er février 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Treize personnes ont été arrêtées pour trouble de l’ordre public et obstruction au travail de la police, a annoncé celle-ci.

Environ 3 000 membres des forces de sécurité ont été déployés pour l’opération ; environ 1 000 personnes, habitants et partisans, étaient à Amona quand l’expulsion a commencé.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé mercredi soir qu’il avait ordonné la création d’une nouvelle implantation, la première en 25 ans, pour remplacer Amona.

Un homme brandit un drapeau israélien avant l'évacuation de l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, le 1er février 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Un homme brandit un drapeau israélien avant l’évacuation de l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, le 1er février 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Des agences ont contribué à cet article.

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