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Antisémitisme : après des polémiques, la présidente d’Harvard démissionne

Claudine Gay a été critiquée pour ses propos jugés ambigus sur des questions liées à l'antisémitisme sur le campus et est visée par des accusations de plagiat

Claudine Gay, le jeudi 25 mai 2023, sur le campus de Harvard, à Cambridge, Massachusetts. (Crédit : AP Photo/Steven Senne)
Claudine Gay, le jeudi 25 mai 2023, sur le campus de Harvard, à Cambridge, Massachusetts. (Crédit : AP Photo/Steven Senne)

La présidente de la prestigieuse université américaine Harvard, Claudine Gay, a annoncé mardi démissionner, après une audition tendue au Congrès sur la lutte contre l’antisémitisme dans les campus et des accusations de plagiat.

« C’est le cœur lourd mais avec un profond amour pour Harvard que je vous écris pour vous annoncer que je vais quitter mon poste de présidente », a déclaré Claudine Gay, 53 ans, dans une lettre de démission publiée mardi.

Cette professeure de sciences politiques – devenue en juillet la première présidente noire de l’université Harvard, située près de Boston – était ces dernières semaines sous le feu des critiques.

Elle était visée par des accusations de plagiat liées à ses travaux universitaires, alimentées par un site conservateur, et par des critiques liées à ses réponses, lors d’une audition parlementaire sur la lutte contre l’antisémitisme sur les campus, à l’élue républicaine Elise Stefanik, qui appelait trois présidentes d’universités à condamner les appels de certains étudiants à l' »Intifada » comme une incitation à « un génocide contre les juifs en Israël et dans le monde ».

Depuis l’attaque sanglante du groupe terroriste islamiste du Hamas en Israël le 7 octobre et la guerre qui s’est ensuivie dans la bande de Gaza, le conflit déchaîne les passions dans les universités américaines les plus renommées.

Mardi 5 décembre, dans une ambiance tendue, Claudine Gay et ses homologues de l’université de Pennsylvanie et du Massachusetts Institute of Technology, Elizabeth Magill et Sally Kornbluth, avaient répondu cinq heures durant aux questions d’élus de la Chambre des représentants.

La députée Elise Stefanik s’exprimant lors d’une session de la commission d’Éducation au Capitole, à Washington, le 5 décembre 2023. (Crédit : Mark Schiefelbein/AP)

Lorsque Mme Stefanik avait demandé si « appeler au génocide des juifs violait le règlement sur le harcèlement à Harvard, oui ou non? », Mme Gay avait répondu: « Cela peut, en fonction du contexte », avant d’ajouter: « Si c’est dirigé contre une personne. »

« Si le discours devient acte, cela peut devenir du harcèlement », a répondu Mme Magill à la même question. « C’est une décision qui dépend du contexte ».

Leurs réponses, devenues virales, ont provoqué un tollé jusqu’à la Maison Blanche, dont un porte-parole, Andrew Bates, a jugé « incroyable que cela doive être dit : les appels au génocide sont monstrueux ».

« Attaques immondes »

« Il a été compliqué de voir le doute planer quant à mes engagements à faire face à la haine et à respecter la rigueur académique… et effrayant de faire l’objet d’attaques personnelles et de menaces alimentées par du racisme », a expliqué Claudine Gay dans sa lettre de démission.

Elle devient la deuxième présidente de l’Ivy League – qui rassemble huit universités d’élite – à démissionner. En décembre, Elizabeth Magill, de l’université de Pennsylvanie, avait remis sa démission face aux pressions.

Claudine Gay, présidente de l’Université de Harvard, Liz Magill, présidente de l’Université de Pennsylvanie, Pamela Nadell, professeure d’histoire et d’études juives à l’American University, et Sally Kornbluth, présidente du Massachusetts Institute of Technology, témoignant devant la commission de l’Éducation et de la main-d’œuvre de la Chambre des représentants au Rayburn House Office Building, à Washington, le 5 décembre 2023. La commission a tenu une audience pour enquêter sur l’antisémitisme sur les campus universitaires. (Crédit : Kevin Dietsch/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/Getty Images via AFP)

Plus de 70 parlementaires, dont deux démocrates, ainsi que des anciens étudiants et des donateurs de renom avaient réclamé le départ de Mme Gay. La présidente avait toutefois reçu le soutien de la communauté éducative et avait été maintenue mi-décembre dans ses fonctions.

L’instance dirigeante de l’université Harvard, qui a accepté mardi la démission de Mme Gay, a salué sa « résilience remarquable face à des attaques continues et profondément personnelles ».

« Si une partie de cette affaire a eu lieu de façon publique, une grande partie a pris la forme d’attaques immondes et dans certains cas racistes contre elle via des emails et des appels téléphoniques honteux », précise l’institution dans un communiqué.

La républicaine Elise Stefanik a de son côté qualifié sur le réseau X (ex-Twitter) cette démission de « très tardive », assurant qu’il s’agissait du « début de ce qui constituera le plus grand scandale de toute université dans l’histoire ».

Née à New York dans une famille d’immigrés haïtiens, Claudine Gay aura effectué la présidence la plus courte de l’histoire de l’université depuis sa fondation à Cambridge, près de Boston, en 1636.

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