Amos Gilad: Les ennemis d’Israël se demandent si l’État hébreu cherche à se suicider
Selon l'ex-haut responsable de la Défense, l'Iran et le Hezbollah supposent qu'Israël "s'est délibérément affaibli" avec sa réforme et sont susceptibles d'intensifier leurs attaques
Un ancien haut responsable du ministère de la Défense a déclaré dimanche que les ennemis d’Israël « n’en croient pas leurs yeux » et se demandent si le pays a « décidé de se suicider », compte tenu des dégâts que l’État s’est auto-infligés avec la réforme du système judiciaire du gouvernement – des dégâts qui nuisent à la capacité de dissuasion sécuritaire d’Israël.
Dans une tribune publiée sur le site d’information de la Douzième chaîne, le major-général (réserviste) Amos Gilad a déclaré que la vague de roquettes et d’attaques terroristes à laquelle Israël a été confronté ces derniers jours en provenance du Liban, de Syrie, de Gaza et de Cisjordanie était directement liée aux efforts largement controversés de remanier en profondeur le système judiciaire.
Les projets de la coalition radicale du Premier ministre Benjamin Netanyahu ont déclenché des manifestations de masse, au milieu de critiques publiques intenses, d’une vague croissante d’objections issues de personnalités publiques de premier plan, dont le président, des juristes et des chefs d’entreprise, et, surtout, de menaces de la part de membres de l’armée de ne pas s’entraîner ou de ne pas faire leur service en signe de protestation.
« Le contexte des graves attaques du Liban, de la Syrie, de Gaza et des attaques terroristes en Cisjordanie est enraciné dans l’affaiblissement de la capacité de dissuasion d’Israël », a écrit Gilad. « Même si Israël est au sommet de sa puissance militaire, diplomatique, économique et stratégique, la perception de sa puissance a diminué depuis l’annonce du changement de régime par le gouvernement. »
Ces derniers jours, des salves de roquettes ont été lancées depuis la Bande de Gaza, le Liban et la Syrie, auxquelles Israël a répondu par des frappes aériennes et des tirs d’artillerie. Le pays a également été confronté à de fortes tensions à Jérusalem et en Cisjordanie, ainsi qu’à une vague d’attentats terroristes qui ont coûté la vie à trois personnes au cours du week-end.
« Ce jugement professionnel découle du fait que nos principaux ennemis, l’Iran et le Hezbollah en tête, avaient été auparavant impressionnés par la force globale d’Israël », a déclaré Gilad, qui a dirigé le puissant bureau des affaires politico-militaires du ministère de la Défense de 2003 à 2017, dont plusieurs années lorsque Netanyahu était Premier ministre.
« Le coup d’État a provoqué l’émergence d’un profond schisme et d’amères protestations, un affaiblissement économique et de sérieuses fissures dans notre alliance stratégique avec les États-Unis », a déclaré Gilad.
« Tout cela, ainsi que l’atmosphère tendue et la détérioration des relations avec les Palestiniens, font que l’Iran et le Hezbollah n’en croient pas leurs yeux et se demandent si Israël n’aurait pas décidé de se suicider ou de s’affaiblir, ce qui contraste totalement avec l’image justifiée de la puissance israélienne qui était projetée jusqu’à présent », a-t-il ajouté.
Gilad a noté les récentes tentatives presque constantes d’infiltration de drones dans l’espace aérien israélien et d’attaques de cibles israéliennes à l’étranger et a averti que « l’Iran et le Hezbollah sont susceptibles d’intensifier leurs tentatives de provocation ou de mener des attaques en partant du principe qu’Israël s’est, sans raison logique, délibérément affaibli ».
« Comment le pays pourrait-il rétablir sa force de dissuasion et renvoyer une véritable image de sa force ? », a demandé Gilad.
« Il existe une solution simple : mettre fin à ce coup d’État qui se transforme de plus en plus en une menace stratégique pour la sécurité nationale d’Israël », a-t-il affirmé. « Si ce plan diabolique, qui est sur le point de prendre le contrôle de notre pays n’est pas arrêté, nous serons confrontés à des épreuves de plus en plus graves pour notre sécurité nationale en général et dans la sphère militaire en particulier », a-t-il ajouté.
Les manifestations contre les projets du gouvernement visant à remanier radicalement le système judiciaire du pays sont entrées dans leur 14e semaine, les rassemblements se poursuivant au milieu d’une violente vague de terrorisme, et même après que Netanyahu a suspendu le processus législatif fin mars pour permettre un dialogue avec l’opposition.
Les propositions de refonte judiciaire de la coalition Netanyahu visent à affaiblir la capacité de la Cour à contrôler le Parlement et à donner au gouvernement un contrôle presque absolu sur la nomination des juges.
Les opposants affirment que ce projet affaiblira radicalement le caractère démocratique d’Israël, supprimera un élément clé de l’équilibre des pouvoirs et laissera les minorités sans protection. Ses partisans assurent qu’il s’agit d’une réforme indispensable pour mettre un frein à l’activisme de la Cour.
La procureure générale a prévenu que le paquet de réformes, en l’état, donnerait au gouvernement un pouvoir pratiquement illimité, sans fournir aucune protection institutionnelle pour les droits individuels.
Avant de rejoindre le ministère de la Défense, Gilad a occupé plusieurs postes de haut niveau au sein de Tsahal, notamment en tant que chef de la Division de recherche des services de renseignement militaire, porte-parole de l’armée et secrétaire militaire du Premier ministre.