Après la difficile entreprise de séduction de Trump, Pence en lune de miel à la conférence de l’AIPAC
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Analyse

Après la difficile entreprise de séduction de Trump, Pence en lune de miel à la conférence de l’AIPAC

Alors que le lobby pro-israélien se réunit, on observe des témoignages publics d'affection, des entretiens privés autour d'une coordination israélo-américaine plus approfondie et un chemin long et imprévisible à parcourir

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le vice-président Mike Pence salue la foule après son discours prononcé devant la conférence annuelle de l'AIPAC à Washington DC, le 26 mars 2017 (Capture d'écran : AIPAC )
Le vice-président Mike Pence salue la foule après son discours prononcé devant la conférence annuelle de l'AIPAC à Washington DC, le 26 mars 2017 (Capture d'écran : AIPAC )

WASHINGTON — Quel changement peut-il y avoir d’une année sur l’autre.

Lorsque le candidat à la présidence Donald J. Trump s’était préparé à s’exprimer à l’occasion de la conférence politique annuelle de l’AIPAC, le 21 mars 2016, il ne faisait nul doute pour un grand nombre de personnes qu’il s’apprêtait à passer l’un des moments les plus difficiles de sa campagne. Des grèves avaient été organisées contre le plus clivant des aspirants à la présidence.

Inquiets à l’idée qu’une partie – voire qu’une grande partie – du public composé de 18 000 personnes au Verizon Center ne lui fasse vivre un moment fort désagréable, les organisateurs de l’AIPAC avaient demandé au public, session après session, en amont de son allocution, de traiter tous les intervenants avec la même courtoisie.

Lors de l’événement, Trump avait modestement triomphé. Il avait été salué par des applaudissements peu enthousiastes. Il y avait eu des rires – qu’il n’avait pas suscités – lorsqu’il avait affirmé, d’une manière risible, qu’il avait étudié l’accord sur le nucléaire avec l’Iran « dans les détails… Je voudrais dire beaucoup plus dans les détails que n’importe qui d’autre ». Il a ensuite accumulé les promesses inconditionnelles d’amour et de soutien pour Israël, et le public – dont le facteur d’unité est, bien entendu, l’amour et le soutien d’Israël, fut petit à petit conquis.

Quelques piques caractéristiques contre le président sortant Barack Obama – « Dans sa dernière année – Oui ! » et « il pourrait être la pire chose qui soit jamais arrivée à Israël » – avaient consterné un grand nombre de personnes présentes, beaucoup d’autres avaient apprécié ses propos. Et à la fin, alors qu’il avait salué la venue au monde imminente du « joli bébé juif » de sa fille Ivanka, l’auditoire avait laissé éclater son enthousiasme.

Donald Trump, alors candidat républicain à la présidentielle américaine, devant la conférence politique 2016 de l'AIPAC, à Washington, D.C., le 21 mars 2016. (Crédit : AFP/Saul Loeb/Getty Images via JTA)
Donald Trump, alors candidat républicain à la présidentielle américaine, devant la conférence politique 2016 de l’AIPAC, à Washington, D.C., le 21 mars 2016. (Crédit : AFP/Saul Loeb/Getty Images via JTA)

Le président Trump a choisi de ne pas revenir cette année à la conférence de l’AIPAC, peut-être parce que les dirigeants du lobby avaient pris l’initiative hors du commun, l’année dernière, suite au discours de Trump, de présenter des excuses publiques au président Obama, fustigeant les participants qui avaient applaudi les attaques ad hominem qui l’avaient visé. Sans nommer Trump, il était pourtant évident que l’AIPAC avait voulu alors se distancier des critiques du candidat à l’égard du président en place.

Et à sa place, c’est le vice-président Mike Pence qui est arrivé au Verizon Center dimanche – pour s’exprimer, comme il l’a maintes fois répété, au nom du président – promettant un lien « indéfectible » avec Israël et un engagement « non-négociable » pour sa sécurité.

Avec délicatesse, c’est Lillian Pinkus, présidente de l’AIPAC et qui était à l’origine des excuses publiques il y a un an, qui a présenté Pence.

Mais peu importe le souvenir qu’a gardé Trump de son allocution d’alors, le vice-président, pour sa part, n’a pas fait la moindre allusion à une éventuelle rancune. Pendant une grande partie de son discours, au contraire, Pence a semblé ému par cette occasion qui lui était accordée à lui, depuis toujours partisan d’Israël, de s’adresser aux meilleurs amis de l’état juif aux Etats Unis.

Contrairement à Trump, Mike Pence a été en Israël. Plusieurs fois. Et en 2014, il y a emmené toute sa famille. Lorsque Pence a déclaré « chez moi, nous prions pour la paix à Jérusalem », personne dans la salle comble n’en a douté. Lorsqu’il a raconté s’être rendu le mois dernier à Dachau en compagnie de son épouse et de sa fille, notant qu’il s’y était déjà rendu une fois auparavant alors qu’il était jeune, seul un esprit cynique aurait pu remettre en question son empathie évidente avec le peuple juif.

Le vice-président américain Michael Richard Pence (3g) marche près des anciens prisonniers du camp de concentration nazi Dachau, Abba Naor d'Israël (2g), Karen Pence (3d), Charlotte Pence (2d) et chef du camp de concentration de Dachau Memorial Gabriele Hammermann R) au camp de concentration de Dachau à l'ancien camp de concentration nazi de Dachau, dans le sud-ouest de l'Allemagne, le 19 février 2017. (Crédit : AFP / Thomas Kienzle)
Le vice-président américain Michael Richard Pence (3g) marche près des anciens prisonniers du camp de concentration nazi Dachau, Abba Naor d’Israël (2g), Karen Pence (3d), Charlotte Pence (2d) et chef du camp de concentration de Dachau Memorial Gabriele Hammermann R) au camp de concentration de Dachau à l’ancien camp de concentration nazi de Dachau, dans le sud-ouest de l’Allemagne, le 19 février 2017. (Crédit : AFP / Thomas Kienzle)

Indépendamment des déclarations publiques de soutien sans failles, dans les coulisses de la conférence de l’AIPAC, cette année, pour certains responsables israéliens, quelque chose de substantiel est en train de se jouer dans la relation émergente tissée entre l’administration Trump et le gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu.

L’ambassadeur de Netanyahu aux Etats Unis, Ron Dermer, a expliqué dans son discours, dimanche matin, que pour la toute première fois depuis des années, il n’y a « aucun décalage entre le gouvernement américain et israélien » – une référence subtile, sous forme de piques toutefois, à Obama.

Mais à l’écart des micros, à l’écart de la lumière, les propos laissent présumer l’existence d’une nouvelle administration qui travaille de manière bien plus intime avec Israël que ce n’était le cas avec l’ancienne Maison Blanche, et qui annonce une politique dans la région en coordination profonde avec Israël.

Là où l’administration Obama présumait connaître ce qui était mieux pour Israël et avait mal accepté les critiques amères formulées par Netanyahu et d’autres responsables israéliens lors de l’accord sur le nucléaire iranien ou lorsque les Etats Unis n’étaient pas intervenus suite à l’utilisation d’armes chimiques par Bachar al-Assad contre son propre peuple, il semble, selon ces responsables israéliens, qu’avec ce nouveau leadership américain, l’expertise durement acquise par Israël concernant le monde moyen oriental soit à la fois plus appréciée et plus respectée.

‘Avec les nouveaux dirigeants américains, disent certaine responsables israéliens, l’expertise durement acquise par Israël concernant le monde moyen oriental est à la fois plus appréciée et plus respectée’

Ces responsables ne prétendent pas pour autant que tout sera facile. Des heures et des heures d’entretiens, qui sont venues s’ajouter à d’autres heures encore, n’ont pas permis de trouver un accord sur la question des constructions dans les implantations. Ces pourparlers ont échoué si singulièrement que les deux parties risquent bien d’abandonner, et qu’elles devront œuvrer au contraire à établir des « protocoles d’accord » non-contraignants – ce qui pourrait ne pas s’avérer être un cadeau.

L’Amérique est divisée sous la présidence Trump. Et l’AIPAC – qui cherche désespérément à maintenir Israël en tant que cause bipartisane et génératrice d’union – ne fait pas exception.

Mais en observant ce qu’avait été la conférence l’année dernière et le discours de Trump, on peut l’envisager avec le recul comme une tentative de séduction d’une autre section de l’électorat, la communauté pro-israélienne – une tentative bien intentionnée mais maladroite – et au final réussie.

Au mois de novembre, l’Amérique a opté pour sa destinée. Pour les quatre années à venir au moins.

Pour la nouvelle administration Trump et l’AIPAC, la conférence, cette année, ressemble à une lune de miel. Déclarations d’amour, forte émotion, beaucoup d’optimisme et un chemin long et imprévisible devant soi.

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