Après 2 ans, Trump va nommer un responsable de la lutte contre l’antisémitisme
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Après 2 ans, Trump va nommer un responsable de la lutte contre l’antisémitisme

Vétéran d'Irak, ancien président de l'AEPi et procureur de Los Angeles, Elan Carr, a été mardi après les protestations contre l'administration qui avait laissé le poste vacant

Fils d'un réfugié juif irakien, Elan Carr a passé un certain temps dans le pays en tant qu'officier dans l'armée américaine. (Eytan Rait)
Fils d'un réfugié juif irakien, Elan Carr a passé un certain temps dans le pays en tant qu'officier dans l'armée américaine. (Eytan Rait)

WASHINGTON (JTA) – L’administration du président Donald Trump a nommé mardi un procureur chevronné comme émissaire des Etats-Unis pour combattre l’antisémitisme à l’étranger, un poste vacant depuis deux ans, ce qui avait suscité des protestations de parlementaires et d’organismes juifs.

Elan Carr, 50 ans, petit-fils de survivants de la Shoah, qui a fait partie du conseil national de l’influent lobby américain pro-Israël Aipac, a été procureur adjoint à Los Angeles. Connu pour avoir poursuivi des gangs, il a été candidat républicain – malheureux – au Congrès. C’est un ancien combattant de l’armée américaine qui a servi en Irak et un ancien président de la fraternité juive internationale d’université en Amérique du Nord, Alpha Epsilon Pi [ou AEPi].

Trump doit le nommer mardi. JTA avait eu connaissance de la nomination à l’avance, mais ne l’a pas divulguée à la demande des sources. Jewish Insider a révélé l’info lundi soir.

« La promotion des droits humains et de la liberté religieuse, y compris en combattant l’antisémitisme partout où il existe, est une priorité de la politique étrangère des Etats-Unis », a dit le secrétaire d’Etat Mike Pompeo dans un communiqué annonçant la nomination de M. Carr.

« Nous attendons avec impatience de travailler avec Carr, dont le bureau combat l’antisémitisme croissant, généré par l’extrême droite, l’extrême gauche et les extrémistes islamistes, et encouragé par la nature omniprésente des réseaux sociaux, a déclaré David Harris, directeur général du American Jewish Committee [AJC], dans un communiqué.

Carr awaits a ride at the airport in Baghdad, where a relative served as chief rabbi in the 19th century. (Courtesy of Elan Carr)
Elan Carr attend un chauffeur à l’aéroport de Bagdad, où un de ses parents a exercé les fonctions de grand rabbin au XIXe siècle. (Avec l’aimable autorisation d’Elan Carr)

Le Conseil israélien américain [Israeli-American Council – IAC], qui travaille en étroite collaboration avec Carr depuis plusieurs années, a salué cette nomination.

« Elan Carr apporte une expérience et des connaissances approfondies en tant que procureur, officier militaire et leader dévoué dans les communautés israélo-américaine et juive. Nous pensons qu’il n’y a personne de plus qualifié pour combattre l’antisémitisme de front dans le monde entier », a déclaré Adam Milstein, président du IAC, dans un communiqué.

La mère de Carr a émigré enfant d’Irak en Israël, puis aux États-Unis. Carr lui-même a grandi à New York, parlant hébreu et arabe avec sa famille, et il a mis cette dernière compétence à profit lorsqu’il a servi dans une unité anti-terroriste en Irak.

En 2014, il a été candidat au Congrès en tant que Républicain dans le 33e District de Californie, qui couvre une grande partie de Los Angeles, mais a été battu par Ted Lieu. Une candidature en 2016 pour un siège au conseil des superviseurs du comté de Los Angeles n’a pas non plus abouti.

Carr a décrit le magnat des casinos Sheldon Adelson, qui a soutenu ses tentatives politiques infructueuses, comme un « ami personnel proche ».

Elan Carr s’est immédiatement envolé pour son premier voyage à l’étranger en tant qu’émissaire, pour participer à des conférences en Slovaquie et en Belgique sur l’antisémitisme en Europe, selon le département d’Etat.

Il a rencontré ou a prévu de rencontrer ses prédécesseurs des administrations républicaine et démocrate.

L’annonce intervient après que Trump a laissé le poste vacant pendant deux ans, ce qui a donné lieu à de multiples lettres de protestation de la part d’organisations juives et d’un groupe bipartisan de membres du Congrès.

Le président américain Donald Trump à la Maison Blanche le 1er février 2019. (Jim Watson/AFP)

Le fait que M. Trump n’ait jusqu’à présent pas nommé d’envoyé a été exacerbé par les préoccupations de la communauté juive devant le fait que le président a hésité à condamner des suprémacistes blancs qui le soutiennent et l’ont acclamé, et a établi des relations avec des autorités flirtant avec l’extrême droite, en Hongrie en particulier.

Le premier secrétaire d’Etat de M. Trump, Rex Tillerson, un ancien dirigeant du secteur du pétrole qui avait été chargé de réduire la voilure au département d’Etat, avait suggéré l’élimination de ce poste, arguant que d’autres responsables s’occupaient déjà de la problématique de l’antisémitisme.

Des élus s’y étaient opposés et le Congrès a adopté le mois dernier une loi exigeant désormais de l’administration de remplir toute vacance du poste d’émissaire contre l’antisémitisme dans les 120 jours.

Le mois dernier, la Chambre des représentants des États-Unis a approuvé à une écrasante majorité un projet de loi élevant ce poste au rang d’ambassadeur. Ce poste a été instauré par la loi en 2004.

« Pendant trop longtemps, l’administration a déçu la communauté juive à travers le monde en traînant des pieds pour attribuer ce poste crucial au moment où l’antisémitisme augmente dans le monde », a dit le démocrate Eliot Engel, qui dirige la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, en saluant la nomination de M. Carr.

Selon un rapport du gouvernement israélien, treize juifs ont été tués dans le monde l’an dernier dans des attaques antisémites, le plus haut niveau depuis des décennies.

Onze d’entre eux ont été abattus en octobre dans une synagogue de Pittsburgh, l’attaque antisémite la plus meurtrière enregistrée aux Etats-Unis.

Bien qu’étant un proche allié du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, M. Trump avait fait scandale en 2017 en disant que « des gens très bien » figuraient parmi les suprémacistes blancs qui avaient scandé des slogans antisémites à Charlottesville, en Virginie, lors d’une marche qui s’était terminée par la mort d’une contre-manifestante.

L’équipe du Times of Israel et Anthony Weiss de JTA et l’AFP ont contribué à cet article.

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