Israël en guerre - Jour 255

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Le Carnet du journaliste

Anticipant une rentrée houleuse, des étudiants juifs américains se lient à Israël

Initialement choqués par l'antisémitisme et par la haine qui ont balayé les campus, les 20 visiteurs se préparent à riposter lorsqu'ils retourneront, cet automne, à l'université

Des manifestants allument un feu sur l'autoroute Ayalon, à Tel Aviv, après l'annonce de la mort de quatre otages israéliens aux mains du Hamas, le 3 juin 2024. (Avshalom Sassoni/Flash90)
Des manifestants allument un feu sur l'autoroute Ayalon, à Tel Aviv, après l'annonce de la mort de quatre otages israéliens aux mains du Hamas, le 3 juin 2024. (Avshalom Sassoni/Flash90)

Jason Diebner, étudiant en économie à l’université du Texas, déclare qu’il avait initialement considéré son école comme une institution d’enseignement supérieur de premier plan, tout simplement.

Après le 7 octobre et après l’explosion des agitations anti-israéliennes et antisémites qui ont été entraînées sur son campus par le massacre commis dans le sud d’Israël par le Hamas – et la guerre qui a suivi – Diebner raconte avoir commencé à voir son université différemment. Et aujourd’hui, il la considère comme un champ de bataille « dans le cadre d’une guerre qui implique dorénavant presque tous les Juifs de [s]on âge », dit-il au Times of Israel pendant une visite, à Tel Aviv, qui a été organisée par une délégation d’étudiants pro-israéliens en provenance des campus d’Amérique du nord.

Les autres membres de la délégation font part d’expériences similaires : S’ils sont encore sous le choc de la violence et des attaques verbales au vitriol dont ils ont été témoins ou qu’ils ont vécu, cette année, ils ont décidé d’utiliser l’été pour se préparer au mieux à vivre la même expérience – ou pire – cet automne. Les étudiants déclarent s’être résignés à l’idée de retourner sur les campus pour devoir y faire face à plus de haine et à plus de harcèlement encore – mais cette fois-ci, sans effet de surprise et avec plus de moyens de riposte.

Les événements qui se sont déroulés à l’université du Texas, où la police a arrêté des dizaines d’émeutiers, l’ont secoué, reconnaît Diebner à l’occasion d’une visite effectuée par les membres de la délégation sur la Place des Otages de Tel Aviv. Leur voyage en Israël a été parrainé par deux organisations, Hasbara Fellowships et IsraelAmbassadors.com.

« Je n’avais jamais vu quelque chose de cette ampleur », s’exclame-t-il en évoquant le mouvement de protestation anti-israélien qui a ébranlé l’Université du Texas, avec des manifestants qui ont pris part à des rassemblements bruyants pendant six heures d’affilée, chaque jour, lors des dernières semaines de l’année universitaire.

Certains protestataires anti-israéliens lui ont crié au visage que « le viol, c’est de la résistance » lorsqu’il a lui-même pris part à une contre-manifestation, se souvient-t-il. D’autres lui ont dit « de retourner en Europe ». Un individu a aussi déchiré l’affiche représentant une femme israélienne que l’étudiant tenait à la main, lui hurlant que « l’armée israélienne viole les bébés et les femmes en permanence ».

Jason Diebner sur la Place des Otages de Tel Aviv, le 22 mai 2024. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

Avant le 7 octobre, Diebner n’avait que peu de temps à consacrer à la politique, sur le campus, un sujet auquel il ne prêtait qu’un intérêt limité. Mais au fur et à mesure que le mouvement de protestation anti-israélien a pris de l’ampleur, raconte-t-il, il a décidé de prendre la parole, accordant des entretiens aux médias et faisant acte de présence à chaque contre-manifestation dénonçant les activités anti-israéliennes entreprises dans le cadre de son université.

« Nous avons eu droit à des menaces directes proférées par des personnes qui se cachaient le visage sous un keffieh. Vous ne voyez que leur regard et ils vous hurlent : ‘Nous sommes le Hamas, vive la résistance’, » se rappelle-t-il.

Avant de prendre la décision de rejoindre la mêlée et de s’impliquer personnellement, « il y a eu des jours où je n’allais plus en cours parce que j’avais peur. Mes notes ont aussi pris un coup. Ma capacité de concentration a souffert », indique Diebner. Il est en train « de trouver l’équilibre » entre l’activisme et la nécessité de conserver une bonne moyenne, ajoute-t-il.

Par ce voyage en Israël, explique Diebner, le jeune homme se prépare en vue de la prochaine année scolaire. La délégation s’est rendue sur des sites pris pour cible par le Hamas lors de son attaque sanglante du 7 octobre – lorsque 3 000 terroristes avaient envahi le sud d’Israël, massacrant près de 1 200 personnes et kidnappant 251 personnes, qui avaient été prises en otage dans la bande de Gaza. Les hommes armés s’étaient livrés à des atrocités et à des crimes de guerre, commettant des violences sexuelles à grande échelle. En riposte, Israël avait lancé une campagne militaire dans la bande de Gaza, une offensive qui est encore en cours, dont l’objectif est notamment de démanteler le Hamas – l’armée israélienne affirme avoir tué, jusqu’à présent, au moins 15 000 terroristes. De leur côté, les autorités de la Santé de la bande, qui sont placées sous l’autorité du Hamas, affirment que cette guerre a fait 35 000 morts du côté des civils palestiniens.

« Je suis venu pour voir les choses de mes yeux et pour continuer à me battre. Nous nous préparons. C’est le cas également de l’autre partie. Je m’attends à ce qu’elle soit plus mobilisée et plus dangereuse cette automne », s’exclame Diebner. Et abandonner le combat, ajoute-t-il, n’est pas une option pour lui.

« On ne peut pas se le permettre. A chaque fois qu’on a pu le faire, on a terminé comme des agneaux à l’abattoir », poursuit-il.

Des manifestants pro-palestiniens et anti-israéliens défilent depuis l’université de Columbia jusqu’au Hunter College, à New York City, le 6 mai 2024. (Crédit : SPENCER PLATT / Getty Images via AFP)

Plus de dénonciation publique

« Nous espérons que les choses se passeront le mieux possible mais nous nous préparons malgré tout au pire », commente de son côté Shain, étudiant en classe préparatoire à l’université de Columbia et qui souhaite intégrer sa faculté de médecine. Cet établissement prestigieux d’enseignement supérieur est devenu un symbole des agitations anti-israéliennes sur les campus américains après son occupation répétée par les manifestants. En conséquence, la police avait lancé un raid sur le campus en date du 1er mai, procédant à plus de cent arrestations. Un rabbin de Columbia avait conseillé aux étudiants juifs, au mois d’avril, de rester à l’écart de l’université, craignant d’éventuelles agressions antisémites.

La réponse apportée par l’administration de l’institution à l’occupation répétée du campus par des activistes anti-israéliens, déclare Shain, « n’a pas été la bonne. » Les protestataires pro-israéliens ont, pour leur part, « l’intention de renforcer leurs activités, de manière à la fois judicieuse et efficace, en travaillant avec les responsables du campus en amont des événements et en s’assurant d’obtenir toutes les autorisations nécessaires, de façon à ce que nous puissions pas être ignorés ou réduits au silence », explique-t-il.

Concernant ce voyage au sein de l’État juif, la vingtaine d’étudiants présents « s’éduque et elle se mobilise en signe de solidarité alors que nous préparons à contrer la haine anti-israélienne sur nos campus, l’année prochaine », déclare Alan Levine, le directeur exécutif de Hasbara Fellowships, qui a co-sponsorisé ce séjour.

A l’université Western Ontario, Ido Nur vit une expérience de « naming and shaming » – ou de dénonciation publique – de la part des étudiants anti-israéliens, raconte-t-il.

« Ce qu’ils font, c’est qu’ils cherchent les noms des étudiants, en particulier ceux des étudiants qui défendent Israël, qu’ils examinent leurs comptes sur les réseaux sociaux, qu’ils trouvent des informations sur eux avant de les interpeller directement par haut-parleur en les accusant de complicité dans le meurtre de bébés », dit Nur, qui est né en Israël.

La consonnance israélienne de son nom et sa présence lors d’événements pro-israéliens ou de contre-manifestations ont fait de lui une cible de choix dans cette stratégie mise en œuvre par les activistes anti-israéliens. Ce qui a ébranlé son sentiment de sécurité et ce qui a renforcé aussi sa méfiance et sa volonté de défendre ses convictions, note-t-il.

« Ils épient la majorité d’entre nous, que ce soit sur le campus ou sur internet. Ils nous connaissent tous », déclare Nur, évoquant les pratiques d’intimidation de ces activistes anti-israéliens. Il dit remarquer des regards haineux qui se portent sur lui à la bibliothèque ou dans l’enceinte de l’université.

« Je ne me sens pas en sécurité… Et parfois, j’ai l’impression que quelque chose me pousse à me défendre, peut-être parce qu’en plus d’être Juif, je suis Israélien », explique Mur.

Ido Nur sur la Place des Otages à Tel Aviv, le 22 mai 2024. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

Dans ce contexte, cela n’a pas été évident de décider de continuer à fréquenter l’université Western Ontario, où il étudie les sciences informatiques et le commerce, raconte Nur. Alors qu’il réfléchissait à changer d’établissement, « je me suis simplement dit que je devais continuer à faire tout ce que je faisais déjà avant le 7 octobre parce que si j’arrête, je vais leur signifier qu’ils ont gagné », indique-t-il.

En tant qu’activiste, Nur se prépare à adopter une approche plus dynamique, l’année prochaine.

« Jusqu’à présent, je me suis affairé à établir ce qu’Israël n’est pas : ce n’est pas un État d’apartheid, ce n’est pas un pays d’assassins de bébés. L’année prochaine, je vais présenter ce qu’Israël est réellement », affirme-t-il. Il est en train de mettre en place une collaboration avec StandWithUs, un groupe de défense d’Israël, et il prévoit d’installer une table, lors des rassemblements, où des discussions pourront avoir lieu en tête à tête et où il pourra avancer ses arguments.

Servir à distance Israël

Étudiante à la Duke University, en Caroline du nord, Alexandra Ahdoot a le sentiment que son campus « n’a, en fin de compte, pas été aussi mal que ça au vu des autres en cela qu’il n’y a eu que peu d’incidents violents », dit-elle. Mais « il y a eu vraiment beaucoup d’incidents de harcèlement verbal et les Juifs ont été directement visés », ajoute-t-elle, notamment par la reprise de slogans sur « la mondialisation de l’Intifada » – un terme qui, selon de nombreuses personnes, est un appel à la violence antisémite. Un climat qui n’a fait que renforcer, chez elle, sa détermination à défendre Israël sur son campus et qui a aussi dynamisé son besoin de se faire entendre, continue-t-elle.

« Si je ne suis pas en ce moment en Israël en train de servir dans l’armée, alors le moins que je puisse faire, en Amérique, c’est de faire entendre ma voix en défendant avec force Israël et les Juifs », s’exclame Ahdoot, née dans une famille juive d’origine perse à Teaneck, dans l’état de New York, et qui est déjà venue au sein de l’État juif à plusieurs reprises.

Ahdoot dit attendre de voir la manière dont l’administration de la Duke University prendra en charge les agitations anti-israéliennes, l’année prochaine, pour décider de la nature qu’épousera son activisme.

« Si on retourne sur les campus et que nos administrations ne prennent pas les initiatives appropriées pour protéger nos droits, alors les comportements vont se durcir de manière très forte des deux côtés », dit-elle.

L’humoriste juif Jerry Seinfeld riant sur scène lors de la cérémonie de remise des diplômes de l’Université Duke, à Durham, en Caroline du Nord, le 12 mai 2024. (Crédit : Bill Snead/Duke University/AP)

Le discours prononcé par le comédien Jerry Seinfeld, lors de la cérémonie de remise des diplômes qui était organisée à la Duke University, au début du mois, a entraîné chez la jeune étudiante des sentiments mitigés, déclare-t-elle.

« D’un côté, c’est encourageant de voir qu’il a été invité », affirme-t-elle, notant que Seinfield est Juif et qu’il a fait part de son soutien à Israël – il est d’ailleurs venu dans le pays dans le contexte de la guerre actuelle qui oppose l’État juif au Hamas, dans la bande de Gaza.

Mais des dizaines d’étudiants ont scandé « Libérez la Palestine » et ils ont quitté la cérémonie pendant le discours de l’humoriste, un discours qui n’a mentionné ni Israël, ni Gaza.

« C’est très frustrant et c’est très décourageant de constater que certains ne peuvent pas considérer les Juifs comme leurs égaux et qu’ils pratiquent à notre égard le deux poids, deux mesures parce que nous sommes nés Juifs », déplore Ahdoot.

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