Après 27 ans, le président de Yad Vashem démissionne
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Après 27 ans, le président de Yad Vashem démissionne

Avner Shalev, 81 ans, informe Benjamin Netanyahu de sa décision, mais ne désigne pas de successeur pour reprendre l'institut national du souvenir

Avner Shalev, président de Yad Vashem le 26 octobre 2017 de la cérémonie célébrant l'achèvement de la collecte du nom des victimes de la Shoah en Hongrie. (Autorisation : Noam Revkin Fenton / Yad Vashem)
Avner Shalev, président de Yad Vashem le 26 octobre 2017 de la cérémonie célébrant l'achèvement de la collecte du nom des victimes de la Shoah en Hongrie. (Autorisation : Noam Revkin Fenton / Yad Vashem)

Le président du Centre mondial Yad Vashem consacré à la commémoration de la Shoah a démissionné dimanche après près de 30 ans de service, sans nommer de successeur.

Dans une lettre adressée au personnel du mémorial de Jérusalem, Avner Shalev indique avoir informé le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de l’Enseignement supérieur Ze’ev Elkin « de ma décision de mettre fin à mes années de service ici, d’ici la fin 2020 ».

« Il est clair que cette décision n’a pas été facile à prendre, et a nécessité un examen approfondi de ma part », écrit-il. « Bien entendu, je vous ferai part de tous les détails relatifs à ma retraite lorsqu’ils seront connus, y compris en ce qui concerne la transition vers mon successeur, qui doit encore être désigné ».

Avner Shalev, né à Jérusalem il y a 81 ans, n’a pas donné de détails précis sur sa démission.

Sous la direction de celui-ci, le musée a créé l’École internationale pour les études sur la Shoah et l’Institut international pour la recherche sur la Shoah, tous deux en 1993. Le Musée de l’histoire de la Shoah, la principale salle d’exposition du site, a subi une importante rénovation et rouvert ses portes en 2005.

En 2003, le musée a remporté le prix Israël pour sa contribution à l’État et à la société, et Avner Shalev a été personnellement honoré par des prix décernés par l’Espagne, la France et l’ancien président Shimon Peres.

Le président russe Vladimir Poutine prononce un discours lors du cinquième Forum mondial sur la Shoah au Mémorial de la Shoah de Yad Vashem à Jérusalem, le 23 janvier 2020. (Abir SULTAN / POOL / AFP)

Toutefois, le musée a récemment connu des difficultés financières en raison de la pandémie de coronavirus, et a également été confronté à une controverse sur sa gestion des questions politiquement sensibles concernant l’implication de la Russie et de la Pologne dans le génocide.

Le mois dernier, Yad Vashem a annoncé la mise en congé sans solde de 107 salariés pendant quatre mois en raison de l’impact de l’épidémie de coronavirus sur ses finances. L’institution a aussi fait état d’une baisse des salaires de ses cadres supérieurs et une réduction ou annulation de nombreuses activités.

Elle a déclaré que son budget avait été sévèrement touché « en raison d’une diminution des revenus d’exploitation, à la fois à cause d’une réduction du financement gouvernemental et d’une baisse des dons et des prévisions de collecte de fonds dans un avenir prévisible ».

En février, le mémorial a été contraint de présenter des excuses pour des « inexactitudes » et des faits « partiels » présentés au Forum mondial de la Shoah organisé à Jérusalem le mois précédent, après avoir été critiqué pour avoir trop insisté sur le rôle de la Russie dans la fin de la guerre et avoir évité les informations jugées dérangeantes par Moscou.

Les vidéos présentées lors de la cérémonie à laquelle ont assisté des dizaines de dirigeants mondiaux, dont le président russe Vladimir Poutine, se sont concentrées presque exclusivement sur le rôle de l’Union soviétique dans la défaite des nazis, tout en minimisant le rôle des États-Unis, de la Grande-Bretagne et d’autres pays.

Les événements du Forum, organisé pour marquer le 75e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau par l’Armée rouge, ont été largement critiqués comme étant excessivement flatteurs pour Poutine.

« Les vidéos… ne présentent pas un tableau complet et compliqué », avait commenté le musée auprès du quotidien Haaretz.

Dina Porat, historienne en chef du Mémorial de la Shoah Yad Vashem, le 29 mai 2018. (Miriam Alster/FLASH90)

En 2018, l’historienne en chef de Yad Vashem, Dina Porat, a participé à l’élaboration d’un accord entre les gouvernements d’Israël et de Pologne concernant le rôle de ce dernier pendant la Shoah, mais le musée lui-même a fustigé cet accord, affirmant qu’il nuirait à la liberté des recherches sur le sujet.

Le 27 juin 2018, Netanyahu et son homologue polonais Mateusz Morawiecki ont signé un accord qui a mis fin à une prise de bec entre les deux pays au sujet d’une loi polonaise controversée qui criminalisait toute accusation de la nation polonaise d’être « responsable ou co-responsable des crimes nazis commis par le Troisième Reich ».

Quelques minutes après l’adoption par le Parlement polonais d’une loi visant à supprimer ces passages troublants et sa ratification par le président Anderzej Duda, les gouvernements israélien et polonais ont publié une déclaration commune sur la Shoah et le rôle de la Pologne dans ce conflit.

Celle-ci indiquait que l’expression « camps de la mort polonais » était « manifestement erronée » et ont déclaré que le gouvernement polonais en exil en temps de guerre « a tenté de mettre fin à cette activité nazie en essayant de sensibiliser les alliés occidentaux au meurtre systématique des Juifs polonais ». Il a également rejeté l’antisémitisme et « l’anti-polonisme ».

Plus controversé, elle condamnait également « tous les cas de cruauté contre les Juifs perpétrés par les Polonais pendant… la Seconde Guerre mondiale », mais soulignait « les actes héroïques de nombreux Polonais, en particulier des Justes parmi les nations, qui ont risqué leur vie pour sauver le peuple juif ».

Mais, dans un coup embarrassant porté à Benjamin Netanyahu, Yad Vashem avait répondu que la déclaration commune « contient une formulation très problématique qui contredit les connaissances historiques existantes et acceptées dans ce domaine ».

Dans un communiqué, des historiens du musée ont également déclaré que « l’essence de la loi reste inchangée même après l’abrogation des sections susmentionnées, y compris la possibilité d’un réel préjudice pour les chercheurs, la recherche sans entrave et la mémoire historique de la Shoah ».

Dina Porat avait ensuite défendu son rôle dans l’affaire, en disant que « nous pouvons vivre avec » une grande partie des revendications controversées de la déclaration sur la Shoah. Elle avait également souligné qu’elle avait été consultée sur les pourparlers entre Israël et la Pologne, mais uniquement sur une base « volontaire, personnelle et confidentielle », et non en tant que représentante de Yad Vashem.

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